Rock This Town : Liverpool

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rock this town - © liverpool

Liverpool, est une grande cité portuaire, située à l’embouchure du fleuve Mersey, au nord-ouest de l’Angleterre, la vieille dame de plus de 800 ans possède un riche patrimoine architectural et culturel.

Avant de faire ce 'Magical Mystery Tour', voyons d’abord les autres atouts de la ville, comme son histoire maritime que l’on peut revivre au musée du Merseyside sur l’Albert Dock. Le commerce avec les Antilles au 18e siècle et aussi, malheureusement, celui des esclaves sont deux apports essentiels dans le développement et la richesse de Liverpool. A part Londres, c’est aussi la ville qui compte le plus grand nombre de musées, théâtres, galeries d’art et monuments classés au patrimoine de l’UNESCO. Sans oublier les sports : on y trouve des parcours de golf, dont certains figurent parmi les plus beaux du monde. Le plus célèbre steeple-chase, le Grand National, s’y déroule à l’hippodrome d’Aintree. Et des prestigieux clubs de football s’y affrontent lors de derbies passionnés : Liverpool et Everton.

Sur le plan musical, et sans dénigrer ce qui s’y est produit depuis jusqu’aujourd’hui, il faut bien admettre que l’âge d’or de Liverpool se situe entre les années 1959 et 1964, période de ce que l’on a appelé le 'Merseybeat', qui a vu la naissance et l’émergence des Beatles. Le départ de ceux-ci pour Londres et surtout leur évolution vers une musique plus aventureuse ont précipité la fin du Merseybeat et sonné celle de l’heure de gloire de Liverpool. Mais la célébrité est restée. Célébrité que la ville entretient, non pas avec nostalgie, mais plutôt avec énormément de reconnaissance pour ces 4 garçons qui lui ont donné un éclat jusqu’alors insoupçonné. En septembre 1963, Tom Spence écrivait dans le journal communiste Daily Worker "Ca, la capitale du rock’n’roll ? Plutôt un amas urbain à perte de vue, avec ses taudis, sa mer à l’eau boueuse, 80.000 maisons en ruine, 30.000 chômeurs. Il y a de l’argent à se faire à Liverpool si l’on joue ou chante avec un accent.''

A la fin des années 50, Liverpool était la première ville de Grande-Bretagne à découvrir les cargaisons de disques en provenance des Etats-Unis. Il y avait du jazz, bien sûr, des crooners, comme Frank Sinatra, mais aussi les 45 Tours de Buddy Holly, Elvis Presley, Little Richard, et tous les autres pionniers du rock. Et toute cette musique se répandait d’abord dans les bars à marins avant de descendre dans la rue.

Paul McCartney, dont le père était éclairagiste dans quelques Music-Halls de la ville, se souvient de cette époque : à Liverpool, dit-il, on connaissait Chuck Berry, Big Bill Broonzy et les autres guitaristes de blues et de rock’n’roll bien avant que la plupart des gens aient entendu parler d’eux en Amérique. Liverpool était aussi une capitale de l’Irlande car il y avait beaucoup d’Irlandais qui y vivaient. Et puis il y avait les chansons des spectacles de Broadway que les marins voulaient entendre. ''Mettez tout ensemble et vous connaîtrez mes influences musicales, de Fred Astaire à Little Richard, c’est tout un itinéraire.''

Mêlant donc rock, blues et musique irlandaise, le Merseybeat se jouait en groupe, comprenant 2 guitares, 1 basse et 1 batterie, auxquels pouvaient s’ajouter parfois un piano ou un saxophone. Par la suite, et par facilité d’ailleurs, le terme s’est appliqué à pratiquement tous les groupes originaires du nord-ouest de l’Angleterre, même s’ils proposaient une musique différente. Les 'caves à musique' étaient nombreuses pour accueillir tous ces groupes. Le Litherland Town Hall, l’Hambleton Hall, l’Aintree Substitute, le New Clubmoor Hall, le Knotty Ash Village Hall, entre autres. Tous ont été célèbres, mais pas autant évidemment que la presque immortelle caverne : le Cavern Club dont on reparlera plus loin.

Pour beaucoup, les 45 Tours des Seachers, dont ce ''Sweet for my sweet'', représente la quintessence même du Merseybeat, même si le son était déjà un peu plus soigné, plus léché. Il faut également citer Rory Storm and The Hurricanes, dont le premier batteur n’était autre que Ringo Starr, Jerry and the Pacemakers, autre poulain de Brian Epstein, tout comme Billy J. Kramer, associé à un groupe de Manchester, les Dakotas. Lennon et McCartney ont écrit pour Billy J. Kramer le titre ''Do you want to know a secret'' qui sera un succès en 1963. Mais cette effervescence est de courte durée et le succès souvent sans lendemain, les Beatles ont déjà tourné la page, ils focalisent l’attention du public et des médias, et fin 1965 le Merseybeat n’est définitivement plus que le clapotis des eaux du fleuve.

