Les 50 ans de l'album "Plastic Ono Band – John Lennon"

À l’occasion du 50e anniversaire du "véritable" premier album de John Lennon, nous revenons sur la création de celui-ci, un élan de liberté pour l’artiste qui l’aidera à refermer le chapitre Beatles.

Le premier véritable album solo de Lennon ?

Plastic Ono Band est le premier "véritable" album solo de John Lennon, il sort le 11 décembre 1970.

"Véritable" premier album, parce qu’il s’agit du premier album solo de John Lennon à avoir un format, plus traditionnel, c’est-à-dire pop rock. En effet, avant de sortir cet album, John Lennon a déjà sorti auparavant trois disques de musique expérimentale, des albums qu’il a alors cosignés en compagnie de Yoko Ono.

On précisera aussi que la sortie de cet album est précédée d’un an par celle du live Live Peace in Toronto 1969, un live sur lequel on retrouve notamment Eric Clapton à la guitare.

Le nom de l’album Plastic Ono Band est une référence à ce groupe expérimental que John et Yoko ont fondé en 1969, une formation dans laquelle on retrouvera différents musiciens.

Un des plus fidèles musiciens que l’on retrouvera dans celui-ci, ainsi que sur la plupart des albums solos de John Lennon d’ailleurs, c’est la bassiste Klaus Voormann. Voorman qui est l’ami des Beatles depuis leur début à Hambourg. C’est aussi lui qui signera la pochette de l’album Revolver.

Klaus sera aussi l’un des bassistes du groupe Manfred Mann (il jouera quelques années avec eux et prendra la place laissée vacante par le bassiste Jack Bruce alors parti former Cream).

La thérapie primale

L’idée du concept de l’album provient en fait d’une thérapie qu’ont suivie alors John et Yoko. Cette thérapie c’est la thérapie primale (Primal therapy), méthode très controversée créée par le psychologue américain Arthur Janov, thérapie, qui, pour l’anecdote inspirera également son nom au groupe de rock américain Primal Scream.

Celle-ci va entraîner John Lennon à sortir toutes ses angoisses, ses peurs, toute la peine qu’il a accumulé étant enfant, le sentiment d’abandon, d’isolement et le fait de vivre avec la mort de sa mère… Et de les "recracher" à travers cet album.

Plastic Ono Band de John Lennon est donc un album très personnel et autobiographique.

On notera d’ailleurs que Yoko, qui a donc suivi la même thérapie, sortira également son album Yoko Ono/Plastic Ono Band, album avec les mêmes musiciens, enregistré dans les mêmes studios, album qui sortira également le même jour soit le 11 décembre 1970.

 

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Les 50 ans de l'album "Plastic Ono Band - John Lennon" © Anthony Cox - Getty Images

Un album volontairement épuré et minimaliste

Le disque est enregistré au studio 2 d’Abbey Road et est produit par Phil Spector.

Sur ce disque, il n’y a pas beaucoup d’effets, de filtres sur le son. C’est un son très intime. Les seuls effets utilisés seront quelques petits échos sur certains titres mais rien de très important, il n’y a pas d’arrangements grandiloquents comme sur d’autres productions de Phil Spector. Tout est ici très simple, très naturel. Spector va véritablement se concentrer pour que le son que l’on retrouve sur cet album, soit le plus clean, le plus naturel, le plus dépouillé possible.

Phil Spector est ici encore "normal" et n’a pas encore les comportements violents et n’a absolument rien du personnage dingue, incontrôlable, qu’il deviendra par la suite.

Une équipe réduite

Les musiciens que l’on retrouve sur l’album sont essentiellement John Lennon, Ringo Starr et Klaus Voormann. C’est le producteur Phil Spector qui jouera lui-même la partie piano d’un titre : "Love". Billy Preston, qui accompagnait également les Beatles à la fin, est également de la partie sur le titre "God".

Working Class Hero

Un des titres majeurs de cet album est sans aucun doute le superbe "Working Class Hero", un titre très caustique et très politique dans lequel John Lennon dénonce les inégalités sociales et le fait d’être enfermé dans la classe sociale la plus basse quand on naît dans une famille d’ouvriers.

On notera aussi que c’est aussi l’un des premiers titres dans lequel on entendra le terme "fucking" (chose devenue très courante voire habituelle de nos jours).

On précisera aussi que Marianne Faithfull en enregistrera une superbe version sur son album Broken English (en 1979) et que David Bowie, Marilyn Manson, Ozzy Osbourne, Mark Lanegan ou encore Roger Taylor de Queen enregistreront eux aussi leur propre version hommage à ce grand classique de l’histoire du rock.

Un titre chroniqué par Félicien Bogaerts dans le feuilleton "John Lennon, 40 ans déjà" disponible en pocast.

Entre joie et tristesse

D’après ce que Klaus Voormann avait confié à Laurent Rieppi en interview, l’atmosphère en studio était très particulière. D’une part, il y avait une ambiance de joie, très heureuse durant les sessions d’enregistrement de l’album.

John et Yoko sortaient de cette fameuse thérapie primale et étaient très ouverts aux émotions et ouverts d’esprit en général. Ils se laissaient aller à leurs émotions directes, ils pleuraient, ils rigolaient beaucoup… Il y avait toujours cette atmosphère spéciale mais très positive. Ringo, lui, était plutôt triste. Il était certes content de continuer à travailler avec son ami John, mais il se rendait compte que ce n’était plus le même John qui jouait dans les Beatles.

John Lennon avait beaucoup changé et Ringo avait du mal à l’accepter.

Récemment, Ringo Starr, Paul McCartney et Yoko Ono se sont exprimés pour rendre hommage à Lennon, disparu il y a 40 ans.

"God"

"God" est un titre dans lequel John Lennon évoque le fait de refuser, de ne pas croire en toutes les idoles, les leaders d’opinions, la religion, toute forme de régime politique ou encore aux stars du rock.

Un titre qui se résume en cette phrase incroyable : "I don’t believe in Beatles, I just believe in me" ajoutant un peu plus tard qu’il était auparavant le morse (The Walrus, en référence à la chanson "I’m The Walrus" des Beatles) et qu’il est maintenant tout simplement "John". Les masques tombent, il est maintenant lui-même, il ne peut compter que sur une personne, sur lui-même "the dream is over"…

Klaus Voormann expliquera, plus tard, que lors de la session d’enregistrement de ce titre, John Lennon va véritablement se démolir la voix, tellement il va ressentir, crier, cracher ces paroles en dehors de son système. En se libérant de tout ça, sa voix s’affaiblira de plus en plus mais il continuera à enregistrer et à donner le meilleur de lui-même.

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