Conquistador : tome IV

Conquistador
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Conquistador - © Glénat

Cet album devrait être le dernier de la série : le moment, peut-être, de se replonger dans deux diptyques au scénario touffu et au graphisme sans failles !

Impossible de résumer cette série, dans laquelle l’aventure et le fantastique se mêlent intimement, dans laquelle aussi quelques thèmes humains essentiels sont abordés : le pouvoir, la religion, le libre-arbitre, le désir, la fuite, la trahison, la fidélité. Impossible, également, de ne pas être envoûté par cette fresque resplendissante !

Dans ce quatrième opus, on retrouve tous les personnages des albums précédents, à commencer par Cortès, bien sûr. Mais il y a aussi Hernando, surtout, lui qui est habité par le dieu des racines, et qui, fort de ce pouvoir, mène une armée hostile à l’empereur aztèque Moctezuma.

Cela dit, tout le côté fantastique, mythologique, passe désormais à l’arrière-plan. Ici, c’est l’humain qui prime, en quelque sorte, l’humain et l'époque et le lieu choisis par les auteurs, et l’histoire, la grande Histoire, celle qui naît de la violence et de l’horreur, du conflit et de la mort. Le côté littéraire de Dufaux, le scénariste, ainsi, s’efface au fil des pages pour que la présence graphique de l’album prenne encore plus d’importance. Et c’est un plaisir que de participer, comme lecteur, à cette belle complicité, véritablement tangible, entre Jean Dufaux et Philippe Xavier.

Au-delà du travail graphique, au-delà de la mise en scène, au-delà du réalisme violent et sanglant du dessin de Philippe Xavier, il y a aussi, tout au long de cet album-ci peut-être plus que dans les précédents, un travail en profondeur sur l’ambiance de chaque planche, sur la lisibilité, en quelque sorte, tant de l’intrigue que des sensations et des sentiments dans lesquels elle baigne. Et pour ce faire, il a fallu une osmose totale, certes entre le scénariste et le dessinateur, mais aussi et surtout sans doute entre le dessinateur et le coloriste.

Je sais que certains auteurs de bd se battent, comme Xavier, pour que le travail de la couleur soit reconnu, et je ne peux que partager ce combat : un coloriste comme Jean-Jacques Chagnaud fait incontestablement partie intégrante de la construction narrative de Conquistador. Sans lui, sans le travail qu’il fournit en aval de celui de Xavier, il manquerait une part importante, fondamentale même, à la construction de l’histoire, à sa continuité d’album en album, de planche en planche.

Les coloristes, oui, méritent souvent, et de plus en plus, d’être véritablement associés au travail artistique que représente la création dans l’univers du neuvième art !

D’ailleurs, que ce soit en tant que scénariste, en tant que coloriste, ou en tant que dessinateur (en tant qu’éditeur aussi, sans doute…), participer à l’aventure de la BD, c’est être passionné ! Sans passion, pas de bonne histoire… Sans passion, pas de plaisir partagé… Sans passion, pas de réussite… Et Philippe Xavier, auteur réaliste capable tantôt de retenue tantôt de démesure, est un être de passion ! Un metteur en scène qui a besoin, foncièrement, de raconter des histoires, de nous offrir des récits graphiques et littéraires qui nous emmènent loin des routines et des habitudes. Et son trait, dans la lignée plus d’un Mitton que d’un Hermann, se révèle de bout en bout extrêmement sensuel, totalement passionné… et passionnant !

 

 

Jacques Schraûwen

Conquistador : tome IV (scénario : Dufaux – dessin : Xavier – couleurs : Chagnaud – éditeur : Glénat)