John, Paul, George et Ringo sont donc tous 4 originaires de Liverpool. Intéressons-nous d’abord au plus âgé, bien qu’il soit le dernier à rejoindre le groupe définitif des Beatles.

Ringo Starr, de son vrai nom Richard Starkey, naît le 7 juillet 1940 au n°9 de Madryn Street, dans une petite maison en briques rouges. Il passe ensuite son enfance au 10 Admiral Grove, dans le quartier populaire de Dingle. Des 4, tous d’origine modeste, Ringo est le seul véritablement issu de la classe ouvrière. Dès 1957, il est batteur au sein de l’Eddie Clayton Skiffle Group puis du Darktown Skiffle Group. Il passe ensuite au rock avec de Rory Storm and The Hurricanes, avant d’être engagé au sein des Beatles par Brian Epstein, le 16 août 1962, en remplacement de Pete Best, selon la volonté du producteur George Martin.

Le 2e en âge c’est John Lennon, il est né le 9 octobre 1940 à l’Oxford Street Maternity Hospital. Son père Alfred abandonne rapidement le foyer familial et sa mère Julia confie John aux bons soins de sa propre sœur, Mary Elizabeth. Pour John c’est 'tante Mimi', chez qui il vit dès l’âge de 5 ans jusqu’à son 23e anniversaire, dans une maison située en banlieue, à Woolton, au 251 Menlove Avenue et appelée 'Mendips'. Cette maison est ouverte au public depuis 2003. En 1956, John reçoit sa première guitare, cadeau de sa mère, achetée par correspondance. Tante Mimi n’apprécie guère : la guitare est un chouette hobby, John, dit-elle, mais tu n’en vivras jamais. Et John est prié d’aller faire ses gammes sous le porche d’entrée de la maison. C’est là qu’il a jeté les bases de quelques-uns des premiers succès des Beatles. Il apprend également à jouer du banjo, instrument hérité de son grand-père paternel, sur lequel il se défoulera ensuite souvent durant les sessions d’enregistrement du groupe, au grand damne des 3 autres. Mais cet instrument a certainement beaucoup de valeur aux yeux de John, abandonné par son père, élevé par tante Mimi, il perd sa mère en juillet 1958. Elle est renversée par une voiture pilotée par un officier de police un peu pressé, car en retard sur son horaire de service, et elle est tuée sur le coup. John rendra hommage à sa mère en reprenant quelques-uns de ses rocks préférés sur l’album ''Rock’n’roll'' de 1975 et, déjà avec les Beatles sur le ''White album'' avec ''Julia''.

A visiter donc à Liverpool cette maison MendipsJohn Lennon a vécu pendant 18 ans, léguée par Yoko Ono au National Trust et restaurée au plus proche de ce qu’elle était à l’époque.

Et puis il y a un autre lieu incontournable de ce Magical History Tour, c’est dans le quartier de Allerton, au 20 Forthlin Road que Paul McCartney a passé son adolescence. James Paul McCartney est né le 18 juin 1942 à Liverpool. Sa famille vit dans la zone industrielle de Speke, de même que la famille de George Harrison né, lui, le 24 février 1943. La maison où George a grandi est toujours debout au n°12 du cul-de-sac Arnold Grove. Paul et George se sont donc connus enfant et ont toujours gardé le contact, même après le déménagement des McCartney à Forthlin Road. La maison des Mc Cartney appartient aujourd’hui, elle aussi, au National Trust, et on peut y découvrir le mobilier d’époque, des photos de famille et des objets ayant appartenu au jeune Beatles.

John et Paul y ont beaucoup répété et travaillé ensemble leur première chanson, dont évidemment ''Love me do'', premier 45 Tours du groupe, ''I saw her standing there'', etc. Une centaine de chansons auraient été écrites dans le salon du 20 Forthlin Road. ''Penny Lane'', que les Beatles ont chanté avec nostalgie en 67, se trouve à quelques pas de Forthlin Road. Le barbier, la banque et l’abri sur la place, évoqués dans la chanson, ont bel et bien existé. Et Paul a été enfant de chœur à l’église Saint-Barnabé qui jouxte Penny Lane. La plaque portant le nom de la rue a été volée si souvent par des fans qu’aujourd’hui ''Penny Lane'' et tout simplement peint à même la pierre.

