Les 50 ans de Tommy !

Les 50 ans de Tommy!
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Le double album, opéra-rock flamboyant des Who, fête son 50e anniversaire.

Un album majeur

« Tommy » est le quatrième album des Who. Il sort le 13 mai 1969.

L’œuvre est souvent considérée comme le premier véritable opéra-rock de l’histoire du rock.

Cependant, l’album « S.F. Sorrow » des Pretty Things, sorti quelques mois plus tôt, est également considéré par certains spécialistes comme le premier opéra-rock de l’histoire. Pete Townshend avouera d’ailleurs avoir été très influencé par cet album lors de la création de Tommy…

Steve Marriott des Small Faces revendiquera également sa part du gâteau en déclarant que les Who s’étaient apparemment inspirés de certains éléments de leurs créations pour cet album…

« Tommy » n’en est pas moins l’un des grands chefs-d’œuvre du rock.

Pas la première expérience d’opéra-rock pour les Who

Si Tommy est bien le premier album « opéra-rock » de l’histoire des Who, ce n’est pas la première fois que le groupe s’essaye à ce style musical.

En effet, on peut considérer le titre « A Quick One While He’s Away » extrait de l’album « A Quick One » (sorti en 1966) comme la première tentative du groupe dans ce domaine.

L’album « Tommy » raconte l’histoire d’un jeune garçon sourd, aveugle et muet portant le nom de Tommy Walker. Ce garçon, Tommy, a perdu ses sens après avoir assisté au meurtre de son père biologique par l’amant de sa mère. Le père qui resurgit alors dans la vie de sa mère alors qu’il avait été déclaré mort au combat…

Malgré ce lourd handicap, l’enfant se révèle être particulièrement doué au flipper et devient une star internationale.

Le combat de Tommy

Peu de temps après, il trouve le chemin de la guérison et finit par devenir une sorte de gourou dans une secte.

Bref, si l’histoire manque parfois de cohérence et semble plutôt loufoque, la musique qui l’accompagne est d’une telle puissance et est tellement novatrice, qu’elle bouleverse la scène musicale de la fin des années 60.

Pour réaliser cet opéra rock, Pete Townshend prend son temps et le travail d’écriture est particulièrement long.

Interviewé à la sortie de l’album, en mai 1969 donc, par l’International Times, journal « underground » londonien, Pete Townshend précisera :

J’ai travaillé sur l’idée basique de Tommy pendant environ 18 mois puis j’ai commencé à écrire à proprement parler l’histoire et les titres lors de notre dernière tournée aux Etats-Unis en juillet et août dernier. Puis, en septembre, nous sommes entrés en studio pour l’enregistrer. On a passé de nombreuses heures en studio. Nous avons dû beaucoup faire de prises différentes parce qu’au fur et à mesure de l’enregistrement la structure de l’ensemble a évolué et cela a engendré quelques modifications dans les morceaux. Cependant, je n’ai rien dû réécrire, ce qui m’a surpris, mais vraiment nous avons dû souvent réenregistrer certaines choses parce que les premières prises n’étaient pas très bonnes.

 

Les sessions d’enregistrement de l’album « Tommy » débutent donc le 19 septembre 1968 au studio A des IBC studios de Londres et s’étalent jusqu’au 7 mars 1969 (avec cependant quelques interruptions). Ces sessions débutent généralement en début d’après-midi et se terminent dans la nuit.

D’après les déclarations du chanteur Roger Daltrey, l’enregistrement de l’album a pris plus ou moins 8 semaines et a coûté 36.000 livres. L’ensemble de l’album, tout comme les 2 albums précédents, est produit par Kit Lambert.

Chose intéressante à préciser concernant Tommy, même si c’est évidemment avant tout l’œuvre, le bébé de Pete Townshend, le bassiste John Entwistle signe ici deux titres : « Cousin Kevin » et « Fiddle About ».

