Rock This Town : New York

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''Rock This Town'' vous fait voyager cet été au cœur des grandes capitales du rock : Londres, Memphis, New York, Berlin, Los Angeles, Dublin, etc. Toutes ces villes, dont l’héritage et l’actualité musicale sont riches, vous sont dévoilées chaque dimanche de 21 à 23 heures par Jean-Philippe Lejeune et disponible sur Auvio.

Au commencement était New-York !

Puisqu’il faut bien un commencement au rock’n’roll, alors on peut dire : au commencement était New York ! C’est là en effet que le 12 avril 1954, que Bill Haley et son groupe les Comets en référence à la comète de Haley, ont enregistré au Pythian Temple le fameux ''Rock Around The Clock''. Un titre que tout le monde au presque, mais n’entrons pas dans la polémique, s’accorde à reconnaître comme le premier hymne rock’n’roll. L’année suivante ''Rock Around The Clock'' est le titre principal de la musique du film de ''Blackboard Jungle'' (graine de violence) avec l’acteur noir Sidney Poitier devient un hit mondial et ce succès fait de Bill Haley le créateur officiel du Rock’n’roll.

Bill Haley n’était pas d’origine new-yorkaise, il était natif d’une petite localité près de Détroit, mais comme beaucoup d’autres il avait été attiré déjà par la ville de tous les possibles. De nombreux jazzmen s’y étaient installés, venant essentiellement du sud des Etats-Unis, Louis Armstrong, par exemple, avait quitté la Nouvelle Orléans pour vivre à New York et on visite encore la maison où il a vécu dans le quartier du Queens.

Les clubs de jazz fleurissaient déjà depuis les années 20 et 30 avec des fortunes diverses, citons le Minton’s Playground à Harlem qui a beaucoup contribué à la diffusion du be-bop au début des années 40 avec Thelonious Monk, Charlie Parker and Dizzy Gillespie pionniers de cette nouvelle musique. Peu avant l’Apollo Theatre s’ouvrait pour la communauté noire de Harlem, le 16 janvier 1934. À l’époque du swing, on y applaudit des jazz-bands comme celui de Duke Ellington, Count Basie, ou plus tard des artistes de gospel avec les Staple Singers, Mahalia Jackson… Ce qui rend lieu incontournable encore aujourd’hui, c’est l’organisation hebdomadaire de l’Amateur Night (ancêtre de American Idol) dont le slogan est ''Be good or be gone''. Se présentant comme l’endroit "où naissent les stars ", l’Apollo devient célèbre pour avoir lancé la carrière Ella Fitzgerald, Diana Ross & The Supremes, The Jackson 5, Marvin Gaye, Stevie Wonder, Aretha Franklin, Lauryn Hill, dont les noms ont été gravés sur le Walk of Fame de la salle. En 1964, Jimi Hendrix a lui aussi remporté le premier prix d’un concours de musiciens amateurs. Mais l’un des plus célèbres club de jazz à New-York est à Manhattan c’est le Birdland, toujours en activité. Il a ouvert ses portes en 1949 et connu deux appellations différentes avant d’être ainsi rebaptisé en hommage au saxophoniste Charlie Parker surnommé Bird. Une scène blues s’y est développée également, même la country y avait droit de cité.

New York était aussi avant le rock un haut lieu de la musique classique mais aussi de la variété et de la comédie musicale dans le célèbre quartier de Broadway. C’est entre Broadway et la 6e avenue, soit à la 46e rue que c’était installé Tim Pan Alley. Tim Pan Alley c’était une véritable usine à chansons qui travaillait à la commande ou démarchait auprès des chanteurs, parfois même d’illustres inconnus et qui vécu ses heures de gloires entre la première guerre mondiale et les années 40. Il a produit un nombre incalculable de déchets mais aussi et surtout de très nombreux succès devenus des standards. Il est amusant de constater que ''Rock Around The Clock'', premier rock de l’histoire donc, a été écrit par deux vétérans new-yorkais de la Tim Pan Alley : Max Freedman et Jimmy De Knight.

@Greenwich Village – Bob Dylan :

Greenwich Village a joué un rôle important dans la vie culturelle de New York. Situé au sud-ouest de Manhattan, au bord du fleuve Hudson, il jouxte Broadway, Chelsea et SohoC’était à l’origine un petit village rural et il en a gardé certaine caractéristiques, c’est ainsi par exemple qu’on y trouve des routes sinueuses, des virages et non des carrefours à angles droits, et que la plupart des rues portent des noms et pas des numéros. Quartier résidentiel au charme pittoresque, le Village, comme on dit, est devenu rapidement le lieu de rencontre des étudiants, des artistes bohèmes et autres chantres de la culture alternative.

