Rencontrez l'homme avec l'un des meilleurs jobs de Londres

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J'ai toujours été fasciné à la fois par les inventeurs fous à la Géo Trouvetout et par les vitrines des magasins de musique... Alors aujourd'hui, je me suis décidé à entrer dans une boutique très particulière, dans ma rue préférée de Londres.

Située au rez-de chaussée d'un immeuble victorien résidentiel de Stoke Newington Church Street, la boutique n'est en fait qu'une pièce de 10 mètres carrés. Jon Free, l'occupant de l'endroit et d'un appartement personnel à l'étage, a posé la guitare demi-caisse Harmony qu'il était en train de réparer pour venir m'ouvrir.

Le visiteur – ce qui est une façon de parler car vous n'avez pas vraiment la place de visiter quoi que ce soit – est accueilli par une énorme malle, posée dans un coin, et traversée d'un long bout de bois. Il s'avèrera que le bout de bois est extrait d'une rallonge pour une table de salle à manger, qu'il est parcouru de quatre cordes et que la malle est en fait la caisse de résonance de cette contrebasse bricolée. Jon m'explique que cet objet encombrant n'est pas sa meilleure réussite mais qu'il a déjà une belle histoire. Voici plusieurs mois de cela, une femme du quartier passe devant la boutique, entre, et choisit un modèle pour offrir à son papa. Seulement, la femme en question n'est autre que la fille de Roger Glover, bassiste, faut-il le préciser, de Deep Purple. Quelques mois plus tard, le père vient voir sa fille et rend une visite au fabricant du petit bijou qu'il a reçu comme cadeau d'anniversaire et se montre très intéressé par la contrebasse en question. Tout en racontant cette histoire, mon hôte se penche vers l'instrument et attrape l'une des poignées et ouvre la malle. Au lieu du complexe système électro-acoustique que je m'attends à voir, ce sont d'autres tiges de bois qui s'y trouvent et qui serviront de manches aux créations qui sortiront de l'imagination de Jon dans les mois à venir. Car les affaires fonctionnent bien, et elles fonctionneront encore mieux lorsque les fans de Deep Purple entendront le son de ses « Sonic fascinators » sur son prochain album.

 

Les « Sonic Fascinators », ce sont les petits instruments à trois, quatre, six cordes, que fabriquent Jon, à partir de vieilles boîtes en métal ou d'antiquités diverses. Celle de Roger Glover, par exemple, est une quatre cordes, nommée la Golden Orchid, ou « orchidée dorée ». Vous pourrez la trouver en parcourant la page contenant tous les Sonic fascinators déjà existant. Jon me fait une démonstration sur sa 57ème réalisation en moins de 18 mois, une quatre cordes, électrique et dont le coffre est une boîte dont les motifs imitent la peau de serpent, qu'il branche sur l'un des tout petits amplificateurs qu'il a fabriqué. Le résultat est étonnant. Vous pouvez tenter de l'imaginer en faisant fusionner le son de guitare distordu de bluesmen un peu extravagants comme R.L. Burnside avec un ukulélé que vous joueriez en ayant pris un peu trop de café. Si vous n'avez pas tant envie de faire travailler votre imagination, vous pouvez écouter quelques exemples sur son site. L'accordage se fait en Ré La Ré La (ou DADA comme on dit ici), de la même façon qu'une slide guitar, pour des prix allant de 200 à 400 livres, soit beaucoup moins cher qu'une slide guitar bas de gamme.

Auparavant, comme on peut s'en douter, Jon a été musicien et surtout réparateur de guitares dans la Tin Pan Alley londonienne, Denmark Street. Fatigué d'être peu payé par rapport au travail qu'il fournissait, il a décidé de se mettre à son compte: « Réparer et créer des guitares, cela prend beaucoup de temps et le matériel coûte très cher. On est obligé de demander plusieurs milliers de livres sterling pour une belle réparation avec du bon matériel. En trois ans, je n'ai pu créer que qu'à douze guitares traditionnelles, contre une soixantaine de Sonic fascinators en un an et demi, qui sont beaucoup moins chers et plus intuitifs ».

Beaucoup de ses astuces, Jon les trouve dans les méthodes utilisées dans les années 1920 pour amplifier le son. Avant la propagation de l'électricité à grande échelle au Royaume-Uni, les musiciens devaient malgré tout réussir à se faire entendre d'un grand nombre de gens. L'une des solutions employées à l'époque a été l'invention d'un violon dont la caisse de résonance est remplacée par une membrane située à côté d'un cornet identique à ceux des premiers gramophones. « À l'époque, de tels violons à pavillon comme on les appelait coûtait beaucoup plus cher que les violons traditionnels, m'assure Jon, car l'aluminium était presque aussi cher que l'or. Pour mes instruments aujourd'hui, l'aluminium est un matériau abordable et qui permet d'obtenir la bonne projection d'un son. »

Ce qui est passionnant chez Jon, c'est sa capacité à transformer la débrouille en génie créatif. Prenons un nouvel exemple. Un groupe de ce quartier du nord de Londres lui a apporté une guitare, non seulement bas de gamme, mais qui en plus semble avoir été piétinée par un rhinocéros: il ne reste rien de la table d'harmonie, la pièce de bois plate qui recouvre le dessus de la caisse de la guitare. N'importe qui aurait abandonné. Pas Jon Free. Il me montre l'astuce qu'il compte mettre en place. Pour cinquante pences, il a réussi à trouver 6 moules en aluminium. Il compte les placer triangle et les relier entre eux par une sorte de clé en forme de T ce qui, comme nous l'avons vu, permettra d'amplifier le son qui sera reçu dans la caisse.

Construire de nouveaux instruments de musique, les entendre sur un album de Sonic Youth ou de Tom Waits, voilà un métier qui doit être sympathique. Non ?

 

Liens: http://www.tin-tone.com  

 

 

A la semaine prochaine,

 

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