Ces Belges qu'on connaît moins : Lucia de Brouckère

Ces Belges qu'on connait moins : Lucia de Bouckère
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Toute première femme à enseigner dans une faculté des Sciences en Belgique, Lucia de Bouckère continue d’inspirer les futures femmes scientifiques aujourd’hui. À côté de sa contribution à la chimie, découvrez également une scientifique engagée dans les défis sociétaux de son temps.

La science au féminin

Née en 1904 à Saint-Gilles, Lucia est contrainte de fuir la Belgique au déclenchement de la Première Guerre Mondiale. Avec sa famille, elle s’installe à Londres où elle poursuit ses études jusqu’à la fin de la guerre.

Dès 1923, de Brouckère veut à tout prix poursuivre des études de chimie. Dans la Belgique des années 20, rares sont pourtant les jeunes filles à pousser les portes de l’université, encore moins pour s’adonner aux sciences exactes.

Comme l’explique l’historienne Yoanna Alexiou, les quelques étudiantes inscrites s’orientaient généralement vers la philosophie, la physiologie ou le droit. Impossible pour elles de prétendre à une carrière professionnelle, ces jeunes filles arrivaient à l’université uniquement dans le but de s’instruire et d’incarner la "pleasant partner".

Pour se lancer dans une voie scientifique, Lucia de Brouckère a la chance de compter sur le soutien de son père et de son oncle, physicien et professeur de médecine à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Quant à l’éventualité d’un avenir post-cursus, notre férue de chimie puise son inspiration chez Daisy Verhoogen. Cheffe de travaux, véritable bras droit des professeurs d’université, Daisy Verhoogen avait réussi à obtenir la plus haute fonction que pouvaient espérer les femmes. C’est en suivant ses cours que Lucia opte pour la chimie analytique.

Une carrière universitaire

Pendant son doctorat qu’elle obtiendra en 1927, Lucia de Brouckère se fait proposer un poste d’assistante de Jean Timmerman, spécialisé en chimie physique et d’Alexandre Pinkus, en chimie analytique. Dès 1933, son diplôme d’agrégation lui ouvre les portes de l’enseignement universitaire et lui permet d’aspirer au poste de cheffe de travaux, comme Verhoogen avant elle.

Si la Seconde Guerre Mondiale vient interrompre son parcours à l’ULB, une opportunité l’attend à Londres. Là-bas, elle participe à des recherches en chimie commandées par le gouvernement en exil pour les besoins militaires. En prenant la direction de la section chimie industrielle du ministère de l’Economie, en 1944, Lucia de Brouckère obtient une chaire à l’ULB.

Toute première femme professeure ordinaire dans une université belge, notre jeune chimiste est alors chargée de remanier le département de chimie de l’université.

Plus tard, elle devient vice-doyenne puis doyenne de la Faculté des Sciences de l’ULB de 1960 à 1962.

Une culture scientifique humaniste

À côté de ses recherches, Lucia de Brouckère se voit charger de plus en plus de cours à l’université : chimie générale, analytique et physique. Pour faire du département de chimie un environnement plus propice à l’enseignement et la recherche, elle vise une formation orientée vers les travaux pratiques et invite des intervenants étrangers à l’université, etc.

"On a besoin d’hommes et de femmes qui saisissent toutes les occasions de parfaire et de corriger leurs connaissances."

Cofondatrice des Jeunesses scientifiques de Belgique, elle crée le fonds Lucia De Brouckère pour soutenir les jeunes chercheurs en chimie.

De bons scientifiques, certainement, mais la professeure veut également enseigner à ses élèves l’importance d’un esprit critique et ouvert. Un bon scientifique, selon elle, n’est pas quelqu’un qui se contente d’évoluer dans la chimie mais se laisse également concerner par ce qui l’entoure : la politique, l’économie et la culture.

Scientifique et engagée dans son temps

Défenseuse des valeurs démocratiques, Lucia de Brouckère lutte pour une recherche libre et indépendante. Face à la montée de l’extrême droite en Europe dans les années 30, elle est à la tête du Comité mondial des Femmes contre la guerre et le fascisme en 1934.

Plus de 30 ans plus tard, après le soulèvement étudiant de 1968, Lucia de Brouckère est élue présidente de la Commission de réforme de l’ULB. Engagée pour les droits des femmes, elle lutte pour la suspension de la loi anti-avortement, comme présidente du Centre d’Action Laïque.