Les 50 ans d'In Rock de Deep Purple

Les 50 ans d'In Rock de Deep Purple
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Quatrième album de Deep Purple, "In Rock" est considéré comme l’un des albums fondateurs du hard rock et du heavy metal. À l’occasion de son 50e anniversaire, nous revenons sur sa création.

“In Rock” est le quatrième album de Deep Purple. Il sort au mois de juin 1970. Aux côtés des deux premiers albums de Led Zeppelin et de Black Sabbath, il fait partie de ces albums majeurs, fondateurs du hard rock, mouvement musical qui va enflammer toute une partie des scènes britanniques et américaines dans les années 70.

Si les 3 premiers albums du groupe étaient déjà très intéressants, " In Rock " va propulser Deep Purple au sommet, c’est l’album qui va leur permettre de devenir des superstars du rock. Si, sur les 3 premiers albums, Deep Purple était encore à la recherche de son identité (il proposait alors une sorte de mélange entre les son de Vanilla Fudge, des Doors ou encore des Beatles), sur " In Rock " Deep Purple va enfin définir son propre son, un son violent, incisif et radical. On n’a alors jamais entendu un son aussi saturé à l’époque.

Les adolescents vont se régaler en entendant cette véritable explosion sonore venue d’ailleurs. Leurs parents, eux, n’y verront qu’un assourdissant mélange de bruits, certains d’entre eux considéreront même cela comme "la musique du diable"…

Ce qui va amener ce nouveau son, cette nouvelle identité à Deep Purple, ce sera avant tout un changement au niveau de leur formation. A cette époque, Deep Purple décide de se séparer de son bassiste Nick Simper (au jeu de basse trop "dépassé" selon les autres membres du groupe) et de leur chanteur Rod Evans (que les autres considèrent comme incapable de s’adapter à un son plus hard).

Pour les remplacer, Deep Purple choisit deux musiciens d’Episode Six, un groupe alors pratiquement inconnu. Il s’agit du chanteur Ian Gillan et du bassiste Roger Glover

Rapidement, Deep Purple enregistre " Hallelujah ", un nouveau titre, avec ce nouveau line-up que l’on appellera plus tard la Mark II et qui reste aujourd’hui la meilleure et la plus célèbre formation de Deep Purple (formation dans laquelle on retrouve donc, le chanteur Ian Gillan, le guitariste Ritchie Blackmore, le claviériste Jon Lord, le bassiste Roger Glover et le batteur Ian Paice).

L’enregistrement de ce premier titre bouclé, Deep Purple se lance dans un projet mélangeant rock et musique classique, un concept cher à Jon Lord.

En septembre 1969 sort le  "Concerto for Group and Orchestra", un enregistrement réalisé en live par Deep Purple et en orchestre classique au célèbre Royal Albert Hall de Londres.

La critique sera très partagée à l’époque, certains y verront un coup de génie visionnaire, d’autres y verront un horrible désastre. Quoi qu’il en soit le public ne suit pas du tout, et l’album est un échec commercial cuisant.

" In Rock ", le prochain album, doit effacer cet échec et redéfinir totalement le son et l’image du groupe.

Ritchie Blackmore : " J’en avais marre de jouer avec un orchestre classique. In Rock c’était, d’une certaine façon, ma façon à moi de me rebeller contre cet élément ‘musique classique’ qui était associé au groupe. Ian Gillan, Roger Glover et moi voulions faire un album de hard rock, on voulait juste jouer du rock’n’roll quoi. Vous savez quand vous jouez dans un endroit comme le Royal Albert Hall devant un public bras croisé et que vous voyez à vos côtés un violoniste qui se bouche les oreilles dés que vous touchez à une guitare… Bien… Ce n’est pas très motivant quoi".

En juin 1969, Deep Purple souhaite donc tourner la page et prouver de quoi il est capable.

Les membres du groupe se rendent alors au Hanwell Community Centre, un vieux bâtiment londonien, pour débuter les séances de répétitions de ce qui deviendra l’album " In Rock". 

L’endroit est très pratique pour les membres du groupe. Non seulement il est situé à côté de chez eux mais, en plus, il est disponible en permanence. Autre point important, ils peuvent aussi y faire un maximum de bruit sans trop déranger le voisinage.

La plupart de l’album sera créé là-bas. Anecdote amusante sur les répétitions d’In Rock, un groupe portant le nom de Spice (qui ne tarderont pas à se renommer " Uriah Heep ") sera occupé à répéter dans le local d’à côté.

Cela énervera d’ailleurs Ritchie Blackmore qui racontera que, dès que les musiciens de Deep Purple avaient trouvé un riff, ils l’entendaient jouer par les futurs musiciens d’Uriah Heep quelques minutes plus tard.

" Speed King ", l’un des grands classiques de l’album, est proposé par l’un des deux nouveaux venus, le bassiste Roger Glover.

