Curtis Mayfield, une icône engagée de la soul

Curtis Mayfield
Curtis Mayfield - © Capture d'écran Youtube

Ces derniers temps, on ne cesse d’entendre ce fragment musical dans le spot de la campagne UP d’Engie et TBWA. Saviez-vous que ce titre enjoué est l’œuvre d’un artiste particulièrement engagé ?

Grande figure de la musique populaire noire des années 60 et 70, Curtis Mayfield avait, avant Marvin Gaye, utilisé la musique pour dénoncer les problèmes de drogue, de pauvreté et de racisme aux Etats-Unis.

Né le 3 juin 1942, Curtis Mayfield passe son enfance dans les immeubles Cabrini – Green, dans la partie défavorisée de Chicago. Découvrant rapidement sa fibre musicale, il peut déjà accorder sa guitare depuis les touches d’un clavier.

Avec trois de ses cousins, il crée les Northern Jubt-lee Gospel Singers, qui chantent les week-ends dans les églises spiritualistes du ghetto. Mayfield comprend vite que, pour gagner sa croûte, il vaut mieux abandonner la musique religieuse pour le rhythm’n’blues.

Lever les poings en musique

En 1958, le groupe que Mayfield a rejoint 2 ans plus tôt prend le nom de The Impressions, mené par Jerry Butler. Le départ de celui-ci, en 1962, permet à notre artiste de s’affirmer musicalement.

Au carrefour entre le doo-wop, gospel, soul et R&B, le groupe devient, avec Mayfield aux commandes, une icône de la soul de Chicago et l’un des groupes les plus réputés de la musique soul des années 60.

Le succès du groupe s’explique aussi par sa résonance avec le mouvement afro-américain des droits civiques, notamment avec "Keep On Pushing" en 1964. L’année suivante, alors que Martin Luther King s’apprête à marcher sur Chicago, Curtis Mayfield compose "People Get Ready", considéré comme l’hymne non officiel du mouvement pour les droits civiques.

À l’instar de James Brown ou encore de Sly Stone, Curtis Mayfield est un des premiers à prôner cette fierté afro-américaine. Par la musique, il impose un affront – constructif et pacifique – aux décideurs politiques et, plus largement, à tous ceux fermant les yeux sur les injustices de l’époque.

Les désillusions des années 70

Dès 1970, Curtis Mayfield se consacre à sa carrière solo. Il faut dire que les temps ont changé depuis la vague d’espoirs des années 1960.

Cette nouvelle décennie est celle de véritables désillusions : Martin Luther King est assassiné le 4 avril 1968, le salaire des Noirs ne représente que 55% de celui des Blancs et le taux de chômage des Noirs est de 35%. Bref, les émeutes se multiplient dans les rues de Détroit et de Los Angeles.

Le début des années 70 marque également l’arrivée de Richard Nixon à la Maison Blanche. Son mandat est caractérisé par le retour d’un certain conservatisme après plusieurs années de lutte contre les clivages sociaux, raciaux et culturels. À ce nouveau président qui demande aux Américain.e.s de "ne pas avoir peur", Mayfield répond en chanson "(Don’t Worry) If There Is a Hell Below, We’re All Going to Go" ("N’ayez pas peur ! Si l’enfer existe, on va tou.te.s y aller").

En introduction de son premier album solo "Curtis", en 1970, ce titre dresse, en près de 8 minutes, un bien sombre portrait de la société américaine. Huit mois avant le célèbre "What’s Going On" de Marvin Gaye, Curtis Mayfield évoque déjà l’échec de l’éducation, la pollution et les tensions raciales grandissantes.

Face caméra, en 1970, Curtis Mayfield a cette phrase, assez symptomatique de (re)construction identitaire : 

"J'aimerais que les Blancs comprennent qu'on n'est pas seulement là pour les faire onduler du bassin. Nous sommes des gens qui avons une culture, une exigence, une identité. Et qui voulons une place dans la société".

Les années 80 accordent une place considérable au disco. À presque la cinquantaine, Curtis Mayfield profite du regain d’intérêt pour la soul, la décennie suivante, pour rééditer la plupart de ses anciens albums.

Lors d’un concert à Brooklyn, le 13 août 1990, une rampe d’éclairage lui tombe accidentellement dessus. Entièrement paralysé, l’artiste continue d’écrire et de chanter mais doit tirer un trait sur les instruments. Le 26 décembre 1999, il décède des suites d’une amputation.