Dans les années 50 c’est l’endroit de prédilection des écrivains de la Beat Generation tel Burroughs, Ginsberg et KerouacGreenwich Village est aussi le camp de base si on peut dire des activistes politiques luttant contre le maccarthysme et opposé à l’implication américaine dans la guerre de Corée.

Et c’est dans ce contexte bohème, libertaire et contestataire, sur fond de musique folk à la mode au Village, que va débarquer Bob Dylan. Il n’a pas 20 ans quand il quitte l’université de Minneapolis dans le Minnesota pour entreprendre son pèlerinage, gagner New York via Chicago pour y trouver comme il le dit fortune et gloire et surtout réaliser son rêve, rencontrer l’idole de son adolescence Woody Guthrie gravement malade et soigné au Greystone hospital. A force d’opiniâtreté, Dylan y parviendra et s’entretiendra plusieurs fois avec Woody, jusqu’au décès de celui-ci en 1967.

A Greenwich Village, Bob Dylan fait la connaissance de Joan Baez et aussi 3 des membres fondateurs de Mama’s and Papa’sSes débuts new-yorkais sont pénibles, il ne réussit que difficilement à se produire sur scène, tant on trouve sa voix désagréable. L’histoire lui donna raison d’avoir persévéré.

Mais la musique folk n’est pas la seule appréciée au Village, c’est là qu’en juillet 1966, l’ex bassiste des Animals, Chase Chandler, découvre Jimi Hendrix jouant dans un club sous le nom de Jimi James and the Blue Flames.

Le groupe disco Village People doit, lui aussi, sa gloire et son nom à cet endroit très ouvert à la communauté gay. La plus ancienne librairie new-yorkaise spécialisée dans les ouvrages traitant de l’homosexualité y a d’ailleurs été crée en 1967 sous l’enseigne d’Oscar Wilde Bookshop.

Et enfin, l’histoire de Greenwich Village est aussi mêlée à celle du Punk, puisque c’est dans une chambre de l’un de ses hôtels que Sid Vicious est décédé d’une overdose d’héroïne, le 2 février 1979. Le premier club de jazz The Blue Note a ouvert à Greenwich Village en 1981, À cette époque, le célèbre label Blue Note Records est en plein déclin, et sa dissolution est effective en 1981. Dès le début, des vedettes du jazz viennent jouer régulièrement, parmi lesquelles Wynton Marsalis, Wayne Shorter, Bobby McFerrin, Chick Corea, qui ont contribué à la renommée internationale du club.

Andy Warhol, le Velvet Underground :

''A l’avenir, chacun sera célèbre pendant 15 minutes'', le premier à avoir prononcé cette phrase, c’est Andy Warhol, une des grandes figures du Pop Art new-yorkais. Il avait ouvert son célèbre atelier, La Factory, dans différents lieux de Big Apple entre 1962 et 1984. Cet endroit servait évidemment à la production de ses œuvres dont les fameuses sérigraphies de Marylin Monroe, d’Elvis Presley et de la fameuse boîte de soupe Campbell parmi les plus connues. Mais la Factory était aussi un lieu de tournage, Warhol était également photographe et cinéaste underground, une galerie d’expositions, une salle de projection, de concerts et enfin, une boîte de nuit ! Et c’est là qu’Andy Warhol organisait des soirées en totales démesures et toutes classes sociales confondues. Le gratin de la jet-set de New York et d’ailleurs côtoyait les inconnus, les loosers paumés et toxicomanes dont le dandy décadent aimé s’entourer. Et en effet, le simple fait d’être présent à ces parties faisait de chacun une star ne fût-ce que d’une seule nuit.

En 1966, Warhol a participé à la création du Velvet Underground dont il a d’abord utilisé la musique à des fins publicitaires des créations et activités de la Factory. Il a ensuite introduit le groupe à son spectacle ''Exploding Plastic Inevitable'', premier spectacle total avec projection de films et d’images, danses, musiques, light show et participation des spectateurs.

En 1967, il produit le premier album du groupe, The Velvet Underground and Nico. Nico ex-mannequin international d’origine allemande, chanteuse et comédienne, avait été présentée à Warhol par Brian Jones. La pochette de ce premier album est célèbre, culte même avec sa banane phallique. Elle a été dessinée par Andy Warhol qui en créera quelques autres dont la plus extraordinaire qui fit scandale à l’époque pour l’album ''Sticky Fingers'' des Rolling Stones avec sa fameuse braguette et sa fermeture éclair. Le jour où le Velvet Underground prend conscience de sa trop forte dépendance à Andy Warhol, qui en a fait sa chose, "Tout est objet de consommation", c’est dans la philosophie Warholienne, il s’écarte de lui et de la Factory pour vivre sa propre et courte existence jusqu’en 1970.