On note également la présence d’une reprise sur l’album : le titre « Eyesight to the Blind » écrit par le bluesman Sonny Boy Williamson. (titre qui sera d’ailleurs interprété assez logiquement par Eric Clapton sur la bande originale du film « Tommy » qui suivra quelques années plus tard)

Un titre antidrogue

« Acid Queen » (qui portait à l’origine le nom de « Gypsy Song ») est un des grands classiques de l’album. Dans le film « Tommy » en 1975, c’est Tina Turner qui incarnait le personnage de l'« Acid Queen ». En plus d’être un classique, « Acid Queen » est aussi le premier titre « antidrogue » du groupe.

Pete Townshend déclarera à ce propos :

C’était le premier titre antidrogue que j’ai écrit. J’y décrivais le dealer dans la peau d’une prostituée qui vendait des âmes plutôt que son corps. Quand le vice-président des Etats-Unis, Spiro Agnew, a voulu trouver un titre qui illustrait le rapport entre le rock et la drogue chez les jeunes américains, il a mentionné ce titre. Il était vraiment mal informé et idiot comme beaucoup de politiciens le sont d’ailleurs…

Le mythique « Pinball Wizard »

Le titre le plus célèbre extrait de l’album est sans aucun doute le mythique « Pinball Wizard ».

Même si « Pinball Wizard » figure au plein milieu de l’album et donc de l’histoire de « Tommy », il est le dernier titre à être enregistré.

Anecdote amusante… Si Tommy est en fait champion de flipper et pas d’un autre jeu ou d’un sport, c’est simplement pour essayer de plaire à Nik Cohn, l’un des plus influents critiques rock de cette époque, qui était un grand fan de… flipper !

Si le titre connaît un grand succès (numéro 4 dans les chars singles en Angleterre), l’entourloupe des Who ne fonctionnera cependant puisque le journaliste qualifiera « Pinball Wizard » de titre mal écrit et non inspiré.

Pour info, c’est Elton John qui l’interprète dans le film « Tommy ». Et puis le groupe hollandais Shocking Blue en « empruntera » le riff pour leur propre succès, « Venus », qui sortira quelques mois plus tard…

L’influence classique

« Tommy » est un opéra rock. L’opéra, une influence plutôt étonnante du jeune guitariste et principal compositeur du groupe. Pete Townshend précisera quelque peu les choses à la sortie de l’album en 1969 :

« J’aime beaucoup l’opéra, j’aime Purcell, Wagner, Mahler, par contre je n’aime pas du tout l’opéra italien. Mahler et Wagner sont pour moi beaucoup proche de la véritable notion d’opéra. Vous savez, cette façon dont la musique surgit, représente le temps et les événements, les batailles, les grandes villes, simplement par la nature même de la musique. Avec le rock, nous avons certaines bases sonores identiques, mais pas autant de potentiel »

Un grand succès revisité à de nombreuses reprises

Alors si « Tommy » est avant-tout ce célèbre double 33 tours créé et imaginé par Pete Townshend, c’est également une œuvre qui sera déclinée sous différent format par la suite.

Chronologiquement, « Tommy » est tout d’abord adaptée en 1972 sous forme d’une version « orchestrale », elle est alors jouée e par le groupe et un orchestre classique lors de deux soirées historiques au Rainbow Theatre de Londres.

Lors de ces deux concerts, de nombreux « special guests » rejoindront les Who sur scène. Parmi ceux-ci citons David Essex, les chanteuses Maggie Bell et Sandy Denny, Steve Winwood, Rod Stewart, Richie Havens ou encore Ringo Starr. Enregistré par la BBC, cette version « orchestral » circule aujourd’hui sous forme de « bootleg » (live pirate).

En 1975, Tommy est adapté au cinéma par le réalisateur britannique Ken Russell, assisté à la production par Robert Stigwood, ex-collaborateur de Brian Epstein.

De nombreuses « guests stars » sont conviées : Eric Clapton, Tina Turner, Elton John mais aussi Arthur Brown ou encore l’acteur américain Jack Nicholson.

Finalement en 92/93, Pete Townshend et Des McAnuff adoptent Tommy au théâtre sous forme d’une comédie musicale. Townshend effectue quelques modifications dans les paroles et compose spécialement un nouveau titre pour l’occasion « I Believe My Own Eyes ». En 2015, le groupe Hillbenders adopte l’album en bluegrass avec l’accord de Townshend et Daltrey.

 

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