Cindy Sherman, surjouer la féminité pour faire taire les clichés

Cindy Sherman
2 images
Cindy Sherman - © ArtReview

Parmi ces artistes à l’œuvre engagée, retrouvez cette fois Cindy Sherman, une photographe américaine et personnalité incontournable de l’art contemporain.

Née dans une fratrie de cinq frères et sœurs du New Jersey, Cindy Sherman passe l’entièreté de son enfance dans la Big Apple. À la State University College Buffalo de New York, la jeune fille entame une formation en peinture. Estimant la discipline trop limitée et les techniques trop traditionnelles, elle découvre les nombreuses possibilités de la photographie.

Avec d’autres artistes tels que Charles Clough, Robert Longo ou encore Nancy Dwyer, elle crée, en 1974, le Hallwalls Contemporary Arts Center. Sans but lucratif, cette structure rassemble des artistes de tout horizon et issus de disciplines multiples comme le cinéma, la littérature, la musique, les médias, les arts visuels, etc.

Parce qu'"on n’est jamais mieux servi que par soi-même", Cindy Sherman a cette particularité d’assumer les rôles de photographe, coiffeuse, maquilleuse et costumière.

Untitled Film Stills, non à l’hypersexualisation des femmes

Diplôme en main, Cindy Sherman s’installe à Manhattan pour se lancer, en 1977, dans la réalisation de la série "Untitled Film Stills". Dans une septantaine de clichés petit format, en noir et blanc et sans chronologie, l’artiste se met elle-même en scène pour incarner les différents archétypes féminins.

La femme d’affaires, la ménagère enjouée, l’étudiante immature, la femme fatale, tous ces rôles se retrouvent surjoués à l’aide des codes cinématographiques des années 50 et 60. Les 84 personnages de la série dégagent un sentiment de soumission, d’anxiété, de vulnérabilité, bref, quantité d'émotions traditionnellement attribuées à la gent féminine.

Avec un sarcasme tantôt amusant, tantôt malaisant, Sherman vise à interpeller le public sur les questions de genre, sur la place accordée aux femmes - dans et par – la société.

Si elle ne se revendique pas féministe, l’artiste américaine invite néanmoins les femmes à se reconnaître dans telle ou telle situation, habillées de telle ou telle manière, pour saisir le sexisme qu’elles engendrent : "Bien que je n’aie jamais considéré mon œuvre comme féministe ou comme une déclaration politique, il est certain que tout ce qui s’y trouve a été dessiné à partir de mes observations en tant que femme dans cette culture."

Dans Sex Pictures (1992), Sherman passe de l’identification à la répulsion, en dénonçant par exemple la sexualisation des femmes dans les médias.

L’art vrai plutôt que l’art beau

À l’instar de Marcel Duchamp ou Yoko Ono, la photographe inscrit son œuvre artistique dans le mouvement de l’art conceptuel, issu des pays anglo-saxons dans les années 60. À l’époque, cette tendance annonce le début d’un argument comme le moteur de l’œuvre artistique. L’art conceptuel fait primer le message sur la beauté pour se rapprocher au plus près de la réalité.

D’ailleurs, l’usage de séries chez Sherman facilite la narration de cette réalité. Grâce à ce processus évolutif, elle parvient à exploiter une thématique en profondeur, sous ses multiples facettes. Dans "Clowns" (2003-2004), par exemple, l’artiste aborde le paradoxe entre le côté joyeux et la mélancolie du clown.