Rock This Town : San Francisco 1/2

''Let’s go to San Fancisco'' chantaient en 1967 les Flowers Pot Men, groupe britannique éphémère dont c’était le premier simple. Ce titre a occupé jusqu’à la 24e place dans les charts durant l’été de cette année-là, le fameux Summer Of Love. Un été de l’amour dont il sera évidemment beaucoup question, parce que c’est là que tout a débuté et a été vécu le plus intensément. C’est un événement qui est gravé de manière indélébile dans l’histoire de la cité. La City ! comme l’appellent généralement ses habitants dédaignant le terme Frisco qu’ils abandonnent aux touristes.

Sur la côte Pacifique, la ville doit son nom à la mission construite au XVIIIe siècle lors de la colonisation espagnole, mission dédiée à San Francisco de Asís. A partir de 1836, un petit village s’est construit en un endroit appelé Hierba Buena, la bonne herbe, ce n’était pas encore celle qui se fume mais tout simplement de la menthe poussant en abondance sous le climat de type méditerranéen.

Et puis il y a eu l’arrivée du chemin de fer et avec lui, celle des chercheurs d’or, appelé Fortyniners en référence à l’année 1849, date de leur envahissement massif de la région. San Francisco s’est alors peuplé essentiellement d’hommes vivants seuls, des aventuriers sans femme, sans famille. Il fallait bien des vêtements appropriés au travail des mineurs et des prospecteurs, Levi Strauss a créé pour eux les premiers jeans. Toujours active, la firme Levi’s a eu le bon goût d’illustrer musicalement ses spots publicitaires par des classiques du rock et du blues.

San Francisco occupe une place à part, c’est une ville connue pour son esprit d’ouverture et de tolérance, elle a apporté beaucoup pour la défense des droits civiques et pour l’émancipation des minorités raciales, sexuelles et autres. Elle fait preuve d’une certaine indépendance dans la fédération. Nous avons appris que les artistes les plus emblématiques de la Beat Generation avaient choisi de vivre à New York et plus précisément à Greenwich Village. Mais Burroughs, Ginsberg et Kerouac séjournaient régulièrement à San Francisco où le mouvement avait une antenne importante avec notamment Gary Snyder, Lawrence Ferlinghetti, Michael McClure ou encore Philip Whalen.

En 1958, un journaliste du San Francisco Chronicle, Herb Caen, créa le mot Beatnik pour désigner les adhérents à ce courant littéraire, social et culturel. La consonance Nik fut empruntée au mot spoutnik, nom donné au premier satellite soviétique. L’appellation se voulait évidemment péjorative, le Beats étant considéré comme des communistes, ennemis de l’ordre établi au pays de l’Oncle Sam. En fait ils rejetaient la bourgeoisie, le matérialisme, la corruption, l’uniformité et l’organisation de la société, en bref, l’American way of life cherchant à vivre tout simplement, à la cool et sans aucun préjugé.

Leur musique était essentiellement le jazz avec une prédilection pour l’improvisation. Et puis par extensions et jusqu’à l’apparition des hippies, le mot Beatnik a qualifié ensuite toute la jeunesse aux cheveux longs et à la tenue débrayée. La Beat Generation a donc, non seulement, préparé un terrain propice à l’éclosion du phénomène hippie, elle a aussi participé activement à cette naissance avec en toile de fond la révolte estudiantine, le folk, le rock et le LSD. Nous sommes en 1963, sur le campus de Berkeley, au Nord de San Francisco, les étudiants gauchisants crient leur refus de la guerre du Vietnam, ils ont lancé le 'free speech movement' et Joan Baez est ovationnée quand elle réclame la liberté de parole et l’abolition de la censure.

Le Vietnam, la liberté d’expression, deux thèmes importants dans la prise de conscience politique des jeunes, mais il y en a d’autres, les droits civiques, le féminisme et la liberté sexuelle. L’année suivante, Timothy Leary, le psychologue, ex-professeur d’université et évangéliste du LSD, inaugure sur ce même campus de Berkeley la révolution psychédélique avec à ses côtés Ginsberg et Kerouac.

Quelques printemps plus tard, l’épicentre du mouvement hippie est le quartier situé au carrefour entre Haight street et Ashbury street. Quartier choisi en raison du prix dérisoire des loyers. En 1967, 100.000 jeunes y affluent, ainsi qu’au tout proche Golden Gate Park, pour se joindre au Summer of Love, un chiffre doublé dit-on par la présence des touristes curieux, des policiers et journalistes.

The Fillmore à San Francisco : le bâtiment construit en 1912 était au départ un lieu conçu pour la danse jusqu’en 1936 où il est devenu une patinoire. Dès 1954, Charles Sullivan, un des plus riches hommes d’affaires afro-américains de San Francisco, a commencé à y faire jouer des groupes et décidé de nommer la salle The Fillmore Auditorium. Onze ans plus tard Sullivan louera sa salle au promoteur de concerts Bill Graham pour une représentation théâtrale, un show qui sera le début d’une série de concerts qui donneront à la salle ses lettres de noblesse. A la fin du mois de mai 1966, The Velvet Underground et Nico jouent au Fillmore ou plutôt constituent un élément de la performance avant-gardiste d’Andy Warhol intitulée " Exploding Plastic Inevitable ". Leur ingénieur de lumière, Danny Williams, pionnier de la pratique du light show dans la musique rock, utilise des stroboscopes, des diapositives et des projections de films sur scène. Si le Velvet n’a pas convaincu, Danny Williams sera rappelé par Graham pour améliorer les éclairages scéniques de son auditorium.

Au milieu des années 1960, le Fillmore devient le centre de la musique psychédélique et de la contre-culture en général, de nombreux artistes y ont été révélés comme le Steve Miller Band, Jefferson Airplane, Santana et The Grateful Dead qui y fera plus de 50 dates entre 1965 à 1969. Puis des artistes confirmés The Doors, Hendrix, Zappa… Sans oublier les groupes britanniques The Who, Cream et Pink Floyd. Outre le rock, Graham a également présenté des artistes de soul et de jazz entre autres, Miles Davis, Aretha Franklin et Otis Redding.

L’été 1968, le quartier se dégrade et la salle devient trop exiguë, Graham déménage le Fillmore et rebaptise le Carroussel Ballroom en Fillmore West. En effet, le promoteur ouvre la même année une salle dans sa ville natale New York, sur la côte Est, The Fillmore East. Le succès est au rendez-vous pourtant Graham fermera les 2 salles en 1971 alors que les groupes s’y pressent pour y jouer.

Au début des années 80, le Fillmore réintègre son adresse initiale et devient The Elite Club. Le promoteur punk Paul Rat y invite Bad Religion, Black Flag, les Dead Kennedys. Mais la véritable réouverture du club a lieu beaucoup plus tard, le 27 avril 1994 avec le groupe The Smashing Pumpkins jouant un concert surprise et Primus qui assura la nuit suivante. De Brian Setzer à Sonic Youth en passant par Chris Isaak. Le Fillmore est redevenu un point central de la culture à San Francisco. Tom Petty et les Heartbreakers, y ont joué 27 fois au total. Il est encore très prisé à l’heure actuelle.

Newsletter Classic 21

Recevez chaque jeudi matin un aperçu de la programmation à venir.

OK