En 1981, sur les traces de Velvet Underground, verra le jour Sonic Youth. L’empreinte profondément new-yorkaise de la formation est indéniable. Active du début des années 80 à 2011, Sonic Youth sortira plusieurs albums marquants, notamment dans les 90’s comme ''Goo'', ''Dirty'' ou encore ''Washing Machine''. C’est Kim Gordon, l’emblématique chanteuse/bassiste du groupe qui insistera auprès de la maison de disques de David Geffen pour que ces derniers acceptent de signer Kurt Cobain et son groupe Nirvana en 1990. Dissous à la suite de la séparation du couple que formait le guitariste/chanteur Thurston Moore et Kim Gordon en 2011, Sonic Youth fait partie des groupes les plus influents de sa génération.

Le Punk et le CBGB :

Si New York est la ville où est né le rock'n'roll, c’est aussi le berceau du punk, au même titre que Londres diront certains spécialistes… Nous n’allons pas lancer le débat ici et plutôt revenir sur la courte période américaine d’un mouvement qui a tout bousculé sur son passage, la musique mais aussi la mode et une certaine façon de voir le monde et d’interagir. Si l’effervescence punk a démarré un peu plus tard au CBGB, le Max Kansas city, night-club restaurant de Park avenue qui est déjà le repère de tout de sorte d’artistes en devenir. Bien sûr c’était le QG de Warhol et du Velvet mais on y a vu Bowie, Marc Boland et surtout Iggy Pop, les New York Dolls. Patti Smith y a fait ses premières déclamations poétiques.

Le CBGB : Country, Blue Grass and Blues ouvre le 10 décembre 1973 dans East Village. Mais son propriétaire Hilly Kristal ne s’attendait pas à ce que cette salle un peu crade devienne le QG de la scène punk rock avec les débuts des Ramones, de Talking Heads, de Blondie ou des groupes plus confirmés tels que les Stooges et le Velvet Underground.

Avec l’effondrement du Mercer Arts Center à Brodway en août 1973, seule salle où l’on peut jouer du rock à l’époque, beaucoup de groupes new-yorkais sont restés sur le carreau comme The New York Dolls. Le CBGB tombait à point nommé. En 1974, c’est le 3e concert du groupe Television, dans le public, Patti Smith et Lenny Kaye, dont le groupe a fait ses débuts au même endroit l’année suivante. Debbie Harry devient une habituée des lieux à cette époque avec Stiletto’s puis avec Blondie bien sûr. En 1975, dans toute la ville on voit fleurir des affichettes avec le terme punk : ''bon à rien, vaurien…'', c’est la pub de lancement d’un fanzine mêlant musique, interviews et BD, le magazine Punk derrière lequel on retrouve le dessinateur John Holmstrom, Ged Dunn et Legs McNeil, apprentis journalistes.

La réputation croissante du club attire de plus en plus d’artistes en dehors de la ville de New York. En 1978, Elvis Costello y fait des premières parties, tandis que The Police jouera à CBGB pour leurs premiers concerts américains. The Patti Smith Group, Mink DeVille, les Dead Boys, les Cramps, les B-52, Joan Jett et les Blackhearts ont fait les beaux jours du club. Même si la plupart des groupes punk new-yorkais n’ont pas tenu plus de 4 ans (New York Dolls, Johnny Thunders et même les Sex Pistols) Dans les années 1980, le punk underground reste la pierre angulaire du CBGB. Le dimanche l’après-midi c’est le rendez-vous des groupes de hard-core. En 2013 un film biographique a vu le jour où le gérant Hilly Kristal est interprété par Allan Rickman et où Taylor Hawkins, batteur des Foo Fighters, joue le rôle d’Iggy Pop.

En 2005, le CBGB est poursuivi en justice pour une obscure histoire de loyers impayés, la somme est colossale 90.000 dollars. Le gérant du club jugeant la dette illégitime, saisit la justice et n’a pas dû rembourser un centime. Malheureusement cela n’empêchera pas la fermeture du club, le bail arrivant à terme. De nombreux groupes, comme Blondie se sont mobilisés pour sauver le club mais en vain. Le 15 octobre 2006, c’est avec une prestation de Patti Smith que le CBBG a définitivement fermé ses portes. L’artiste notamment accompagnée de Flea, bassiste des RHCP, a rendu hommage aux musiciens qui ont rendu ce lieu historique, un dernier concert retransmis en direct par Sirius satellite radio.

