The Doors : Les 50 ans de "Morrison Hotel"

The Doors: Les 50 ans de "Morrison Hotel"
The Doors: Les 50 ans de "Morrison Hotel" - © Tous droits réservés

« Morrison Hotel » est 5e et avant-dernier album des Doors sorti du vivant de Jim Morrison. Les coulisses de la création d’un grand album de l’histoire du rock.

Un début d’enregistrement compliqué

Les Doors commencent à travailler à la réalisation de ce 5e album dans des conditions assez difficiles.

En effet, Morrison vient alors de passer pas mal de temps au tribunal puisqu’il est alors poursuivi pour "outrage aux bonnes mœurs", "exhibition indécente" suite à un concert donné un peu plus tôt à Miami lors duquel il aurait "exposé son pénis…

Morrison a du mal à supporter l’ambiance des tribunaux et ce procès constitue une épreuve très difficile pour lui. Lors des réplétions qui précédent l’enregistrement de ce 5e album, il y a donc quelques tensions.

Morrison et Robby Krieger ont notamment une dispute assez importante à propos des crédits d’un de leurs nouveaux titres "Waiting for the Sun" (un titre sur lequel ils avaient déjà travaillé lors de la réalisation de l’album du même nom mais qui n’avait jamais été terminé et figurera donc sur "Morrison Hotel").

Jim Morrison prétend alors que la mélodie du début du morceau (quand il chante "At first flash of Eden – We race down to the sea) a été écrite non pas par Robby Krieger (comme prétend ce dernier) mais bien par Paul Ferrara, un ancien condisciple de Jim à l’Université de Californie.

Après avoir répété suffisamment de titres pour remplir un album entier, les Doors déménagent leurs instruments et leur équipement de leur salle de répétition et les emmènent aux studios Elektra pour y débuter l’enregistrement de "Morrison Hotel".

Le groupe – et particulièrement le producteur Paul Rotchild – ne veut pas faire la même erreur que celle commise sur l’album précédent, "Soft Parade", considéré comme le moins bon du groupe.

Donc, ici, fini les violons, les cuivres, et les arrangements orchestraux limite pompeux, les Doors reviennent à un son plus dur, plus authentique, plus "graveleux", plus bluesy, plus "roots".

Sur le titre "The Spy", le batteur John Densmore prend beaucoup de plaisir à mettre en avant un jeu très jazzy, il utilise ici non pas des baguettes mais bien des balais (Densmore qui, avant de rejoindre les Doors, est issu du monde du jazz).

 

Des invités prestigieux

"Morrison Hotel" marque aussi le grand retour de Jim Morrison en tant que compositeur principal du groupe. En effet, sur l’album précédent ("Soft Parade"), on retrouvait plus de compositions signées par le guitariste Robbie Krieger que par Morrison.

Pour enregistrer l’album aux côtés des Doors, on retrouve ici quelques invités ‘surprises’. Des musiciens qui sont convoqués en dernière minute et qui apportent leurs touches très personnelles à "Morrison Hotel".

Ce sera notamment le cas de John Sebastian, qui vient alors tout juste de quitter les Lovin Spoonful et qui se fait remarquer, en solo, sur la scène de Woodstock. Sebastian que l’on retrouve ici à l’harmonica.

Autre invité prestigieux sur cet album, c’est le guitariste Lonnie Mack qui est quelqu’un d’extrêmement reconnu sur la scène blues et country (quelqu’un qu’on verra notamment accompagner Stevie Ray Vaughan, James Brown, Freddie King, Ronnie Hawkins, Albert Collins…) et qui a également signé quelques tubes dans les années 60.

Mais ce n’est pas à la guitare mais bien à la basse que l’on retrouvera Lonnie Mack sur "Morrison Hotel". Robbie Krieger reste donc bien le seul guitariste de l’album bien que – d’après la légende – il est sérieusement coaché par Lonnie Mack pour le solo de Roadhouse Blues.

"Peace Frog"

Peace Frog, un titre dans lequel Morrison fait notamment référence à son arrestation en 1967 dans la ville de New Haven (Connecticut). Lors de ce concert, Morrison avait contesté le rôle de la police avec qui il avait quelques soucis backstage. Suite à ce petit discours, durant lequel il se moque ouvertement de la police, le concert est interrompu et Morrison est arrêté sur scène, accusé d’incitation à l’émeute…

Mais Morrison évoque aussi dans le texte du morceau ceci :"Indians scattered on dawn’s highway bleeding/Ghosts crowd the young child’s fragile eggshell mind", quelques lignes extraites de son poème “Newborn Awakening”. Morrison y évoque ici un traumatisme d’enfance. Avec ses parents, il avait voyagé dans le désert et avait croisé le chemin d’indiens, agonisants sur la route. Morrison avait alors ressenti les âmes des indiens s’échapper de leurs corps alors qu’ils rendaient leurs derniers souffles. Cet événement, marquant, inspire Morrison sur plusieurs titres.

