Aléxandros Panagoúlis, un résistant à la dictature des Colonels

Aléxandros Panagoúlis, un résistant à la dictature des Colonels
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Aléxandros Panagoúlis, un résistant à la dictature des Colonels - © Capture d'écran Youtube

Avril 1967 marquait, en Grèce, le début de sept longues années de dictature dite "des Colonels". Animés par leur foi en la démocratie, plusieurs ont risqué leur vie pour restaurer la liberté dans leur pays.

Parmi ces personnalités absentes de nos manuels d’histoire, (re) découvrez aujourd’hui Aléxandros (ou Alekos) Panagoúlis, un révolutionnaire grec notamment célèbre pour son attentat manqué contre l’un des Colonels de la dictature, Geórgios Papadópoulos.

Aujourd'hui, il nous raconte. 

(Ceci est une mise en récit posthume, qui ne constitue pas les dires de Aléxandros Panagoúlis)

La sombre nuit du 21 avril 1967

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la Grèce connaît une importante division interne. L’instabilité gouvernementale vient alors apporter un coup de grâce à la démocratie grecque.

La nuit du 21 avril 1967, le peuple athénien est réveillé par le bruit de dizaines de chars qui sillonnent la ville. Soutenus par les services secrets américains, trois officiers de l’armée - Stylianos Pattakos, Nicolaos Makarezos et Georgios Papadopoulos – veulent renverser le pouvoir par un coup d’État. Pour éviter la résistance du roi, des chars viennent entourer la résidence royale.

Un communiqué truqué est diffusé à la radio d’État : "Certaines parties de la constitution étaient en danger. Le roi Constantin a prié l’armée de prendre le pouvoir afin de maintenir l’ordre".

De nombreux Grecs comprennent alors que leur vie est sur le point de basculer : partis politiques et syndicats interdits, la création de tribunaux spéciaux annonce l’implantation progressive d’une justice arbitraire. Le contrôle s’immisce jusque dans la vie privée en proscrivant notamment le port de minijupes et de cheveux longs.

Un coup manqué

Je suis parmi ces nombreux Grecs qui assistent sans voix à l’effondrement de leur système démocratique, en entonnant discrètement l’hymne national. Diplômé de l’Université polytechnique nationale d’Athènes, comme ingénieur électricien, je fais partie des Jeunesses du parti libéral de l’Union du Centre.

Le putsch d’avril 1967 n’annonce rien de bon pour l’avenir de la nation. Ce n’est plus une surprise, tout opposant au nouveau régime est désormais voué à la prison ou la déportation. Les plus chanceux seront placés sous surveillance.

Profondément libéral, il m’est impossible de rester les bras croisés. Après avoir abandonné mon poste au service militaire, j’organise la Résistance Nationale et me retire à Chypre pour monter – ce qui devait être – un coup de maître.

Le 13 août 1968, ma tentative d’assassinat échoue. Près de Varkiza, la bombe placée près de la borne 31 se déclenche en retard, permettant ainsi à Geórgios Papadópoulos de poursuivre sa route comme si de rien n’était.

Résister, même en détention

Arrêté et jugé par des tribunaux grecs truqués aux côtés de 15 autres opposants, j’évite le pire grâce aux pressions internationales. Quelques jours plus tôt, le 3 novembre 1968, 300.000 personnes avaient défilé dans les rues d’Athènes pour marquer leur désaccord avec le nouveau régime.

Trimbalé de l’île de l’Égine à la prison Bogiati, je tente en vain de m’évader le 5 juin 1969. L’échec est douloureux puisque je ne peux dès lors échapper au supplice de la "cellule tombe" de la Caserne Goudi, 2 mètres de long et 1,5 mètre de haut creusés sous terre.

D’autres tentatives d’évasion et de représailles se succèdent, mais jamais une information ne s’échappe, jamais les tortures physiques et morales ne parviennent à me faire changer de camp. Même l’amnistie générale des Colonels aux détenus politiques, à l’instigation de puissances extérieures, ne réussit à me détourner de mes convictions premières.

À défaut de pouvoir m’évader physiquement, je tente de m’extraire de cette sombre réalité avec de la poésie, écrite sur les murs de ma cellule avec mon sang. Du fait de la dictature, plusieurs de mes textes ont délibérément été cachés au public, mais je suis parvenu à en retranscrire d’autres dans mes cahiers "Vi scrivo da un carcere in Grecia" ("Je vous écris d’une prison en Grèce").

Meilleurs jours pour la démocratie

En août 1973, la pression internationale et l’importante mobilisation étudiante me font finalement revoir la lumière du jour après des années de torture. Exilé à Florence où je tente de restaurer la Résistance Nationale, je comprends alors que la dictature s’est essoufflée d’elle-même.

Les militaires finalement contraints de repasser la main aux politiques, la Grèce retrouve sa démocratie le 24 juillet 1974. Élu député athénien, je mets un point d’honneur à continuer de traquer quiconque aurait activement collaboré aux sombres pages de notre histoire nationale.


Le 1er mai 1976, Aléxandros Panagoúlis décède à l’âge de 36 ans dans un accident de voiture. Les causes de sa mort sont encore remises en doute aujourd’hui, étant donné les nombreuses pressions et tentatives d’assassinat dont le révolutionnaire était encore victime peu avant sa mort.