Ces Belges qu'on connaît moins : Hubert Goffin

Parmi ces Belges à (re) découvrir, Hubert Goffin était un mineur liégeois récompensé par Napoléon pour le courage avec lequel il a lutté contre la mort et sauvé la vie de 70 de ses compagnons au cours d’une inondation du charbonnage de Beaujonc en février 1812.

Né en 1771, Hubert Goffin est le troisième enfant d’une famille de mineurs. Ne sachant ni lire ni écrire, cet ouvrier expérimenté est apprécié pour son zèle et savoir-faire qui l’élèvent au rang de contremaître.

Dans la commune d’Ans près de Liège, Hubert Goffin travaille dans la mine de Beaujonc, une des deux bures exploitées par la famille Colson depuis 1810.

 

Des conditions de travail difficiles

Les départements de l’Ourthe, de la Meuse inférieure, de Sambre-et-Meuse et de Jemappes attachés à la France contribuent à l’économie française. Les 600 houillères qui les composent représentent à elles seules, en 1811, 30% du marché français de production de charbon.

Cette fructueuse production n’est pas sans conséquence pour les ouvriers soumis à des conditions de travail des plus difficiles. En effet, le coût élevé des innovations techniques incite les propriétaires à accroître les objectifs de rendement et, si besoin est, à faire l’impasse sur les règles de sécurité. Ajoutés à cela un mauvais outillage, on ne rapporte pas moins de 97 accidents entre 1802 et 1813 dans les environs de Liège.

La catastrophe du 28 février 1812

Ce 28 février 1812, Hubert et son fils de 12 ans, Mathieu, sont occupés à creuser des galeries dans la mine de Beaujonc. Vers 10 heures, à 170 mètres sous terre, notre contremaître constate avec effroi de l’eau dévaler d’une hauteur de 70 mètres et s’engouffrer dans les galeries.

Après avoir alerté son fils et ses compagnons, Hubert saute avec Mathieu dans le "cuffat", le grand panier destiné à remonter la houille et les mineurs. La pagaille ne se fait pas longtemps attendre et le contremaître prend conscience qu’il est le seul à pouvoir prendre les mesures qui s’imposent et à organiser les secours. Hubert cède donc sa place à un voisin, son fils le suit pour rester auprès de son père, coûte que coûte.

Ce premier convoi permet à 35 mineurs de remonter à la surface, tandis que les 92 autres doivent encore être évacués. Le désespoir gagnant peu à peu les troupes, Goffin décide de mener ses hommes vers des galeries plus élevées pour les mettre à l’abri de l’eau. Malheureusement, un coup de grisou les rattrape dans leur élan. L’obscurité et le manque d’oxygène viennent aggraver la panique générale, des bagarres éclatent.

Soutenu par son fils, Goffin réussit néanmoins à convaincre les mineurs de creuser un boyau de sortie pour accélérer les secours orchestrés par le propriétaire, Lambert Colson. Pendant 5 jours et 5 nuits, ceux qui ne s’effondrent mangent leurs chandelles et s’abreuvent de leur urine. Le 4 mars, vers 2 heures du matin, les 70 rescapés peuvent revoir la couleur du ciel, pendant que notre contremaître continue de remonter le reste d’entre eux…

Décoré par Napoléon

Pour ses actes de bravoure, Hubert Goffin est le premier ouvrier à être fait Chevalier de la Légion d’honneur, par Napoléon lui-même. Remise le 22 mars 1814 à l’hôtel de ville de Liège, cette distinction honorifique constitue un des premiers actes officiels de la France impériale en terre wallonne.

Ce titre et la pension de 600 francs à vie ne dissuadent pas le mineur de retourner sur son lieu de travail. Alors qu’il est appelé à la rescousse dans la houillère du Bois de Saint-Gilles à Sclessin, un coup de grisou le tue sur le coup. Attristé par la disparition de son père, Mathieu se voit proposer des cours au Lycée de Liège par Napoléon aux frais de l’Etat.

Cent ans après la catastrophe, en 1912, la commune d’Ans érige un monument sur la place communale en souvenir d’Hubert et Mathieu Goffin et pour rappeler les dures conditions de travail imposées aux mineurs à l’époque.