Paperback Writer: à la croisée des Beatles

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Dans les archives des Fab Four, nous pouvons considérer "Please Please Me" et "Let It Be" comme l'alpha et l'omega de leur carrière. Et quel chemin les quatre garçons de Liverpool ont parcouru entre deux.

Le 30 mai 1966 sortait "Paperback Writer", décrit comme "juste une petite chanson bluesy" par son auteur, Paul McCartney. Le single est peut-être celui qui suggère au mieux la façon dont le son des Beatles changerait de façon radicale.

Avant cela, Rubber Soul, sixième album du groupe anglais, paraissait le 3 décembre 1965. C'est un album charnière qui mettait un terme à la période "bons garçons et souriants et gais" pour orienter les musiciens vers des chansons aux textes plus mûrs et aux mélodies plus travaillées.

Pour l'histoire, c'est aussi à partir de cet album que le groupe, fort de sa notoriété, ne juge plus utile de faire figurer son nom au recto de la pochette de disque.

Rubber Soul n'est donc pas comme les albums précédents. "Les choses changeaient," explique McCartney, "on s'éloignait des machins pop comme 'Thank You Girl', 'From Me to You' et 'She Loves You'." Personne n'avait songé mêler la musique folk avec le rhythm & blues, comme les Beatles l'ont fait, en ajoutant un groove coloré à travers le prisme trouble du cannabis.

Sur ce sixième disque, les Britanniques ne joueront plus aucun standard du rock 'n' roll. Et il n'y en aura plus jamais. Mais cette transition n'est qu'un tremplin vers une autre zone.

Revolver sera le point de dernier point de rupture, l'album incarnant leur pleine maturité. Mais d'abord, "Paperback Writer". C'est le premier 45 tours des Beatles à ne pas aborder le thème de l'amour. D'emblée, le titre change les règles du jeu; quelque chose semble venir d'ailleurs, se détacher de ce qui s'était fait auparavant.

D'un point de vue technique, L'Ecrivain de Livres de Poche marque un tournant, notamment concernant l'enregistrement de la basse. Geoff Emerick, un ingénieur du son, raconte que "'Paperback Writer' marque la première fois que le son de la basse peut être entendu dans toute sa dimension. Pour commencer, Paul jouait sur une basse différente, une Rickenbacker. On a ensuite amplifié le son en utilisant un haut-parleur comme microphone."

"'Paperback Writer' n'avait pas seulement un son plus lourd. Les harmonies vocales étaient excellentes, aussi," disait George Martin. Le studio lui-même devenait un instrument crucial pour le groupe. Abbey Road venait notamment d'innover avec l'ATOC (Automatic Transient Overload Control), sorte de compresseur qui amplifiait le volume et la lourdeur de la basse.

Les paroles sont aussi innovantes. Le premier couplet s'apparente à une lettre dans laquelle le narrateur espère vendre son manuscrit, mille pages qui lui ont pris une année de sa vie. L'aspirant auteur narre son aventure et exprime son souhait de devenir "écrivain de livres de poche." Dans ce texte, McCartney jongle avec les mots dans un style désormais mûr qui lui est tout à fait propre.

Avec ce titre, les Beatles semblent presque inviter leurs auditeurs vers une autre galaxie. Ou, du moins, dans un autre quotidien. Il était temps de passer à autre chose. En août 1966, Revolver serait considéré comme un album majeur des quatre garçons de Liverpool et l'un des plus influents de tous les temps par les critiques.

"Paperback Writer" est probablement le plus récent des titres que les Beatles jouaient sur scène lors de leur ultime tournée durant l'été 1966. Le 29 août de cette année, les Fab Four jouent au Candlestick Park de San Francisco. Hormis une dernière apparition sur les toits d'Apple Records le 30 janvier 1969, le groupe ne remonterait plus jamais sur scène.

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