THE 27 CLUB : Robert Johnson ou la naissance du club des 27

Le Club des 27 naît avec Robert Johnson, ce bluesman dont on a 3 photos, 30 chansons et qui aurait vendu son âme au diable !

Gabrielle Davroy et Laurent Rieppi évoquaient la vie de ce mythe dans l’émission de ce samedi 31 juillet à réécouter ci-dessous :

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© Tous droits réservés
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Tout est dans le titre de cet article, tous les éléments sont là pour que naisse une légende :

-de l’admiration et du mystère : comment ce piètre guitariste à ses débuts (il se fait jeter des clubs dans lesquels il tente de jouer de la guitare) devient-il une référence, le Graal pour de nombreux bluesmen actuels ? Bluesmen qui se demandent comment on peut à la fois avoir cette dextérité, accorder sa guitare différemment d’un morceau à l’autre, jouer hyper vite tout en chantant ? Robert Johnson, c’est un peu tout ça à la fois !

- Pourquoi raconte-t-on aujourd’hui encore dans certaines parutions qu’il aurait vendu son âme au diable en échange d’un talent hors norme pour jouer de la guitare ?

- Comment ce musicien devient une légende alors que ses 30 morceaux (29 morceaux en fait, mais il aurait écrit un 30e titre qui aurait été enregistré par Sonny Boy Williamson " Mister DownChild ") sont tombés dans l’oubli après sa mort le 16 août 1938 à Greenwood (Mississipi), alors qu’il n’avait que 27 ans.

Robert Johnson, ce que l’on sait :

On connaît encore très peu de choses sur la vraie vie de Robert Johnson. Sa date de naissance n’est pas attestée avec précision. Il serait né le 8 mai 1911 dans le Mississipi. Une enfance compliquée par la séparation de ses parents, un parcours scolaire bref mais un intérêt pour la musique dès son adolescence. Il joue de l’harmonica mais veut s’essayer à la guitare. Le pionnier du blues du Mississipi Son House sera particulièrement cruel avec lui en le dissuadant de poursuivre avec cet instrument au profit de l’harmonica. Robert Johnson s’éloigne donc des clubs de blues de Robinsonville pendant 2 ans, est sans doute pris en charge par un autre bluesman : Ike Zinnerman, qui lui donnera les clés pour devenir le grand bluesman que nous redécouvrons aujourd’hui.

Pendant cette période, il se consacre entièrement à la guitare. A son retour à Robinsonville 2 ans plus tard, Son House est ébloui par ses progrès, une évolution tellement spectaculaire qu’elle ne peut être que le fruit du divin… ou plutôt du diable ! (Le vaudou est encore très présent dans la communauté noire du Mississipi à cette époque).

Robert Johnson enregistre cette trentaine de morceaux en 2 ans et meurt de manière mystérieuse… Certains pensent qu’il aurait été empoisonné par un mari jaloux… Il est vrai que Robert Johnson avait la cote auprès des filles !

Autre curiosité, 3 lieux revendiquent être l’endroit ou Robert Johnson est enterré :

- A deux pas de la Mount Zion Baptist Church à Morgan City où un obélisque à son nom a été érigé

- A Quito à quelques miles du 1er lieu à la Payne Chapel où une pierre tombale porte son nom avec la mention " Resting in the Blues "

- La 3e tombe possible est à la Little Zion Missionary Baptist Church aux portes de Greenwood… à moins que son corps repose au bord de la Highway 7 comme le laissent penser les paroles de son titre " Me and the Devil Blues " (" you may bury my body down the highway side ")

L’apport de Robert Jonhson sur la musique… à commencer par son influence sur Jim Morrison plus de 30 ans après sa disparition

Premier membre de ce fameux Club des 27, Robert Johnson ne pouvait imaginer lors de sa disparition en août 1938, qu’il serait toujours une telle légende aujourd’hui, plus de 80 ans plus tard… Il n’aurait jamais imaginé non plus être repris par un autre membre du Club des 27, Jim Morrison.

Conservée dans les tiroirs des Doors pendant de nombreuses années, il s’agit de la reprise du titre "Me and The Devil Blues" renommé " Woman is a Devil ".

On rappellera que Morrison, un peu avant de mourir, était retourné à des racines et des sonorités plus " bluesy " sur l’album " L.A. Woman ". L’un des derniers titres interprétés sur scène par Morrison dans un club à Paris avec des musiciens rencontrés sur place était d’ailleurs un titre de blues…

Robert Johnson constituait donc une véritable source d’influence pour le poète et chanteur. L’enregistrement dont on dispose aujourd’hui date de 1969 avec des sonorités assez éloignées de ce que proposaient les Doors à l’époque. Ici, c’est très basique, très dépouillé mais en même temps c’est très " ressenti ", très " habité ".

