Rock This Town : Chicago

Des gratte-ciel à la naissance du groupe Chicago en passant par Chess records… Troisième agglomération la plus peuplée des Etats Unis, et la plus grande ville de l’état de l’Illinois, dans la partie nord du Middle West et dans la région des Grands Lacs. La ville a été construite sur la rive sud-ouest du lac Michigan. Importante cité portuaire, elle aussi est aussi un grand centre commercial, industriel et culturel. Mais Chicago est la ville des gratte-ciel par excellence !

C’est en effet là qu’est née l’architecture urbaine moderne toute en verticalité. On y compte plus de 1350 tours dont de nombreuses sont célèbres comme la toute première, le Home Insurance Building érigée en 1885. Ou encore la Chicago Tribune Tower, dont les murs contiennent de fameuses pierres : on y trouve des fragments du Fort Alamo, du Colisée romain, du mur de Berlin, de l’Arc de Triomphe, de la Grande Muraille de Chine, du Taj Mahal, de la pyramide de Khéops, du château fort de Chillon en Suisse et même un petit morceau de la Lune, ramené par la NASA !

''Chicago'' de Crosby, Still & Nash : c’est une des chansons qui évoque la ville et lui rend hommage et il y en a quelques-unes.

Citons tout d’abord les standards du blues de :

Robert Johnson ''Sweet Home Chicago'' repris par la plupart des Bluesman, ou encore

''Jesus Left Chicago'' de ZZ Top ;

''My Kind of Town'' de Frank Sinatra ;

''In the Ghetto'' d’Elvis Presley ;

Sans oublier ''Born in Chicago'' du Paul Butterfield Blues Band ;

''You Shook Me'' de Led Zeppelin ou encore ''When the Levee Breaks'' ;

Et ''Take Me Back to Chicago'' de Chicago précisément. A ses débuts le groupe s’appelait Chicago Transit Authority du nom de la principale compagnie de transport routier et du métro de la ville.

Les Rolling Stones ont, eux, célébré par un instrumental le numéro ''2120 de South Michigan Avenue'', adresse de la mythique firme de disques Chess. C’est d’ailleurs là qu’ils ont enregistrés ce titre et, aujourd’hui, le bâtiment restauré du studio Chess abrite la Blue Heaven Fondation crée en 93 par la veuve de Willie Dixon.

La ville d’Al Capone, d’Eliot Ness, de Walt Disney, John Dos Passos, Ernest Hemingway, Hugh Hefner, le créateur de Playboy, Harrison Ford, Raquel Welch, Vincente Minnelli et Michael Jordan, un des plus célèbres joueurs de basket-ball des Chicago Bulls et de bien d’autres personnalités est une capitale musicale de première importance qui a marqué toute l’histoire de la musique populaire nord-américaine !

Et puis encore quelques mots sur le groupe qui porte le nom de la ville : Chicago. Avant de se renommer de cette façon, la formation évoluait sous le dénominatif Chicago Transit Authority, en référence à la société de transports public de Chicago, société de bus et de métro toujours opérationnelle aujourd’hui. Un groupe, qui, à ses débuts, montre un aspect politique marqué très à gauche, notamment à travers la plume d’un de ses compositeurs, le claviériste/chanteur Robert Lamm. Pour preuve, dans les notes présentes dans le second album du groupe, en 1970, on retrouvait une mention particulière au ''peuple de la révolution et à la révolution sous toutes ses formes''. Le message est assez clair…

Avant la soul, avant le rock, le post-rock, la house et le slam, il y a eu le gospel et auparavant encore, le jazz et le bluesEt pour ces deux derniers genres musicaux, tout a commencé comme souvent, dans les ghettos. Le berceau du jazz, fruit de la rencontre de différentes cultures, c’est la Nouvelle-Orléans au début du 20e siècle.

Quand en 1917, les autorités de la Ville décident de fermer Storyville, quartier on ne peut plus chaud et pratiquement unique lieu d’expression des premiers jazzmans, ceux-ci quittent la ville et montent vers le nord. Ils suivent la route qu’empruntent également de nombreux noirs, délaissant les champs de coton avec l’espoir d’une vie meilleure à l’ombre des hauts fourneaux et dans la sueur des usines des grandes cités industrielles ! Certains s’installent à Memphis, les autres continuent jusqu’à Chicago.

