"Dehors" de Thomas Depryck et Antoine Laubin, au Grand Manège jusqu'au 20 octobre

Dehors
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Dehors - © Sung-A-Yoon

Un spectacle différent chaque soir, pour interroger le regard que nous posons quotidiennement sur les SDF. Quelle est la valeur du proverbe "Quand on veut on peut", et celle du concept de volonté. N’est-il pas illusoire de penser qu’on est maître de son destin ?

D’emblée la forme du spectacle surprend. L’espace est encadré de rideaux blancs sur lesquels sont projetés des images de jeunes coréens du sud, souriants et heureux sous le soleil. Au cœur du public, trois comédiens crient leur histoire dans de petits haut-parleurs mobiles. Des histoires d’enfance difficile, de vies chahutées, de maternités malmenées, bref des parcours de souffrance. Vingt minutes de confidences, avant de faire tomber les voiles et de prendre place dans les gradins, pour assister à un spectacle mi-impro, mi-écrit.

 

Rencontre avec Antoine Laubin le metteur en scène

 

La forme du spectacle surprend d’emblée. Les comédiens s’y mettent en danger ?

L’idée était d’interroger la place du spectateur. Le théâtre est l’un des rares lieux contemporains où l’on peut encore partager des choses d’humain à humain, de manière non vectorisée, non médiatisée. On partage le même temps et le même espace. Et on avait envie de radicaliser cela, en faisant un temps et un espace complètement communs, avant d’entamer le propos. Quand les rideaux tombent et que les gradins apparaissent, il y a une question implicite forte j’espère,  qui se pose à chaque spectateur. Je reste-là, ou je vais m’asseoir ? Et puis ça pose la question de savoir si, pour poser un regard sur une réalité, il faut la vivre de l’intérieur ou prendre du recul.

L’auteur qui nous a inspirés et qui est au centre de notre démarche, parle d’exclusion, de " Dehors ", du fait que des gens sont à la marge ou à l’extérieur de la société. Et il essaie de démontrer que ces gens ont une vraie fonction de repoussoir, de contre-exemple ou de victime sacrificielle à l’intérieur de la société.

On peut  le lire dans votre note d’intention : le clochard est indispensable à notre société, afin que celle-ci avance. C’est une phrase insupportable non ?

Oui certainement. Avec Thomas Depryck on avait le désir fort, parce qu’on habite à Bruxelles tous les deux et dans un quartier où les clochards sont nombreux, et parce que cela nous interpelle, et qu’on s’interroge sur l’attitude à avoir face à cette misère extrême sous nos yeux quotidiennement. On avait le désir de lire sur le sujet et on est tombé sur les livres de Patrick Declerck, qu’on ne connaissait pas du tout avant. Et ce que vous pointez-là est ce qui nous a semblé à la fois le plus insupportable et le plus juste. Peut-être que je me lève tous les matins et que j’accepte les contraintes de structuration du temps et de l’espace, des contraintes de travail, parce que j’ai peur que ça m’arrive.

 

A noter encore, Jeudi’stoire, le 18 octobre avec une rencontre en compagnie d’Antoine Laubin à l’issue de la représentation. Une rencontre animée par le journaliste David Lallemand.

Plus d’infos sur www.theatredenamur.be

Christine Pinchart