Au Botanique, Pierre Lapointe pianote avec nos émotions!

Pierre Lapointe
3 images
Pierre Lapointe - © copyright : Lara Herbinia

L’excentrique québécois était de retour à Bruxelles, dans une Orangerie avec laquelle il entretient une longue histoire, pour nous proposer le meilleur de ses chansons délicieusement déprimantes, dans une formule "Piano Voix" toujours aussi émouvante.

Ça ressemble à un rendez-vous d’initiés. On retrouve ce vendredi soir, dans une Orangerie archicomble, quelques connaissances et de nombreux visages déjà croisés lors des précédents passages de Pierre Lapointe dans cette salle. Des amateurs d’une chanson française teintée de déprime et d’introspection, comme le sémillant québécois l’indique d’entrée. "J’ai choisi les chansons de ce soir pour leur potentiel dépressif. Si vous venez de vivre une rupture, il va falloir avoir le cœur bien accroché !"  La première chanson "Tu es seul et restera seul" plante directement le décor !

 

Seul derrière son piano, veste crème et pantalon rouge flashy, on retrouve avec délice son personnage faussement hautain, qui manie avec la même aisance l’humour noir et les touches de son instrument.

 

Rapidement, "Les lignes de la main", petite ritournelle existentialiste, nous émeut aux larmes. Se succéderont ensuite quelque morceaux revisités de son répertoire récent. Et, en bonne logique, certaines perles de son enregistrement public "Pierre Lapointe seul au piano".

 

Les mots pour exister sur scène

 

Jamais en panne d’histoires à raconter, il nous entretient entre deux chansons, de théories sur les "ex" ou de sa relation professionnelle supposée avec Monia Chokri, égérie du cinéaste Xavier Dolan dans "Les amours imaginaires". 

 

Entre-temps, il pianote délicatement pour porter ces textes touchant le cœur de nos tourments d’êtres humains en relation. Il appuie là où ça fait mal, mais avec une magnifique délicatesse artistique.

 

Il parle de Montréal et du Québec, rendant hommage à Richard Desjardins dont il a mis en musique le texte de "Moi, Elsie" chantée à l’origine par l’artiste québécoise Elisapie Isaak. Cette chanson bouleversante met en lumière le désir d’une femme inuit pour un homme blanc, venu travailler dans les mines du Grand Nord canadien.

 

En rappel, il offrira au public ravi "Deux par deux rassemblés", sans doute son seul tube, avant de surprendre avec une reprise très réussie du "C’est extra" de Léo Ferré, une belle manière de résumer cette émouvante soirée, qui laisse un goût de trop peu.

 

Se mettre à nu face au public

 

Plutôt que d’offrir une superficielle séance de photos et des dédicaces, Pierre Lapointe a pris l’excellente habitude de proposer une séance de questions-réponses à son public, quelques minutes après la fin du spectacle. Débarrassé de son costume de scène, il entre alors dans un dialogue d’une étonnante sincérité avec ses fans.

 

Il évoque son choix de participer comme coach à la version québécoise de "The Voice", en expliquant à quel point il a toujours souhaité garder "un pied dans l’avant-garde et l’autre dans la pop crasseuse". Il revendique ainsi autant son amour pour l’art contemporain que pour certaines chansons de Céline Dion. Il rappelle sa fierté d’avoir écrit un tube pour Calogero ("La bourgeoisie des sensations"), justifie le choix des chansons du spectacle et évoque ses projets futurs avant de nous fixer rendez-vous à la prochaine fois.

 

Cette forme de dialogue ravit manifestement le public et devrait donner des idées aux autres. Il n’y a, en effet, aucune raison pour que, nous journalistes, soyons les seuls à pouvoir profiter du privilège de ces discussions intimes avec les artistes.

 

François Colinet

Les photos de Lara Herbinia

Rencontrée au concert de Pierre Lapointe, la photographe Lara Herbinia illustre notre article avec deux photos d'artiste sur scène.

L'occasion de découvrir le travail d'une photographe au travers de ses différents projets et de son site qui lui tient lieu de portfolio.