A noter que, 7 ans après la disparition de Jim Morrison, en 1978, Robbie Krieger, Ray Manzarek et John Densmore se réuniront en studio pour enregistrer "The Ghost Song" sur l’album "An American Prayer", un nouvel arrangement musical basé sur l’ensemble du poème "Newborn Awakening", récité sur le disque par la voix enregistrée de Jim Morrison.

 

Roadhouse Blues

Roadhouse Blues s’impose rapidement comme l’un des grands classiques des performances live des Doors. Ce titre – d’une puissance incroyable – sera d’ailleurs repris par de nombreuses formations (on pense notamment aux très bonnes versions de Status Quo ou encore de Blue Oyster Cult – accompagné – sur cette dernière -par Robby Krieger en ‘special guest’)

Pour enregistrer "Roadhouse Blues", Jim Morrison plonge les musiciens dans une ambiance particulière à l’aide de petites narrations, de petites histoires dont lui seul a le secret. Ainsi (et une source sonore de l’époque nous le confirme), il introduit le titre de cette façon : "Allons, messieurs, messieurs… Bon, le sujet de cette chanson, vous l’avez tous vécu un jour ou l’autre. Il s’agit d’un vieux bar pour routiers. On est dans le Sud… Ou le Middle West… Ou sur le chemin de Bakersfield, au volant d’une vieille Chevrolet modèle 57. Vous voyez ? Il est environ une heure et demie du matin, et on ne va pas trop vite, ni trop lentement. On a un pack de six bières dans la voiture, quelques joints, on écoute la radio et on se dirige vers… Le vieux bar routier. Vous voyez un peu le genre… ?".

Une pochette culte

Quelques mots sur la pochette mythique de cet album "Morrison Hotel". Sur celle-ci on retrouve les 4 membres du groupe regardant dans notre direction à travers la vitrine d’un café/hôtel baptisé "Morrison Hotel".

Le guitariste Robbie Krieger se souviendra, en 2010, du shooting assez compliqué de cette séance photo…

"Ray était à la recherche d’un endroit sympa dans le centre-ville de Los Angeles et il a finalement trouvé cet endroit, le Morrison Hotel. Donc on a décidé de s’y rendre et de prendre quelques photos là-bas mais le proprio de l’hôtel ne voulait pas nous laisser entrer parce qu’il pensait qu’on était des hippies… Vous savez, il y avait pas mal de gens plutôt louches dans le coin. Donc, on a profité d’un moment d’inattention de sa part, on est rapidement entré, et on a fait quelques photos…. Et c’est l’une de celles-ci qui est devenue la pochette de l’album".

Sur Morrison Hotel, on retrouve également une petite merveille, le titre "Queen of the Highway", un des titres que Jim Morrison écrit pour celle qui sera l’amour de sa vie, Pamela Courson.

Patricia Kennealy, une des célèbres maîtresses de Morrison, prétendra – pendant très longtemps – être la "Queen of the Highway" à qui Jim rend hommage dans ce titre.

Mais, de nombreuses sources nous permettent aujourd’hui de dire qu’il s’agit bien d’un titre dédié à Pamela, puisque, apparemment, Jim connaissait à peine Patricia Kennealy lorsqu’il a écrit et enregistré ce titre à la fin de l’année 1969.

Succès pour l’album

A sa sortie "Morrison Hotel" fonctionne très bien.

"Morrison Hotel" montre un groupe encore capable d’étonner, de surprendre son public. Il se classe à la 4e place des charts aux Etats-Unis et, surtout, à la 12e position des charts en Angleterre (ce qui en fera le plus grand succès britannique de l’histoire des Doors).

Autre classique que l’on peut retrouver sur cet album, c’est "Waiting for the Sun", morceau sur lequel les Doors avaient déjà commencé à travailler en 1968 et qui aurait dû figurer, normalement, sur l’album du même nom (sorti en juillet 68).

On retrouve donc dans ce titre cette phrase incroyable et lourde de sens c’est "This is the strangest life I’ve ever known" (c’est la vie la plus étrange que j’ai jamais connue… "), écoutez bien quand il le dit, ça donne des frissons dans le dos…

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