Le rap new-yorkais qui avait vu ses débuts dans le quartier du Bronx, avec notamment Grandmaster Flash&The Furious Five et l’influent ''The Message'', aimera souvent, ensuite, fusionner avec le rock de l’époque. Ce sera le cas notamment de formation comme les Beastie Boys, qui, en 1986 sortent leur premier album, le classique ''Licensed To Ill'' sur lequel on retrouve les trucs rocks ''Fight For Your Right'' et ''No Sleep till Brooklyn'' avec, un prestigieux guitariste invité, Kerry King du groupe de metal Slayer.

Et puis comment ne pas citer Run DMC avec les très rock ''It’s Like That'' en 1983, ''King of Rock'' en 1985 et puis cette célèbre association entre les New-Yorkais de Run DMC et les rockeurs d’Aerosmith, sur une idée du producteur Rick Rubin, le tout pour une version explosive et mémorable de ''Walk This Way''.

Le poumon vert de Big Apple et les grands concerts gratuits :

C’est le premier grand parc public à avoir été aménagé dans une ville américaine. D’une superficie de 3,4 Km2, cet espace vert avec ses lacs artificiels a été créé de toutes pièces pour répondre à une demande de la population. En effet, quand la ville de New York a commencé à s’étendre vers le nord de l’île de Manhattan au XIXe siècle, plusieurs voix se sont élevées pour réclamer la création d’un espace de verdure, à l’image du bois de Boulogne à Paris ou de Hyde Park à Londres. Cet espace fut donc créé en 1857. Sur un terrain qui à l’époque il était recouvert de marécages, parsemé de gros rochers et occupé par de nombreux squatteurs, élevant chèvres, cochons et moutons. Quinze ans de dur labeur ont été nécessaire à la création de ce qui allait devenir le poumon vert de Manhattan : 25,000 arbres plantés, 9,000 bancs et 36 petits ponts soigneusement choisis

Le nouveau parc devint l’un des centres d’activités et de loisirs favori des New-Yorkais. Le zoo de Central Park ouvrit ses portes en 1864 ; il est d’ailleurs le plus ancien du pays. Quelques années plus tard le Metropolitan Museum of Art, s’installa à l’est du parc. Ce fut aussi le théâtre de nombreux concerts tout d’abord classiques L’orchestre philharmonique de New York donne un concert chaque été ainsi que le Metropolitan Opera.

Dès 1967 des concerts rock et pop y sont organisés chaque été grâce à une marque de bière new-yorkaise, la Rheingold qui créé le Schaeffer Music Festival. Celui se tenait à l’emplacement de la patinoire au sud du parc. La première année, le festival proposait des concerts sur 2 jours avec une affiche qui comptait quelques groupes dont The Jimmi Hendrix Expérience et The Young Rascals. Mais l’année suivante le festival s’étendit sur plus de 30 soirées, de la fin du mois de juin et la fin du mois d’août… Toutes les grandes stars y sont passées de Nina Simone à Frank Zappa en passant par Billy Joël, Miles Davis ou encore Bob Marley et Jeff Beck. New York avait son festival d’été. Celui-ci perdura jusqu’en 1976 à Central Park pour continuer, l’année suivante, dans un autre lieu soutenu par un autre sponsor, non alcoolisé cette fois. En 1973, Carole King y fit un concert gratuit devant plus de 100.000 personnes.

En 1980, Elton John a été le premier artiste à donner un concert réunissant près de 400.000 personnes le 13 septembre 1980, il reprit la chanson ''Imagine'' de John Lennon qui malheureusement sera assassiné non loin de là 3 mois plus tard. Quand on pense grand concert gratuit difficile de passer à côté des retrouvailles scéniques de Simon and Garfunkel devant plus de 500.000 personnes le 19 septembre 1981 et immortalisé sur un disque sorti l’année suivante. C’est également dans ce parc que le chanteur de country Garth Brooks s’est produit le 7 août 1997 devant un public de près d’un million de fans, concerts retransmis par la chaîne HBO suivi par plus de 14 millions de téléspectateurs

L’année 2001 voit la sortie du premier album des Strokes, ''Is This It''. Le groupe, influencé aussi bien par le Velvet Underground que par les Ramones, deux autres formations new-yorkaises, est alors considéré comme celui qui va lancer le son rock made in Big Apple dans les années 2000. L’album connaît un grand succès mais est aussi frappé par la censure. Premièrement, sa pochette, représentant en Europe de jolies fesses et une main gantée, sera interdite aux Etats-Unis, tout comme l’un des titres ''New York City Cop'', qui n’est vraiment à l’honneur des policiers New-Yorkais. ''Is This It'', sorti avec retard aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, se verra logiquement légèrement modifié, le plus politiquement correct ''When It Started'' remplaçant ainsi le ''New York City Cop'' présent sur la version européenne. Les Strokes, toujours très actif aujourd’hui, ont sorti leur 6e album studio ''The New Abnormal'', produit par Rick Rubin.

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