Cédric Gervy : le Seigneur des jeux de mots

Cédric Gervy
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Cédric Gervy - © copyright Bernard Hérens

La chanson, juste pour le plaisir ou presque ! Cédric Gervy écume les scènes francophones depuis des années avec pour seules ambitions, nous faire rire et réfléchir ! Avec sa guitare approximative et ses airs de joyeux fêtard, cet enseignant vit goulûment sa passion de l'écriture et s'éclate avec ses nombreux fans. À déguster au Ward'in Rock le 1er septembre et au festival Un soir autour du monde le 7 septembre.

Cela fait longtemps que l'envie de vous présenter Cédric Gervy nous titillait. C'est que l'homme, outre son grand talent de parolier et d'ambianceur, est devenu un vrai pote avec son cœur " gros comme ça ! " Avec Cédric, c'est l'autre facette du monde de la musique que l'on découvre : celui des amateurs passionnés qui ont la chanson dans la peau sans jamais espérer réellement arriver à en vivre.

Une passion qui cohabite avec une vie ordinaire mais qui lui donne tellement plus de sel !

Rencontre avec un authentique artiste, qui joue avec les mots pour dissimuler sa sensibilité...

Ta marque de fabrique, outre le côté déjanté, se trouve essentiellement dans la finesse d'écriture. Ton boulot d'enseignant influence-t-il ton goût pour l'écriture élégante ?

Cédric Gervy : Je sais que Gainsbourg a dit : " La faute pour laquelle j'ai le plus d'indulgence c'est la faute d'orthographe. " Mais pour moi c'est tout le contraire ! Je suis enseignant et mes parents avant moi l'étaient aussi. J'ai donc fait de cette éducation pointilleuse au niveau de la langue une force pour les textes que j'écris. J'évite évidemment les fautes grammaticales mais, au-delà, je prends mon pied à trouver le mot le plus précis pour exprimer une idée. Et si je peux en plus faire un calembour avec, je jubile ! Comme Hergé faisait avec Tintin, dont je suis fan, à la fin d'une planche, j'aime mettre des virgules rigolotes au bout de mes phrases. Quel plaisir d'assaisonner les phrases avec des pirouettes linguistiques pour leur donner du relief !

Quand on écoute attentivement tes textes, on peut se dire que ton côté " amuseur public " te range à tort dans une catégorie " chanson rigolote " alors que certaines de tes chansons sonnent très justes sur des sujets difficiles du monde dans lequel on vit. Un risque à prendre ?

Cédric Gervy : Là où j'en suis ce n'est plus un problème puisque je sais que ma carrière discographique s’arrêtera au stade " démos bien foutues que je vends moi-même à la sortie des concerts ". Je ne me pose plus cette question et je ne regrette pas d'avoir été catalogué parmi les amuseurs genre Sttellla, Les Gaufff etc. Cela m'a apporté un certain public extrêmement fidèle même si il ne me permet pas de vivre de mes chansonnettes. Et s’il est si fidèle, j'ai la faiblesse de croire que c'est, entre autres, parce qu'il sent que j'essaie de mettre quelques grumeaux dans ma pâte et de ne pas raconter que des âneries. Je suis ravi à l'idée que certains arrivent en pensant voir un gugusse marrant et repartent avec l'impression d'avoir entendu en plus quelques chansons sensibles et bien torchées.

En 2009, tu as eu  la chance de jouer aux Francofolies de Spa sur la grande scène Pierre Rapsat. Pas trop difficile de redescendre sur terre et de refaire les " bars en folies " après ?

Cédric Gervy : Non pas du tout. Ce concert avant Olivia Ruiz et Tryo c’était une expérience géniale, une espèce de rêve, un truc que tu fais une fois dans ta vie. Je sais bien que je ne serai jamais une star de la chanson ! J'en garde un souvenir formidable mais c'est comme grimper au sommet du Mont Blanc. En général, tu ne le fais pas deux fois. J'ai les photos et les enregistrements dans ma boîte à souvenirs pour la famille, et puis voilà !

Tu sais, c'est sans doute plus difficile de convaincre quelques dizaines de personnes de rester alors qu'elles ont tous le loisir d'aller voir ailleurs que de jouer devant 4000 personnes qui sont là parce qu'elle ont payé pour venir voir la star qui joue après moi et qu'elles ne veulent surtout pas perdre leur place dans la foule !

Tu sembles serein aujourd'hui avec l'idée que tu ne vivras sans doute jamais de ta musique

Cédric Gervy : J'ai toujours su que je ne vivrais jamais de la musique. Mais quand des gens du métier, par leur enthousiasme et leurs promesses, t'aident à y croire, quand on est un petit naïf comme moi, on finit par y croire un peu. J'y ai donc cru, un peu, à l'époque où je jouais en groupe mais maintenant je suis revenu sans aucune ambition autre que de m'amuser. Soyons honnête, je sais que je ne suis pas un grand musicien. J'ai eu la chance de jouer en groupe dans plusieurs configurations. J'en suis revenu et c'est tant mieux !

Un sourire, une guitare, et c'est parti...

Après avoir essayé toutes formes de guitares à effets et d'instruments sophistiqués, je sais que ma meilleure amie sera toujours une guitare à peu près pourrie pour accompagner mes textes. Un peu comme Didier Super ou Daniel Helin par exemple qui m'ont beaucoup influencé. Une école artistique un peu à la dure, sans artifice. Je suis conscient que c'est plus un accompagnement boy scout que de la vraie musique et je m'éclate vraiment comme ça ! Depuis que je ne joue plus avec le groupe, beaucoup de contraintes ont disparu. Je peux arriver deux heures avant de jouer, boire une chope avec les gens, monter sur scène, reboire une chope et repartir. La musique fait juste partie de mon quotidien entre préparer à manger et faire la vaisselle. Bref, le bonheur !

Entretien: François Colinet

En concert : au Ward'in Rock le 1er septembre et au festival Un soir autour du monde le 7 septembre.

Cédric Gervy - le clip de Playstation

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