Johnny Cash: déjà 15 ans

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Ce 12 septembre 2018, cela fait déjà 15 ans que le Man in Black nous a quittés. Retour sur son parcours...

Les racines musicales

Johnny Cash est né en Arkansas en 1932. Il est issu d’une famille pauvre dont les seules ressources provenaient de la récolte du coton.

Après le Crash de 1929, l’Amérique est plongée dans la misère. Le vaste plan de relance économique appelé  « New Deal »  va convaincre le père de Johnny Cash de déménager. Le gouvernement proposera aux fermiers une maison neuve, des terres, un petit camion à plate-forme, une mule et une vache contre le travail de la terre et un remboursement via les bénéfices engendrés par la vente des récoltes et un système coopératif.

La famille Cash, résolue, se lancera dans l’aventure en 1935. Le voyage marquera profondément le petit Johnny. Accompagnée d’une vieille guitare, sa mère chanta tout le long du trajet pour faire patienter ses enfants. Elle interpréta des chants entraînants, remplis d’espoir et cela, malgré les sanglots et les larmes qu’elle ne pouvait contenir… Ceci sera le premier souvenir musical pour le moins émotionnel de Johnny Cash.

Après des centaines de kilomètres parcourus sur des chemins de terre, ils arrivent enfin à Dyess. Ils découvrent que le « New Deal » n’est pas un leurre. Il s’en suivra un travail lourd de réhabilitation des terres noires du Delta, qui a force de sueur et de courage, donnera de belles récoltes.

Johnny Cash a connu le travail harassant de récolte de balles de cotons. Les journées étaient interminables. Elles étaient rythmées par les chants répétés qui imprégneront sa mémoire. Très vite, il les retiendra tous par cœur. Le soir, il passera de longues heures l’oreille collée au seul poste radio de la maison, à la recherche du Gospel. Le message, véhiculé par ces chansons nées dans les champs de coton, dépasse les styles et les clivages raciaux.

La jeunesse d JR Cash ne sera pas épargnée par le malheur : l’accident dans une scierie suivi de la lente agonie et de la mort de son frère Jack. Certains voient dans cette tragédie une source d’inspiration pour les textes les plus « sombres » du chanteur.

En 1954, par l’intermédiaire de son frère Roy, qui lui fait rencontrer ses collègues - Luther Perkins et Marshall Grant- Johnny Cash trouve « son » groupe avec qui il va animer son show radio, enregistrer des disques et tourner. Perkins et Grant tiendront respectivement la guitare électrique et la contrebasse, ils se feront baptiser les « Tennessee Two ». Dès les premières notes jouées avec Johnny Cash, on retrouve le son caractéristique du trio : « Boom tchika Boom »

Luther Perkins étant assez limité dans son jeu (nb : Cash évitera dès lors de composer des titres qui comprennent plus de 4 accords) ses interventions seront millimétrées, mais il sera le parfait guitariste soliste pour la musique de Cash, qui se veut dépouillée avant tout.

Dès 1955, Johnny Cash est signé par Sun Studios. Tout d’abord recalé lors de la première audition (Johnny Cash propose une reprise Gospel), Sam Phillips, le patron, lui demande de revenir avec une composition personnelle. Cash enregistre alors « Hey Porter », qui sortira avec en face B « Cry cry cry ».

Lewis, Perkins, Presley, Cash : million dollar quartet

Les enregistrements s’enchaîneront, et donneront lieu à de belles histoires et de belles rencontres. La plus marquante : le Million Dollar Quartet : par le plus grand des hasards, Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash se retrouvent chez Sam Phillips qui enregistrait le prochain album de Carl Perkins. Les 4 artistes se retrouvent derrière le micro et Phillips laisse la bande tourner. Outre la célèbre photo, un disque sortira des années après et sera l’unique enregistrement qui réunit ces 4 « légendes ».

Johnny Cash est surnommé « Man in Black », trois raisons à cela : en premier, le côté obscur de certains textes, par exemple : « I shot a man in Reno, Just to watch him die » dans le titre Folsom Prison Blues. Ensuite : la tenue scénique. La seule couleur de chemise qu’il avait en commun avec Perkins et Grant était une chemise noire, et ils voulaient apparaître sur scène « assortis » pour leur premier concert. Cash se trouvera bien sur scène paré de noir, il gardera généralement ce coloris pour ses shows.  Enfin, la chanson Man in Black (1971), dans laquelle Cash déclare porter du noir pour les pauvres et les vaincus, pour le prisonnier ayant payé son crime mais restant victime de son époque. Plus tard, on dira également que ce coloris était la manifestation d’un signe de deuil pour toutes les victimes du Vietnam. Ce surnom fait partie maintenant du collectif américain, les « johnny cashes » étant le surnom d’un régiment, dont le costume d’apparat est noir.

Legende : Cash devant les prisonniers de Folsom, un enregistrement live incontournable

En 1958, il déménage en Californie. Il continue à enchaîner les shows, les enregistrements. Il aura parfois droit à quelques articles dans la rubrique « faits divers » des journaux locaux… En effet, le trio saccage les chambres d’hôtels. Lorsque  celles-ci ne communiquent pas entre elles, Johnny fait un trou dans le mur… ou c’est au tour de Marshall Grant, qui équipé d’une scie circulaire électrique, découpe et remet en place tous les pieds du mobilier, juste pour voir la réaction du personnel d’étage quand tout s’écroule à la livraison de leurs petits-déjeuners… Et ce ne sont ici que quelques-unes de leurs frasques. Malgré les rumeurs persistantes, Johnny Cash n’a jamais fait de prison… Excepté, quelques nuits passées en cellule de dégrisement. Il connaîtra la prison en 1968 pour y enregistrer son « Live at Folsom », expérience qu’il réitèrera en 1969 à Saint-Quentin, ce qui renforcera son image « rebelle ».

