Rock This Town : Los Angeles

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Bienvenue dans la Cité des Anges, Los Angeles, au sud-ouest de la Californie. Le nom complet de la ville est El Pueblo de Nuestra Señora la Reina de Los Ángeles del Río de Porciúncula (le village de Notre-Dame la Reine des Anges du fleuve de Porciuncula). Il faut se rappeler que la Californie a été terre mexicaine entre 1822 et 1848, date à laquelle elle est passée sous le contrôle des Etats-Unis suite à leur victoire dans la guerre du Mexique. De par son développement, sa situation et son climat, L.A., comme on l’appelle familièrement est pour beaucoup de tous les horizons même les plus lointains, l’Eldorado tant recherché ! C’est l’archétype du rêve américain et donc forcément aussi de son cauchemar.

Le Folk singer Phil Ochs a chanté le monde est né dans l’Eden et a pris fin à Los Angeles et il y avait beaucoup de dérision dans le titre de Randy Newman ''I Love LA''.

La cohabitation entre les différentes communautés n’a pas toujours été facile à Los Angeles, les années 60 ont connu de violentes émeutes raciales, et plus près de nous, en 1992, il a fallu l’intervention de la garde nationale pour mettre fin à 6 jours d’affrontements meurtriers et de pillages suite à l’acquittement de policiers impliqués dans le tabassage d’un automobiliste noir Rodney King. C’est que la région peine à se débarrasser du fond de racisme qui l’habite. L.A. a soutenu les confédérés lors de la guerre de sécession et certains des fondateurs de la ville prônaient la pureté raciale à travers l’eugénisme. Joseph Widney par exemple, président de l’université de la Californie du Sud, écrivait en 1907 que Los Angeles serait un jour, je cite, la capitale arienne du monde !

C’est évident, à l’écoute de ''Surfing USA'' des Beach Boys, Brian Wilson a plagié un morceau de guitare de Chuck Berry. Et ce n’est pas tellement cet emprunt qui agaçait Chuck Berry mais plutôt le fait qu’une fois le Rock’n’Roll adopté par les blancs, l’industrie musicale californienne a oublié les artistes noirs. ''Je trouve que la justice au sein du business du disque de LA était la forme d’injustice la plus détestable'' dira-t-il. ''Se cacher derrière le libéralisme est la pire des choses, j’ai plus de respect pour un type du sud qui affirme ne pas aimer les nègres que pour celui qui murmure, en voilà un, cassons-nous.''

Et puis, bien plus tard, l’année 1983 voit la naissance du groupe Red Hot Chili Peppers à Los Angeles. Après plusieurs années durant lesquelles le groupe évolue sur la scène underground de la ville, il devient ensuite un phénomène international à la fin des années 80 et le début des années 90. Suite, notamment, à l’arrivée de deux membres clefs : le batteur Chad Smith et le guitariste John Frusciante. De nombreux titres de la formation évoquent Los Angeles, c’est le cas notamment du classique ''Under The Bridge'', dans lequel le chanteur Anthony Kiedis, se souvient de l’époque où il allait se procurer et consommait de la drogue dans le centre-ville de L.A. Une image plutôt sombre de la ville y est ici dépeinte.

Toujours dans un registre assez sombre, citons aussi le groupe très engagé, Rage Against The Machine, qui sort son premier album en novembre 1992, soit quelques mois à peine après les fameuses émeutes de Los Angeles. Emeutes qui avaient frappé la ville entre avril et mai 1992 à la suite de l’acquittement de quatre officiers de police blancs accusés d’avoir passé à tabac un automobiliste noir, Rodney King. Celles-ci inspireront d’ailleurs la thématique du troisième album du groupe, ''The Battle of Los Angeles'' qui sortira en 1999.

A propos du nom du groupe Rage Against The Machine, le guitariste Tom Morello précisera, quelques années plus tard : ''Rage Against The Machine semblait être le nom le plus approprié pour qualifier notre musique et les idées qui nous faisaient passer à travers celle-ci. La ' Machine' peut représenter différentes choses : que ce soit la police de L.A. ou alors toute cette machinerie globale capitaliste qui essaye de vous étourdir, de vous empêcher de critiquer ou de vous confronter au système en vous assommant tellement, qu’à la fin, votre seul intérêt dans la vie se résume à attendre le week-end suivant, moment où vous pourrez vider six packs de bière de façon à tout oublier''.

Au début des 60 ‘s, Sam Cooke était le grand espoir de la communauté noire de L.A., il avait réussi à se créer un petit empire avec sa maison de disques et éditions, un département cinéma et une écurie d’artistes prometteurs mais il n’allait jamais connaître l’air de la soul music dont il avait jeté les bases. ''Wonderful World'' est un succès pour Sam Cooke. En 65, ''A Change Is Gonna Come'' en est un autre mais à titre posthume. En effet il avait trouvé la mort en décembre 1964 dans un motel miteux où il avait amené une jeune chanteuse Elisa Boyer. Elisa prétendit plus tard que Sam avait essayé de la violer, en tout cas elle a quitté la chambre en courant et lui à ses trousses, pensant qu’elle s’était réfugiée dans le bureau de la direction, il a enfoncé la porte et il a été accueilli par 3 coups de revolver calibre 22 tirés par la gérante, croyant elle, à l’irruption d’un cambrioleur. Mais beaucoup ont vu en cette affaire un complot mené par les pontes du business pour rabattre le caquet à ce 'nègre arrogant'. Sam Cooke repose au cimetière de Forest Lawn à Glendale aux côtés de Mary Welles, de Terry Kath du groupe Chicago et de stars d’Hollywood comme Humphrey Bogart, Errol Flynn et Spencer Tracy.

