Comment dire/où se mettre de Léa Drouet - Architecture dynamique

Comment dire/Où se mettre
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Comment dire/Où se mettre - © Crédit photo : Hichem Dahes

D’être imaginé dès les commencements de l’espace, le plateau prend, ici, toute sa mesure. La jeune metteure en scène Léa Drouet sème le trouble à la Balsamine. Son audace est toujours plus grande.

On voudrait savoir ce que Léa Drouet a en tête quand elle crée. Tant sa pensée de la scène est à double fond. Au commencement de Comment dire/où se mettre d’après Meurtre, le poème en prose de Danielle Collobert, est le dispositif scénique, il a la forme d’un carré évidé, presque parfait aux côtés délimités par les spectateurs. En maître d’œuvre, en complicité avec le plasticien Frédéric Bernier, Léa Drouet exalte toutes les géométries, les transparences et les trajectoires possibles. Tout est à vue, parfois comme en plein jour. Des variations, elle forge une esthétique de la mobilité.

L’opposition constante entre la tentation du plateau vivant (constamment transformable) et les carrés de lumière crée une architecture dynamique (Matthieu Ferry/Noémie Crosse) qui joue avec la musique (Jean-Philippe Gross). Ce contraste " rythmique " dessine un geste, double : figer les surfaces planes et intensifier le plateau. D’où l’impression de flottement et de rêve éveillé qui imprègne la pièce et en font sa beauté singulière.

Contre l’enfermement, il y a le désir maniaque de Léa Drouet de répertorier, substituer, mettre en espace le corps de l’acteur (Céline Beigbeder, Heidi Brouzeng, Nicolas Patouraux, Rachel Sassi) et du spectateur (fragiles ou tendus), comme une anthologie (dé)raisonnée de la présence sur une place déserte. La voix off féminine et les diapositives couleur captant la beauté étrange de la ville projetées sur le sol en sont l’image de substitution au sens théâtral et dramaturgique.

Bizarrement, il y a aussi dans Comment dire/où se mettre, une dimension ludique qui permet au spectateur d’explorer des chemins de traverse : le temps mort, les soudaines accélérations, les essais lumière, les nuages de fumée, les faux-raccords son. Ou encore, aux marges du dispositif scénique, le plan séquence filmé en direct (Jérôme Giller) de l’homme très " big white " qui quitte le plateau, puis la Balsamine pour Schaerbeek, vu de nuit. Il marche droit devant lui sans qu’on sache très bien où il se dirige, il donne à voir une autre face, plus crue de la place déserte. Mais ceci est déjà une autre histoire.

 

Sylvia Botella

 

Comment dire/où se mettre de Léa Drouet à la Balsamine à Bruxelles jusqu'au 4 mars 2015.

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