Juste au bout de Menlove Avenue, à 5 minutes à pied de Mendips, la maison de tante Mimi, il y a Beaconsfield Road, et le lieu d’escapade favori de John enfant. Aujourd’hui ne subsiste que la grille d’entrée de Strawberry Field, un orphelinat de l’Armée du salut installé dans une grande bâtisse victorienne au cœur d’un parc boisé. John et sa tante s’y rendaient chaque année à l’occasion de la fancy fair. Et John y retournait souvent seul pour jouer et rêver dans les bois. Il y emmenait aussi ses copains Pete Shotton et Ivan Vaughan. Vous savez que Strawberry Field est également le nom donné au mémorial John Lennon dans Central Park à New-York.

La première rencontre entre John et Paul a lieu le 6 juillet 1957 dans le hall de Sint Peter’s Church de Woolton où John donne un concert avec ses Quarrymen. Et c’est dans le cimetière derrière cette petite église que se dresse la pierre tombale d’une certaine Eleanor Rigby, disparue au début du 20e siècle, et dont les Beatles ont immortalisé le nom. Tommy Steele, qui fut, dès 1956, le premier chanteur rock anglais, et le premier à utiliser des amplificateurs sur scène, a réalisé, en 1982, une sculpture en bronze représentant Eleanor assise sur un banc de la ville. Il en a fait don à Liverpool et l’a dédiée à tous les gens solitaires ''All the lonely people''. On peut la voir sur Stanley Street.

Autres hauts lieux de la Beatlemania à Liverpool, comme les écoles fréquentées par John : la Qarry Bank Grammar School, qui lui inspirera évidemment le nom de son premier groupe, et le Liverpool College of Art, où il se lia d’amitié avec Stewart Sutcliffe, membre du groupe pour peu de temps. Paul et George ont étudié au prestigieux Liverpool Institute, sur Monstreet près de la cathédrale anglicane qui domine la ville, devenue depuis quelques années, grâce à l’intervention financière de Paul, une grande école d’Arts et de spectacles, la Liverpool Institute for Performing Arts.

Mais, pour les fans des Beatles, le centre-ville de Liverpool, près de l’Albert Dock, et plus particulièrement Mathew Street sont évidemment les lieux les plus captivants. Surtout le n°10 de Mathew Street, le Cavern Club, leur première salle de concert. A l’origine un club de jazz ouvert en 1957, avec un nom en référence évidemment au fameux club parisien ''Le Caveau''. C’est là que Brian Epstein les découvre et leur fait signer leur premier gros contrat. Epstein qui, après sa première visite au club, note dans son journal : 9 novembre 1961. Sombre, humide et puant. J’ai regretté tout de suite ma décision, le bruit était assourdissant. Sur une période de 30 mois, jusqu’à leur dernier concert en 1963, les Beatles y ont joué près de 250 fois.

Le Cavern Club a été fermé en 1973, détruit et reconstruit en 1984, au même endroit et à l’identique, avec des matériaux récupérés de l’édifice original. Il est l’exacte réplique de ce qu’ont connu John, Paul, George et Ringo. En 2007, le Caverne Club a fêté son 50e anniversaire. Et pour marquer le coup un triple CD est sorti proposant 50 titres d’artistes qui s’y sont produits. Dont les Beatles, bien sûr, les Stones, quelques gloires du Merseybeat, Chuck Berry, Stevie Wonder, Queen, The Kings, The Who, Elton John, Thin Lizzy, Rod Stewart

Ou encore, parmi les plus jeunes, Joe Bonamassa, Travis, The Coral, les Arctic Monkees

Evidemment, il reste quelques endroits à visiter tels que le Jacaranda Club, un café étudiant où John Lennon a réalisé quelques fresques murales. Ou encore le pub The Grapes, où les Beatles venaient prendre un verre avant et après leurs concerts au Cavern, l’alcool y étant en principe interdit. Sans compter le musée The Beatles Story, des boutiques, des visites guidées en car ou en voiture, etc. Et puis Liverpool, ce n’est pas que les Beatles, d’autres artistes rock viennent de là-bas. Notamment le groupe The La’s qui avait cartonné en 1990 avec son seul et unique album ''The La’s'' sur lequel on retrouvait le très populaire ''There She Goes''.

Il y a aussi Frankie Goes To Hollywood, figure emblématique de la pop anglaise gay dans les 80’s, qui, avec un petit coup de main du producteur Trevor Horn signera des grands succès de la décennie tels que ''Relax'' ou la ballade ''The Power of Love''.

Formé en 1978 à Liverpool, Echo & The Bunnymen est axé autour du chanteur Ian McCulloch et le guitariste Will Sergeant. En 84 sur l’album ''The Ocean Rain'', ils publient l’inoubliable ''The Killing Moon''.

Plus près de nous dans le temps, citons aussi The Coral, ou encore The Zutons, qui après quelques années d’absence entre 2009 et 2018 avaient annoncé en 2019 leur réunion à l’occasion du 15e anniversaire de leur premier album.

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