Autre chanteur noir enterré à Forest Lawn mais à Hollywood cette fois, Marvin Gaye. Il est décédé le 1er avril 1984, la veille de son 45e anniversaire, tué par son propre père au cours d’une dispute pour une histoire d’argent ou de rivalité amoureuse, on ne l’a jamais vraiment su. Et à Forst Lawn, les voisins du caveau de Marvin Gaye sont Andy Gibb, Jeff Porcaro, Rick Nelson et quelques grands comiques comme Buster Keaton, Stan Laurel, Marty Feldman parmi d’autres stars.

Brian Wilson ne fréquentait que très peu les célèbres plages de L.A., Malibu, Santa Monica ou encore Venice. A l’époque l’aîné des trois frères Wilson est décrit comme un plouc désaxé, un ringard empoté, replié sur lui-même et agoraphobe. Il n’a jamais mis les pieds sur une planche de surf et éprouve les pires difficultés à approcher le sexe opposé. Mais tout cela n’empêche pas Bryan d’être un des plus grands génies de l’harmonie vocale. Après la période surf des Beach Boys directement inspirée de l’imagerie hollywoodienne de la beach party, il réoriente son travail, influencé cette fois par les Beatles et les techniques de production révolutionnaire de Phil Spector. Influencé également par l’acide qui coule à flots sur le côté ouest, il crée le chef-d’œuvre ''Pet Sounds'' enregistré au Gold Star Studio sur le Boulevard Santa Monica, là même où Phil Spector a mis au point son fameux 'Wall of Sound', le mur du son.

Et puis il y a Buffalo Springfield, un groupe formé à Los Angeles en 1966, qui aura une très courte existence, moins de deux à peine, et qui pourtant verra les débuts de futurs grands noms du folk/rock tels que Neil Young, Stephen Stills, qui connaîtront le succès en solo et puis évidemment ensuite notamment au sein du quatuor Crosby, Stills, Nash & Young ou encore Richie Furay, qui, lui, formera ensuite le groupe Poco. Buffalo Springfield qui reste aujourd’hui dans les esprits notamment grâce au titre ''For What It’s Worth'' utilisé très régulièrement au cinéma, en télévision ou encore dans différentes publicités…

Toujours obsédé par la mort et l’anéantissement des êtres et des choses, Jim Morrison aimait se promener au bord du Pacifique, répétant aux autres membres du groupe que la civilisation occidentale finissait à cet endroit. Ray Manzarek et sa copine Dorothy avaient loué une petite maison sur la plage de Venice, à 50 m de l’océan, donc le rêve californien par excellence. C’est là que ce sont déroulées les dernières répétitions des Doors avant leurs débuts sur scène. Comme tous les groupes, ils rêvaient de Sunset Boulvard et du Whisky à Go Go. Ils ont eu Sunset, mais c’est un club bien moins connu alors qui les a accueillis. Le London Fog était un petit club peu fréquenté. Pour leur premier concert les Doors ont ameuté tous leurs copains qui ont rempli la salle et mis une ambiance de feu. Mais cela ne s’est malheureusement pas reproduit les soirs suivants. Il n’y avait en moyenne qu’une dizaine de personnes pour écouter les Doors et voir se déhancher, dans sa cage de verre, la go-go dancer Rhonda Lane. Après quelques semaines d’insuccès, le propriétaire du club, du nom de Jessy James (ça ne s’invente pas), leur annonça son intention de les remplacer par un autre groupe. Et c’est au cours d’une de leurs dernières soirées au London Fog que les Doors eurent la surprise de voir dans la salle la recruteuse du Whisky a Go Go, Ronnie Harran, une jolie fille branchée qui apprécia leur musique et tomba amoureuse de Jim Morrison.

Le Whisky a Go Go c’était La Mecque, le saint des saints. Ronnie Harran proposa aux Doors d’en devenir le groupe maison, assurant la première partie des têtes d’affiche, 2 sets par nuit. Ils y ont joué 3 mois durant l’été 66 avec Them, Frank Zappa and the Mothers of Invention, Buffalo Springfield, les Byrds, Captain Beefheart and the Magic Band, les Turtles, les Chambers Brothers ou encore le groupe n°1 au Mexique Los Locos. Leur réputation a grandi très vite et Jim est devenu le sex-symbol de Sunset Boulvard. L’aventure a pris fin le soir où il est allé un peu trop loin. Pas pour le public, complètement hypnotisé, mais par contre bien pour la direction du club. Au milieu de la chanson ''The End'', Jim a improvisé sa propre version de la tragédie grecque ''Œdipe Roi'', avec ces mots qui ont fait scandale : ''Père, je veux te tuer, Mère, je veux te baiser''. A la fin de son poème, les Doors ont repris ''The End'' avant de quitter la scène sous un tonnerre d’applaudissements. Un quart d’heure plus tard ils étaient virés du Whisky a Go Go mais leur carrière était définitivement lancée.

