Conquistador : tome III

conquistador
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conquistador - © glénat

Une épopée de Jean Dufaux et Philippe Xavier qui nous emmène dans la forêt amazonienne, sur les traces de Cortès, de Moctezuma, et d’une entité mystérieuse née des légendes aztèques.

Résumer " Conquistador " tient de l’impossible, tant Dufaux aime égarer ses lecteurs, les promener tout au long d’une histoire qui s’assemble petit à petit, comme un puzzle humain. La forêt amazonienne est une immense scène, pour lui, dans laquelle il promène ses personnages comme dans un labyrinthe. Et le plaisir de cette série tient, de ce fait, à la nécessité pour le lecteur de se laisser entraîner par une ambiance, par un rythme, et d’y participer pleinement.

Bien sûr, il y a des thèmes précis : la lutte pour le pouvoir, une civilisation dont on devine qu’elle est condamnée à mourir, des religions qui s’affrontent et des légendes qui prennent vie, du fantastique construit de violence et d’inhumanité. Il y a le rendu, presque charnel, d’une région et d’une époque appartenant à l’histoire même de notre monde. Il y a, comme toujours chez Dufaux, un sens de l’écriture évident, au travers d’une construction qui, au-delà de l’anecdote narrative, prend le temps de se faire fable presque contemporaine. Avec tous ces thèmes, avec tout ce qui fait l’aventure de ces chercheurs d’or en des pays de violence et de folie, et pour réussir à construire réellement une histoire qui se tienne, et qui tienne en haleine, il faut un fameux travail. Un travail d’écriture, un travail de collaboration étroite aussi entre le dessinateur et le scénariste.

Cette série, graphiquement, est superbe. Et la qualité du dessin de Philippe Xavier participe pleinement à l’envoûtement qu’on ressent, en tant que lecteur, à découvrir des personnages qui ne sont pas des caricatures tout en s’inscrivant pleinement, hommes et femmes, dans l’environnement historique qui est le leur. Et les manichéismes sont souvent brisés dans cet album : la femme n’a rien de plus doux que l’homme, dans cet univers où survivre est la seule règle.

Mais pour créer cet envoûtement, il n’y a pas que le dessin, il n’y a pas que le récit, il n’y a pas que le découpage. Il y a aussi la couleur. Et la couleur, dans ce tome trois, occupe, me semble-t-il, une place encore plus importante que dans les précédents opus de cette série.

Du texte, un récit complexe, des dessins d’un réalisme parfaitement maîtrisé, une couleur réussissant à créer les ambiances et à faire frémir, en quelque sorte, les planches dessinées d’une vie presque animale… Mais ce qui m’a le plus marqué, frappé, dans cet album, c’est l’omniprésence du regard. Xavier a un talent fou pour exprimer, au travers des yeux de ses personnages, de tous ses personnages, tous les sentiments qui les animent, de la colère au désir, de la haine à l’angoisse. Et la façon dont il utilise, de planche en planche, la présence de ces regards, fait également partie de la manière dont il accroche chaque lecteur à l’histoire qu’il nous dessine, qu’il nous raconte.

La tradition de la bande dessinée réaliste appartient à l’histoire du neuvième art. Et, dès lors, dans le trait de quelque dessinateur que ce soit, il ne peut qu’y avoir l’une ou l’autre influence. Et les " grands " que revendique Philippe Xavier comme précurseurs à son propre graphisme sont incontestablement présents dans son œuvre. Mais c’est une œuvre qui reste très personnelle, qui possède son unité propre.

Il reste un dernier album pour que se termine cette épopée, cette saga. Et il ne fait nul doute que dans cet ultime enfouissement dans l’Amazone et ses secrets, tous les labyrinthes imaginés par Dufaux et Xavier trouveront leurs explications. Le puzzle sera fini… Et c’est ce que j’attends, avec une tranquille impatience…

 

Jacques Schraûwen

 

Conquistador : tome III (dessin : Xavier – scénario : Dufaux – éditeur : Glénat)