Dès 1919, début de la période de la prohibition, interdiction de fabriquer et de vendre de l’alcool sur le territoire des Etats-Unis, de nombreux musiciens fraîchement arrivés à Chicago, animent les nuits des 'speakeasys', ces tripots clandestins où coule à flots l’alcool de contrebande. Et puis les clubs se multiplient dans les quartiers nord de la ville d’abord le Green Mill, le Blackhawk ou encore le College Inn sont parmi les plus célèbres de l’époque ! Le mouvement suit dans le sud de la ville, à population majoritairement noire, dès 1920. A State Street, sur un tronçon d’une centaine de mètres appelé le Stroll, on trouve le : Dreamland café, Plantation café, le Sunset caféCes clubs sont fréquentés par des étudiants blancs, amateurs de jazz, provenant d’un quartier appelé Austin et parmi eux Benny Goodman.

Benny Goodman est clarinettiste et ses copains, jeunes musiciens et étudiants comme lui, sont : Eddie Condon – guitariste, Joe Sullivan – pianiste, Jim Cooper – batteur et Muggsy Spanier – cornettiste. Ensemble et avec l’apport de quelques autres, ils vont créer le Chicago Style basé sur les trouvailles des pionniers de la Nouvelle Orléans, auquel ils donnent beaucoup plus de rythme et de puissance.

Mais ceux qu’on appelle désormais l’Austin High School Gang restent passionnés par le dixie land du sud et fascinés par un musicien extraordinaire, Louis Amstrong, qui rejoint en 1922 le Creole Jazz band de son idole King Oliver.

Le public de Chicago est sous le charme et même hypnotisé par le virtuose qui fait une première escapade à New York en 1924. L’année suivante il occupe la scène du Dreamland café à la tête d’un orchestre formé par son épouse Lil Hardin et réalise ses premiers enregistrements aux studios Okeh de ChicagoEt en 1929, il part définitivement pour New York.

Dans les années 20 donc, et à l’instar du blues, le jazz est quasiment musique sacrée à ChicagoIl a ses temples, qu’il partage souvent d’ailleurs avec le blues, comme le Blues Chicago sur North State Street au numéro 937. Et le plus ancien festival de la ville, gratuit, qui se déroule tout le week-end de la fête du travail, donc fin août début septembre, est le Chicago Jazz Festival qui offre toutes les palettes du jazz et attire les amateurs du monde entier à Grant Park.

Si une première génération de Blues man, venant du Sud – Mississippi, Arkansas, Alabama – s’est fixée à Memphis, la seconde va gagner Chicago partir de 1940. Pour ne citer quelques noms qui ont marqué l’histoire :

Muddy Waters

Otis Span

Otis Rush

Hound Dog Taylor

Homesick James

Et en amplifiant électriquement des instruments comme la guitare et l’harmonica, ils créent tout de suite une version urbaine du blues du Delta.

Une deuxième vague suit dans les années 50 :

Howlin’Wolf

Elmore James

Buddy Guy

Pinetop Perkins

James Cotton

Carey Bell

Merline Johnson en font partie.

Et ici encore on n’en retient que quelques-uns parmi les plus grands !

Les firmes de disques sont là pour les accueillir, Chess, Vee-Jay, United, J.O.B., Paramount, des noms qui font encore rêver aujourd’hui. Des producteurs remarquables aussi comme le célèbre Lester Melrose. Et tout ça va donner l’extraordinaire explosion du Chicago Blues d’après-guerre !

Au début des années soixante, de très nombreux clubs ne désemplissent pas devant les groupes emmenés par tous ceux qu’on vient de citer. Et cette révélation du Chicago Blues a une importance capitale dans l’histoire de la musique populaire puisqu’il a donné naissance au British Blues des années 60 avec Alexis Corner, John Mayall, Fleetwood Mac, les Animals, Chicken Shack

Et influencés Eric Clapton, Led Zeppelin et les Stones qui ont d’ailleurs tiré leur nom d’une chanson de Muddy Waters, chanson qui évoque les pierres magiques dans la culture vaudoue, que les Noirs Africains avalaient avant de monter à bord des bateaux de l’esclavage !

Dans la foulée du British Blues et enfin consciente que c’est chez elle que cela va se jouer, l’Amérique blanche embraye à son tour et révèle des gens comme Johnny Winter, Paul Butterfield, Michael Bloomfield, le Blues Project et Canned Heat.

Pour la plupart les artistes et groupes blancs directement influencés par le Chicago Blues vont survivre voire être sublimés à l’époque psychédélique alors que les créateurs du genre traversent une période de non-reconnaissance et d’oubli pendant de nombreuses années ! Mais le Blues est toujours bien là à Chicago comme partout ailleurs.