Mais les Doors ne seront pas les seuls à se faire connaître sur la scène du Whisky a Go Go. De nombreuses années plus tard, d’autres groupes originaires de Los Angeles comme Van Halen ou encore Guns N’Roses effectueront leurs débuts sur cette scène mythique.

Et puis Los Angeles est la ville qui verra la formation de Metallica, le 28 octobre 1981, date de la première réunion et rencontre entre le guitariste/chanteur James Hetfield et le batteur Lars Ulrich suite à la publication d’une petite annonce dans le journal Recycler. Ce sera le début d’une très grande aventure qui va mener Metallica au sommet du hard rock, en faisant aujourd’hui l’un des plus célèbres et plus populaires représentant du genre.

Les Doors n’ont pas été les seuls à animer la scène psychédélique de Los Angeles, même s’il n’a pas connu le même succès, Love a lui aussi marqué cette période, il a d’ailleurs précédé de peu les Doors ! Love a été formé en 1965, par le chanteur et multi-instrumentiste Arthur Lee, un métis originaire de Memphis, vivant à L.A. depuis son enfance. Personnage énigmatique et schizophrénique, il a réuni autour de lui des musiciens d’origine et de culture différentes. Parmi eux le guitariste Johnny Echols, le premier à utiliser une guitare double manche, ami intime du saxophoniste de jazz Ornette Coleman.

Sans appartenir à la communauté des Hippies, les membres de Love ont adopté en partie leurs styles et leurs comportements. C’est ainsi qu’ils vivaient en communauté, d’abord sur Commonwealth Road, près de Griffeys Park, dans un immeuble qu’ils appelaient un peu pompeusement le château. Ils ont ensuite occupé l’ancienne propriété de Béla Lugosi, un célèbre interprète du cinéma fantastique devenu fou à la fin de sa vie, à tel point qu’il s’identifiait à Dracula et dormait dans un cercueil. Les historiens du Rock rapportent que les membres de Love étaient constamment sous influence de drogues hallucinogènes et qu' Arthur Lee fut le premier à porter à Hollywood des lunettes à miroir. Ils ont, en tout cas, été les premiers à graver sur un 33 tours un titre de 18 minutes ''Revelation'' sur ''Da Capo'' en 67 et leur album suivant ''Forever Changes'' est un incontournable du rock psychédélique.

Autre groupe majeur de L.A., qui a lui aussi participé à l’aventure psyché avec le fameux ''Eight Miles High'' mais dont l’influence s’étend à d’autres genres : les Byrds. Leur aventure commence dans un club situé sur le boulevard Santa Monica, le Troubadour, réputé pour sa scène ouverte chaque lundi soir, occasion pour tous les folkeux de la ville, de tester les feux de la rampe. David Crosby et Jim Clark en sont des habitués. Deux rencontres sont déterminantes : celle de Jim McGuinn, qui ne prénomme donc pas encore Roger et Jim Dickson, producteur aux dents longues introduit dans le monde du cinéma par ses amis James Dean et Denis HopperAprès le recrutement du bassiste Chris Hillman, et du batteur Michael Clarke, tout est en place et c’est la naissance du Folk Rock !

 

L’héritage des Byrds est considérable, le Folk Rock, une nouvelle approche de la Country et du Blue Grass, le country-rock dont il crée les assises avec Gram Parsons, le Space Rock, et sans oublier leur carrière en solo ou en groupe. Ils ont influencé tant Dylan que les Beatles, Linda Rondstat, les Eagles, Jackson Browne, Tom Petty, The Long Riders, R.E.M. et tellement, tellement d’autres…

Et justement un mot sur les Eagles, qui est en fait l’association de plusieurs musiciens dit 'de session' qui se sont rassemblés pour former un groupe à Los Angeles en 1971. Formation qui connaît son apogée à la fin de l’année 76 et le début de l’année 77 avec la sortie de l’album et du titre ''Hotel California''.

A la même époque, un peu suivant la même logique, c’est-à-dire des musiciens de studio se regroupant pour créer un nouveau groupe, on verra une autre formation émerger à Los Angeles. Son nom ? Toto !

Dans un registre plus 'dur', et un peu plus tard, en 1981, le bassiste Nikki Sixx et le batteur Tommy Lee formeront Mötley Crüe. Rapidement rejoint ensuite par le guitariste Mick Mars et le chanteur Vince Neil. La formation, légendaire, sera connue aussi pour ses différentes frasques… Son aventure, particulière et explosive, sera racontée bien plus tard dans un long-métrage pour le moins rock’n’roll ''The Dirt'', sorti en 2019.

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