"Avec plaisir François" ou le retour d'Ariane Lefort sur la scène littéraire

Ariane Lefort
2 images
Ariane Lefort - © Astrid di Crollalanza

Rencontre avec Ariane Lefort qui aime se faire désirer : "Oui mais cette fois ce fut plus rapide. Deux ans et demi au lieu de sept ; je suis assez contente."

Marie est prof, et fait la rencontre de François, un mécanicien-voyageur qui vit au bout du monde. Lorsqu'il va revenir ils vont s'installer ensemble, sans trop y réfléchir, en essayant de faire ce que font tous les couples...

 

On est au cœur de tout ce qu’apporte une relation, et de tout ce qu’elle suscite comme questionnement au sein du couple ?

 

Oui et c’est cela que j’aime explorer. C’est le couple et la difficulté qu’il représente à tous les niveaux. Et aussi bien dans toutes les générations, qu’à tous les degrés du couple. J’aime parler des débuts, comme j’aime parler de la permanence.

C’est vraiment ma ligne de recherche ; mon intérêt dans l’écriture, c’est cela. Le relationnel en couple, et parfois aussi en trio. Et ici on a même un quatuor, avec deux couples en parallèle.

 

Le jeune couple est formé par Marie et Milo, qui a tout pour séduire. Mais le personnage est particulier ?

 

Milo c’est le prototype de la passion volatile. C’est puissant et charnel, c’est immédiat et du coup cela peut s’éteindre aussi vite, parce qu’on ne sait quel effort fournir, pour conserver l’histoire.

Ca laisse une énorme nostalgie parce que tout aurait pu exister, puis rien n’a vraiment existé. Tout était tellement rapide et puis finalement ce n’était que le corps qui parlait .

Pourtant ça aurait été intéressant de faire parler autre chose, mais ils sont dans une situation où tous les deux, à l’âge qu’ils ont, n’ayant pas d’autre lien que cette fusion totale, n’ont pas les moyens de poursuivre l’histoire.

Parallèlement on a le couple Charlotte et François, les parents de Marie. C’est un couple qui dure depuis 50 ans. Charlotte continue d’espérer que François va être son amoureux total et absolu, alors que François est tombé amoureux d’un homme.

On a la longévité d’un côté et la fugacité de l’autre, et cela m’intéressait de comparer ces deux histoires, parce qu’elles sont représentatives de nos générations.

Marie refuse d’entrer dans la relation neuve et gay de son père. Elle refuse d’entendre ce que son père aimerait lui dire ?

 

Et je pense qu’elle a raison. Ceci dit elle reçoit quand même des confidences dont elle n’a pas envie. Alors que le frère de Marie n’en reçoit pas puisqu’il a clairement fermé la porte. Et pourtant c’est notre seule source, hormis ce qu’on imagine à l’intérieur de la maison, quand Marie ramène son père par exemple, après une soirée au restaurant. Elle regarde ce père marcher vers la maison, elle sait que sa maman est à l’intérieur, et on imagine une crise, ou simplement le plaisir de le voir rentrer… Il va se passer quelque chose que Marie ne veut pas connaître, mais qui nous touche peut-être, parce que ça pourrait nous arriver aussi. Mais il faut laisser  l’imagination du lecteur faire son travail.

 

On sent une grande fragilité chez ce père ?

 

Une fragilité émotionnelle, étant partagé entre deux vies. Celle qu’il a avec Charlotte depuis 50 ans, et sa nouvelle vie, avec son amant, ancien étudiant. Il a 80 ans, et même s’il est encore très bien, il manque d’assurance en marchant, il y a de la neige et la vieillesse la rattrapé ; c’est extrêmement touchant.

Christine Pinchart

"Avec plaisir François", d'Ariane Lefort au Seuil. Une heureuse surprise, comme tous les romans de l'auteur, qui aime explorer le récif corallien de nos sentiments. A glisser dans les bagages.