Roger Glover : "C’était super, j’étais dans un groupe dans lequel je pouvais proposer tout ce que je voulais. Ils étaient toujours heureux de bosser sur un nouveau titre. Au début, j’étais vraiment impressionné par leur habileté musicale. Un des premiers titres que nous avons composé, c’était Speed King, une idée que j’avais proposée. Ritchie était à la recherche d’un morceau pour débuter l’album et j’avais justement ce titre en tête…".

Roger Glover résumera très bien l’esprit de l’album de nombreuses années plus tard : " Nous jouions de nos instruments de façon la plus dure possible. Les amplis et les diffuseurs étaient à fond. Le son saturait les bandes. Si je devais retenir une seule image de l’enregistrement d’’In Rock’, ce serait celle des VU mètres sur les consoles, toujours en train de pomper au maximum, toujours dans le rouge…".

Après avoir passé 3-4 semaines répétitions intensives au Hamwell Community Centre, il est temps pour le groupe de se rendre en studio pour boucler l’album " In Rock "… 

" In Rock " est enregistré dans 3 studios différents : l’IBC studio, le De Lane Studio (ou sera enregistré la majorité des titres) et l’Abbey Road Studios.

Contrairement à l’album studio précédent (" Deep Purple " – 1969), le groupe décide de produire lui-même l’album.

Très jeune et pas encore très discipliné, ce choix engendrera une situation un peu confuse, voire tendue en studio…

Ian Gillan : " Tout le monde était autour de la table en train de dire : ‘Je n’entends pas ceci, je n’entends pas cela’, et ensuite Blackmore m’a répondu, alors que j’étais en train de lui dire que je n’entendais pas ma voix : ‘hé, tu te prends pour qui toi, pour Tom Jones ?’ ".

Lorsqu’ils enregistrent In Rock, Deep Purple doit souvent s’interrompre pour aller donner de nombreux concerts. Alors que cette situation peut sembler dérangeante (et qu’elle le sera bien plus tard pour le groupe), elle est ici particulièrement propice au bon déroulement des choses :

Ian Paice : " On essayait différents plans sur scène, bien avant que ce ne soit véritablement des morceaux. Alors, quand on arrivait en studio, on ne savait pas encore à quoi la pièce finale ressemblerait, mais, au moins, on avait commencé à la construire sur scène. Et si ça ne marchait pas sur scène, et bien on changeait, et quand on revenait en studio, on savait que si cela fonctionnait en concert, cela devait fonctionner sur l’album. Cette façon de travailler à vraiment permis d’élaborer la structure de nombreux morceaux dans nos esprits ".

Child in Time

" Child In Time " est un autre grand classique présent su cet album "In Rock".

Pour composer ce superbe titre, Deep Purple va s’inspirer du titre "Bombay Calling", issu du répertoire du groupe américain "It’s A Beautiful Day".

Ils en reprendront le riff de clavier et puis commenceront à jammer autour, ce qui finira par donner ce "Child In Time", grand classique de l’histoire du rock.

On notera d’ailleurs que pour l’anecdote, It’s A Beautiful Day en profitera également pour puiser des idées dans le catalogue de Deep Purple en "empruntant" le riff du titre "Wring That Neck " pour une de leur composition.

Ritchie Blackmore utilisera beaucoup le vibrato sur l’album In Rock. Interrogé par un journaliste à l’époque de la sortie d’In Rock, il expliquera qu’il avait eu l’idée d’utiliser le vibrato après avoir assisté à un concert du James Cotton Blues Band au Fillmore East. Il précisera aussi que l'influence d’Hendrix aussi l’aura incité à perfectionner son jeu au vibrato.

Quelque chose de tout à fait original sur l’album c’est l’utilisation de l'orgue hammond de Jon Lord. Ici l’orgue n’est pas un instrument de second plan et est même parfois l’instrument principal. Ainsi les riffs sont parfois signés par le clavier, alors que la guitare se charge du reste et vice-versa.

" In Rock " connait un succès considérable à sa sortie dans les charts britanniques. Il se classera à la 4e position et restera présent dans les charts pendant plus d’un an.

Hard Lovin-Man

Ce titre est probablement le plus hard, le plus "destroy" de tout l’album. D’après les musiciens du groupe, il résume très bien l’état d’esprit de Deep Purple à l’époque.

C’est aussi l’un des premiers titres sur lequel Deep Purple va travailler en compagnie de l’ingénieur du son Martin Birch, qui ne tardera pas à devenir leur ingénieur du son attitré pour les albums suivants (et qui deviendra, également ,plus tard, un très célèbre producteur de hard rock/heavy metal en travaillant notamment avec Iron Maiden, Whitesnake, Rainbow ou encore Blue Oyster Cult).

Roger Glover à propos de " Hard Lovin Man " : "C’est mon titre préféré de l’album. Ce titre pour moi capture le véritable caractère du groupe à l’époque : sa puissance, sa composition, ses expérimentations, deux superbes solos, une attitude exubérante… On y ressent un groupe qui s’est enfin trouvé, qui a trouvé son ‘son’".

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