Robert Johnson, son empreinte sur Jim Morrison mais surtout sur l’univers d’Eric Clapton

Quand on parle de Robert Johnson, impossible de ne pas évoquer… Eric Clapton. Il est l’un de ses disciples les plus célèbres et est totalement fasciné, voire obsédé par l’œuvre de Robert Johnson. On ne compte plus aujourd’hui les reprises du catalogue de Johnson par Clapton…

Tout cela commence déjà dans les années 60, lorsque Clapton, Jeff Beck, John Mayall et bien d’autres font les beaux jours du british boom blues… Les reprises de Johnson font partie des répertoires de cette scène bouillonnante.

Clapton, après avoir travaillé au sein des Yardbirds, aux côtés de John Mayall, fonde Cream avec le batteur Ginger Baker et le bassiste Jack Bruce.

Et l’un des titres phares de la formation est " Crossroads ", reprise de "Cross Road Blues" de Robert Johnson qui met en avant les talents scéniques du power-trio.

 

Par la suite, Clapton ne cessera de reprendre, de réinventer ce titre sur scène dans le cadre de sa carrière solo… Les hommages à Johnson se feront à différentes reprises ensuite mais aussi et surtout sur l’album Me and Mr Johnson en 2014, entièrement dédié à des reprises de Robert Johnson ainsi que l’album " compagnon ", Sessions for Robert J, sorti quelques mois plus tard…

Quand Keith Richards découvre Robert Johnson

A la fin des années 60 et au tout début des années 70, la jeunesse britannique qui avait découvert quelques premiers titres de Robert Johnson en redemande et plonge sur la 2eme compile éditée par Columbia sous le titre de King of the Delta Blues Singers en 1961 et King of the Delta Blues Singers Vol II en 1970.

Un autre célèbre musicien s’intéresse de près à la musique de Robert Johnson, c’est Keith Richards. Il propose aux Stones de reprendre " Love in Vain " qui figure sur le 2e album de Robert Johnson. Ce sera chose faite sur l’album Let It Bleed des Stones. Le groupe va cependant réarranger le titre et lui donner un aspect beaucoup plus country tout en conservant le texte de Johnson.

Chez nous, Marc Lelangue ne tarit pas d’éloge sur le talent de Robert Johnson

Lorsque Marc Lelangue était gamin, il louait des vinyles à la Médiathèque. Il en achetait aussi et parmi ses premiers achats, il y avait 2 albums de pionniers du blues : Blind Lemon Jefferson :

 

et Blind Boy Fuller :

 

Des artistes fondateurs pour le musicien belge.

Mais un jour, il découvre Robert Johnson et là, c’est juste incroyable ! Ce bluesman combine à lui seul les qualités des 2 bluesmen Blind Lemon Jefferson et Blind Boy Fuller. Les basses de Lemon avec des phrases mélodiques, mais aussi le rythme très puissant et steady de Boy Fuller avec des paroles " à ne pas piquer des hannetons ", précise Marc Lelangue.

Dans The 27 Club ce samedi, Marc Lelangue vous dira ce qu’il pense de la légende Vaudou des " Crossroads ", il expliquera que ces légendes liées au Diable étaient choses communes dans le milieu des musiciens itinérants et pas seulement dans le milieu du blues, puisqu’il semblerait que le violoniste Paganini en ait fait les frais lui aussi.

Marc Lelangue a lui aussi repris un des titres de Robert Johnson " Love in vain ", paru sur son 1er album.

The 27 Club

Un des mythes véhiculés par le rock, c’est le fameux Club des 27.

27 ans, c’est l’âge qu’avaient notamment Jimi Hendrix, Kurt Cobain, Janis Joplin, Brian Jones, Amy Winehouse etc. quand ils nous ont quittés. Dans cette thématique, nous brossons chaque samedi à midi le portrait d’un musicien charismatique, en soulignant son influence et son apport artistique.

 

Mythe ou simple coïncidence ? Gabrielle Davroy et Laurent Rieppi vous proposent ces 9 émissions qui seront traitées comme une collection.

The 27 Club : le samedi de 12h à 13h, et en podcasting via classic21.be et les plateformes de téléchargement.

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