Johnny Cash & June Carter

Après l’avoir vu jouer sur la scène du Grand Ole Opry avec Ernest Tubb, à l’âge de 18 ans avec des garçons de son école, il va retrouver en tournée sa future seconde épouse, June Carter. Elle est membre de la célèbre Carter Family. Lorsqu’il était enfant, Johnny Cash ne manquait aucun de leur passage à la radio. Il lui faudra quelques années pour la convaincre de divorcer et de l’épouser en 1968, s’en suivra une longue complicité, jusqu’aux derniers moments.

Cash & Dylan, extrait du “ Johnny Cash Show”

Johnny cash aura son propre show TV (The Johnny cash Show), où nombre d’artistes s’y produiront en live, et de tous horizons musicaux. Cash y dévoilera – souvent contre l’avis de ses producteurs - ses goûts musicaux, parfois alternatifs et éloignés de la Country Music. Bod Dylan, Joni Mitchell, James Taylor, etc…seront invités à s’y produire. Dylan, véritablement séduit par l’écriture et la voix de Cash, enregistrera notamment Nashville Skyline, en collaboration avec Charlie McCoy (un harmoniciste de session, qui est aussi un excellent arrangeur) et conseillé par Johnny Cash.

Par la suite, il jouera à la Maison Blanche devant Richard Nixon en 1972 (et sera également l’invité de Reagan et de Bill Clinton). Il sera introduit au Country Music Hall of Fame en 1980 et recevra bon nombre de récompenses, dont il ne fera jamais vraiment étalage. Johnny Cash est resté humble toute sa vie, ne cachant jamais ses origines très pauvres.

 En 1986, son contrat avec Columbia ne sera pas reconduit. Après quelques albums « dispensables » où Cash sera très mal conseillé, il commet pas mal d’erreurs pour relancer une carrière qui est au plus bas. Le « ringard de Nashville » est né.

C’est Rick Rubin, le prolixe producteur, qui le convaincra dans sa loge en 1992 d’enregistrer à nouveau, en retrouvant ses racines, et en lui donnant carte blanche...Cash, par ses origines et la longueur de sa carrière connaît des milliers de chansons, mais il restera ouvert aux propositions de Rubin, qui n’hésitera pas à lui proposer des titres de U2, Depeche Mode  etc… Les albums qui suivront seront de véritables perles, dont le premier de la série : American Recordings (enregistré avec Tom Petty).

 

Ceci « remettra en selle » Johnny Cash, qui, sans avoir jamais quitté la scène, va maintenant se produire devant un public plus jeune, qui se tient debout,  un public d’une culture musicale sensiblement différente de ses fans habituels. Johnny Cash foulera –entre autre- la scène du célèbre festival rock de Glastonbury… Johnny Cash est maintenant très « tendance », la boucle est bouclée.

June Carter Cash décédera en mai 2003, elle sera suivie par Johnny en septembre de la même année des suites de l’aggravation de son diabète. 

La drogue

Vous avez peut-être vu le film « Walk the line », vous savez dès lors qu’on ne peut parler de l’artiste sans évoquer ses souffrances profondes, liées à la prise massive de drogues tout au long de sa vie, ces faits sont très édulcorés dans le film.  

Comment Johnny Cash a-t’il sombré dans cette addiction, lui qui ne buvait qu’une demi-bière les soirs de concert ? A cette période, les tournées n’avaient rien à voir avec celles que connaissent nos rockstars contemporaines. Deux à trois concerts par jour. Installation du matériel à chaque fois.  De nombreux kilomètres parcourus la nuit pour rejoindre la ville suivante. De nombreux kilomètres parcourus sur des routes ne ressemblant en rien à un billard et cela, sans chauffeur évidemment !

Cash partagera l’affiche des autres artistes signés ou non par Sam Philips, mêlant le rock &roll, le rockabilly, le gospel, le folk et la country. Il passera de longues soirées avec Jerry  Lee Lewis, Elvis Presley, Carl Perkins, Chuck Berry, et tant d’autres « légendes »…dont Roy Orbison et Carl Perkins, des amis proches.

Un soir de concert, en 1956, Johnny Cash s’écroule avant de monter sur scène. Il déclare renoncer à jouer, il est épuisé. Gordon Terry, le violoniste de Faron Young avec qui il tournait, lui proposa une « pilule magique ». Remis d’aplomb, Cash livrera un très bon concert. Il ne prendra pas conscience des conséquences et il augmentera rapidement ses prises d’amphétamines, allant jusqu’à 200 pilules quotidiennes. Ceci le plongera dans des sommeils comateux ou engendrera une hyperactivité sans repos durant plusieurs jours. Cocktails de somnifères, alcool, amphétamines, anabolysants, etc… Cash lutera toute sa vie contre ses addictions, passant de cures de désintoxication  en rechutes, au grand désespoir de ses proches. Dans les pires moments, il sera fasciné par la mort (tentant même d’en finir),  une fascination qui deviendra une source d’inspiration intarissable.

Etienne Dombret

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