Des firmes de disques comme Delmark et Alligator ont pris le relais des anciennes, disparues ou ayant perdu leur lustre, des clubs comme le Buddy Guy’s Legend et le Famous Dave’s, ce ne sont pas les seuls évidemment, le font vivre au quotidien. Le Chicago Blues Band, événement annuel à Grant Park est un must absolu ! Il s’y tient début juin et sa première édition date de 1983, année de la mort de Muddy Waters.

Grant Park, est considéré comme le plus beau jardin de la ville, un jardin de 127 hectares quand même, au bord du Lac MichiganIl abrite trois musées réputés mondialement :

L’Institut des Beaux-Arts ;

Le Musée d’Histoire-Naturelle ;

Et le Shedd Aquarium, l’un des plus grands du Monde.

Mais outre le blues et le légendaire Chess, citons aussi dans le début des années 80, la création du label Wax Trax !. D’un tout autre style musical, Wax Trax ! se spécialisera dans le punk, la new wave et l’indus. En indus, le groupe américain originaire de Chicago Ministry – grand nom du genre – ainsi que le groupe belge Front 242 figureront parmi les plus grandes signatures du label.

On attribue généralement la création de la House Music à Frankie Knuckles, qui fut entre 1977 et 82 DJ résident du Club Warehouse, une boîte Gay de Chicago. Il aurait été le premier à ne plus se contenter d’enchaîner les disques, mais bien de les mixer, d’isoler les parties instrumentales et les passer en boucle, et de doubler la partie rythmique avec une boîte à rythme pour en augmenter la puissance. Très vite sa technique est imitée dans tous les clubs discos de la ville ; les premiers disques de House paraissent et le mouvement prend l’ampleur que l’on connaît ! Devenu célèbre, Knuckles fonde ensuite à New York le Def Mix Productions et travaille avec Michael Jackson, Diana Ross ou encore Inner City.

En 1986, un autre DJ, Pierre, découvre qu’en travaillant sur le registre des aigus de son synthétiseur Roland, il parvient à créer des sons et des motifs à coloration très psychédéliques. Un enregistrement d’une dizaine de minutes est testé dans le club Music BOX, toujours à Chicago bien sûr, et l’engouement du public est immédiat pour ce qui sera appelé Acid HouseFortement associé aux drogues et en particulier à l’ecstasy, le mouvement Acid House s’étend très vite en Grande Bretagne et bientôt dans toute l’Europe en passant par Ibiza. Le phénomène est tel que l’été 1987, sera bientôt baptisé ''Summer Of Love'', en référence, évidemment, à celui de San Francisco vingt ans plus tôt !

Le SLAM, cette forme la plus radicale du rap, puisque sans aucune musique, est né lui aussi dans les bars de Chicago. Le poète Marc Smith, le pratiquait déjà dans les années 70, dans une banlieue ghetto de la ville, mais c’est au début des années 90 qu’il s’est popularisé. Le SLAM, c’est donc le verbe à l’état pur, toujours poétique mais souvent philosophique parfois rebelle et revendicatif !

La scène de ce que l’on a appelé le post-rock, y est également très active avec en tête le groupe Tortoise qui mélange intelligemment les genres. Des groupes intéressants des années 90, comme les Smashing Pumkins et The Jesus Lizard se sont aussi formés à Chicago et la troublante Liz Phair, elle aussi révélation de cette décennie, y a passé son enfance et y a lancé sa carrière !

On peut encore citer John Prine, emporté par le coronavirus en avril denier. Considéré comme l’un des meilleurs singers-songwriters américains, salué par Bob Dylan, John Prine avait reçu en ce début d’année un Grammy récompensant l’ensemble de sa carrière. C’est Kris Kristofferson qui le repère à Chicago à la fin des années 60, il sortira son premier album en 1971. Parolier engagé, ses titres marqueront toute une génération et impactent encore les jeunes artistes actuels.

Ajoutons aussi un autre remarquable songwriter natif de Windy City, Curtis Mayfield, personnage charismatique de la Soul Music auteur de l’inoubliable ''People Get Ready''. Windy City, la ville des vents, c’est Chicago bien sûr. Appelée comme cela en raison de ses particularités climatiques mais aussi suite à une période politiquement fort chahutée, où l’on a reproché à ses élus de pratiquer la langue de bois tout en faisant beaucoup de vent évidemment !

A noter aussi un bel hommage à la ville de Chicago par le folker américain Sujfan Stevens en 2005 sur son album ''Come on feel the Illinoise'', album entièrement consacré à l’Etat de l’Illinois, qui fait référence à plusieurs reprises à Chicago et à sa riche histoire.

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