Aâma : la fin d'une aventure sf, et une belle exposition !

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aama - © gallimard

Une double actualité pour Frederik Peeters : le dernier tome d’une série étonnante, chez Gallimard, et ses originaux accrochés aux cimaises de la galerie Champaka à Bruxelles.

D’un côté, donc, le dernier album d’une série étonnante, foisonnante, aux couleurs vives et omniprésentes. De l’autre côté, une exposition des dessins originaux de Peeters, dans un noir et blanc qui, pour classique qu’il soit dans sa technique, se révèle souvent proche de la surprise surréaliste !

Frederik Peeters est de ces auteurs pour qui la BD se doit d’aller au-delà des apparences, tant au niveau de la narration que du graphisme. Et dans cette série, Aâma, c’est vraiment le cas. Nous sommes dans un univers improbable, avec des personnages tout aussi improbables, d’ailleurs. Résumer l’histoire de cette série, qui se ponctue aujourd’hui par une espèce d’immense point d’interrogation, tient de l’impossible. On se plonge dans un monde qui, sans aucune ressemblance avec le nôtre, tisse sans arrêt, cependant, des passerelles avec nos propres réalités.

Tout en utilisant les codes propres à la science-fiction, ces codes qui construisirent les chefs d’œuvre d’écrivains comme Bradbury ou Asimov, par exemple, ou Frédéric Brown, Peeters s’amuse à les distendre, à les étirer tout au long d’un fil ténu, celui qui se tend entre l’ici et l’ailleurs. Je parlais tantôt de surréalisme, et c’est vrai que la culture artistique et littéraire de Peeters l’entraîne à mêler les genres, inlassablement, sans pour autant perdre le lecteur dans cette quête étrange. Et ce qui est frappant, ce qui reste intéressant de bout en bout, c’est que jamais le côté humain ne disparaît du récit qu’il nous livre.

La couleur, dans cette série, est également un élément moteur incontournable. Elle est partout, elle éclate, elle explose, elle ressemble à certains moment à ces livres de super-héros des années cinquante, criarde, à d’autres moments elle se fait simplement lumineuse. Il s’agit là, évidemment, d’une volonté réfléchie de la part de l’auteur, avec la nécessité, semble-t-il de faire participer pleinement la colorisation au rythme du récit.

Mais au cœur de l’exposition qui lui est consacrée, cette couleur n’est absolument pas présente. Comme si Peeters avait voulu dissocier le travail purement graphique de celui d’élaborer, de planche en planche, une histoire, un récit. Et cela permet, aussi et surtout, de découvrir à la fois la modernité et la virtuosité de Frederik Peeters, créateur d’univers aux étranges et pluriels possibles.

Une série à découvrir, donc… Et une exposition à voir pour aller à la rencontre, simplement, de ce qu’est l’œuvre d’un dessinateur contemporain qui n’a pas peur de s’éloigner des sentiers battus.

 

Jacques Schraûwen

Aâma (auteur Frederik Peeters – éditeur : Gallimard)

Exposition à la galerie Champaka – 27, rue Ernest Allard – 1000 Bruxelles)