Ces Belges à (re) découvrir : Andrée Dumon (nom de code : Nadine)

Surnommée Nadine par ses compagnons de l’ombre, Andrée Dumon fut parmi les Belges qui décidèrent de faire front à l’occupant pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce n’est qu’à l’âge de 70 ans que l’ex-résistante commence à raconter son histoire et finit ses mémoires en 2013. À l’occasion de la sortie de son ouvrage - "Je ne vous ai pas oubliés : Liberté. 1945", en 2018, Andrée Dumon était d’ailleurs passée au micro de Laurent Dehossay dans 'Un jour dans l’Histoire'.

Baisser les armes, vraiment ?

Lorsque l’armée belge s’incline face à la progression allemande au bout de 18 jours de combat, Andrée et sa famille sont anéanties.

En effet, la jeune fille a hérité de la fibre patriotique de ses parents, dévoués pendant la dernière guerre : après s’être blessé au front comme volontaire de guerre, Eugène Dumon avait été recruté comme médecin dans la Croix-Rouge tandis que Marie Dumon, infirmière, avait été active à La Panne.

La capitulation sans condition de Léopold III, désapprouvée par le gouvernement retiré en France, est perçue par Andrée comme une trahison.

Révoltée contre la passivité belge face à cet occupant de plus en plus coercitif, Andrée lâche quelques morceaux de journaux en forme de V, pour "Victoire", aux alentours de l’avenue Franklin Roosevelt à Bruxelles.

Une entrée de bonne heure dans la résistance

Le patriotisme naturel des Dumon les conduits à prendre part aux débuts de la résistance, dès l’été 1940. Andrée commence comme courrière au service de son père, qui deviendra un des dirigeants du réseau de renseignement Luc-Marc.

En octobre de la même année, la mère d’Andrée fait la connaissance d’un certain Frédéric De Jongh. C’est alors qu’Andrée devient Nadine, un nom de code pour éviter toute confusion avec Andrée De Jongh, la fille de Frédéric De Jongh avec qui il fondera la filière d’évasion Comète, en août 1941. C’est Dédée qui reprendra le flambeau de Comète après l’arrestation et l’exécution de son père en juin 1943.

Avec sa sœur, Andrée se débrouille pour exfiltrer militaires et pilotes alliés. Escortés en France par les "helpers" de Comète, ces soldats doivent ensuite poursuivre leur route jusqu’en Espagne ou le Portugal pour regagner Londres.

À ses risques et périls

Chaque jour passé dans la résistance peut subitement être le dernier pour ces femmes et hommes de l’ombre. Au cours de ses missions, Andrée Dumon tente de garder son sang-froid mais n’est pas sans crainte.

Pendant ses voyages, Nadine doit parler à la place des aviateurs alliés pour éviter le son de l’accent anglais. Un jour, un "sorry" s’échappe mais, heureusement, sans conséquence. Afin d’éviter au maximum les regards allemands, Nadine doit s’installer systématiquement en troisième classe. Un jour, elle est invitée à s’installer auprès de cinq Allemands dans leur compartiment… coup de chance, le douanier ferme les yeux sur le contenu de sa valise suspecte.

Les arrestations ne sont pas rares, et Andrée se demande quand ce sera son tour. Le 11 août 1942, la famille Dumon est dénoncée par 'Coco', un ex-agent de Comète. La famille prise au piège dans leur propre maison, Marie est emprisonnée à Saint-Gilles tandis qu’Andrée et son père sont emmenés faire connaissance avec la Geheime Feldpolizei, rue Traversière à Bruxelles. Absente pendant les faits, Aline évite de justesse l’arrestation.

Une descente aux enfers

Sous les coups et les menaces, la jeune résistante refuse de parler. Après avoir été confrontée à son délateur, Andrée est transférée à la prison de Saint-Gilles fin septembre 1942. Au bout d’un an de détention en Belgique, elle rejoint un convoi pour l’Est dans lequel elle retrouve son père. Désignée comme Nacht und Nebel*, Andrée passe par plusieurs lieux de détention, dont Mesum, Essen, Gross Strehlitz, sans oublier Ravensbrück, un camp de concentration spécialement réservé aux femmes.

Son périple concentrationnaire se termine à Mauthausen, où elle arrive en mars 1944. Dénuée de toute force physique, Andrée est à deux doigts de s’abandonner dans la neige pendant la longue marche vers le camp, avant d’être rattrapée par deux compagnes. Le K de "krank" ("malade") noté dans son dos, la jeune fille se laisse convaincre par un soldat français de l’effacer pour éviter d’être condamnée à brève échéance.

De retour en Belgique le 1er mai 1945, Andrée Dumon est accueillie par sa mère et Andrée De Jongh. La santé lourdement aggravée après deux ans et demi de détention, la jeune rescapée mettra deux ans à remarcher normalement.

 

* Nacht un Nebel (NN) : formule qui, dans le jargon nazi, désignait les déportés voués à l’extermination. Le 7 décembre 1941, le chef des forces armées allemandes, le maréchal Keitel, avait promulgué sur instruction d’Hitler le décret Nacht und Nebel (décret NN). Plus d’informations sur le site BELGIUM WWII du CegeSoma.

Interview d’Andrée Dumon (première partie)

Interview d’Andrée Dumon (deuxième partie)