Taux d'intérêt plancher: le président de la BCE joue-t-il au poker ?

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La semaine dernière, je vous disais que les taux d'intérêt allaient rester bas, très bas pendant encore un bout de temps en Europe. Cette prévision n'était pas trop difficile à faire et d'ailleurs, elle a été confirmée au plus niveau.

En clair, c'est Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne qui a annoncé jeudi dernier que son institution gardait non seulement ses taux à un niveau historiquement bas, mais qu'en plus, elle reportait de 7 mois toute hausse des taux.

C'est en effet la Banque centrale européenne qui dicte en quelque sorte les taux d'intérêt à court terme. Or, pour nous sauver de la crise qui a éclaté en 2008, la Banque Centrale européenne avait fixé ses taux d'intérêt à un niveau proche de 0%, voire même dans certains cas à un niveau négatif. Mais, ce qui est étonnant de la part du président de la BCE, c'est que certains le soupçonnent de ne pas montrer son véritable jeu, un peu comme au poker.

En fait, d'un côté, il annonce qu'il est confiant dans l'avenir de la zone euro et il fait même allusion à la bonne résistance de l'économie européenne. Et puis de l'autre côté, il dit qu'il reporte toute hausse des taux. Il ajoute même que certains de ses collègues à la banque centrale ont estimé qu'il faudrait sans doute diminuer les taux d'intérêt. Quand on sait que ces taux sont à 0% ou négatifs, c'est qu'au contraire les choses ne vont pas aussi bien qu'on le dit.

Les États spolient l'épargnant, c'est une solidarité forcée qui ne dit pas son nom !

Donc, oui, Mario Draghi a dit tout et son contraire jeudi dernier. En fait, il est là pour rassurer. Il sait que les gouvernements sont eux-mêmes dans le brouillard le plus complet. Comment par exemple se projeter dans l'avenir lorsqu'un Donald Trump change d'avis comme il change de chemise ? Bien entendu, cette incertitude n'est bonne ni pour les gouvernements, ni pour les chefs d'entreprise. Donc, en attendant de voir plus clair - si c'est le cas un jour - la seule certitude, c'est que les taux d'intérêt à court terme vont rester bas jusqu'en juin 2020.

Et c'est une mauvaise nouvelle pour les épargnants. Elle va les forcer à aller en Bourse s'ils veulent avoir du rendement. Bref, les épargnants doivent prendre des risques s'ils ne veulent pas voir leur épargne fondre comme neige au soleil. Mais, ces taux d'intérêt qui restent très bas, c'est aussi une mauvaise nouvelle pour les banquiers, car ces derniers gagnent leur vie grâce à la différence d'intérêt entre nos dépôts et les placements qu'ils font ensuite avec nos dépôts.

Quand l'écart des taux entre nos dépôts et les placements est faible, les banques n'arrivent plus à gagner correctement leur vie. Les seuls qui sont contents, ce sont les États. Comme vous le savez, nos États s'endettent souvent à court terme. Des taux bas, c'est donc une bouée d'oxygène pour eux, cela leur permet de rembourser leur dette sans être étranglés par des taux trop élevés.

Ce qui confirme ce que beaucoup d'économistes pensent : tant que nos Etats resteront à ce point endettés, les taux d'intérêt resteront bas. Très bas. En d'autres mots, pour payer notre dette publique, les États spolient l'épargnant, c'est une solidarité forcée qui ne dit pas son nom !

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