Les 50 ans d’Aqualung de Jethro Tull

Aqualung est un album majeur de l’histoire de Jethro Tull et également l’un de ses plus grands succès commerciaux. À l’occasion de son 50e anniversaire, nous revenons sur les circonstances qui entourent son enregistrement.

L'album de la consécration

Ian Anderson © Tous droits réservés

Après avoir débuté sur des bases très bluesy sur son premier album, This Was, en 1968 en compagnie du guitariste Mick Abrahams, le groupe se focalise sur un son folk rock voire même complètement rock sur les albums suivants, à savoir : Stand Up (1969) et Benefit (1970). Ce changement de sonorité et d’orientation est dû, en partie, à l’arrivée du guitariste Martin Barre, qui devient alors LE guitariste de la formation.

Jethro Tull a, petit à petit, durci son son et a même déjà flirté avec le hard rock sur certains extraits de l’album Benefit. Sur Aqualung, Jethro Tull, plus que jamais, mélangée ces différentes influences pour nous offrir un album exceptionnel.

 

A sa sortie, les critiques s’amusent à étiqueter l’album et le classe dans le rayon "concept album", une catégorisation qui agace Ian Anderson, chanteur, flûtiste, multi-instrumentiste et tête pensante du groupe.

Dans une interview, en 1991, vingt ans après la sortie de l’album, il se souvient :

Tout le monde a toujours cru qu’Aqualung était un concept album et qu’il était même l’un des premiers du genre. Mais ce n’est pas le cas, et ce ne fut pas le cas des albums qui suivirent d’ailleurs… Tout le monde pensait qu’il s’agissait d’un concept album parce que certains titres traitent d’un même sujet. Mais d’autres titres présents sur l’album n’ont rien à voir avec cette thématique…

Car si certains titres parlent en effet de sa vision de Dieu et critiques les méfaits des religions, d’autres titres évoquent les sans-abri ou encore de ses angoisses d’adolescence. Ian Anderson y verra bien plus "une collection de titres", qu’un album focalisé sur un seul et même sujet.

Aqualung, un personnage plutôt malsain…

Aqualung, l’album, puise son nom dans le personnage qu’il évoque dans la plage titulaire : un ivrogne, sans-abri avec des tendances pédophiles qui a d’importants problèmes pulmonaires (d’où le nom "Aqualung" qui signifie littéralement poumon aquatique).

C’est la photographe Jennie Franks, qui était encore Jennie Anderson à l’époque, qui inspirera le musicien pour créer ce personnage.

Ian Anderson :

J’étais marié depuis un peu plus d’un an à l’époque et ma femme, Jennie, plutôt que d’être une simple femme au foyer, a commencé à développer sa propre carrière et à s’intéresser à la photographie. Elle photographia alors le monde de la rue, les sans-abri de Londres et d’ailleurs. Puis elle a ramené une photo qui m’a inspiré

Jennie Anderson cosigne d’ailleurs les paroles du titre avec Ian Anderson, tous deux inspirés par ces photos de clochards britanniques…

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En studio aux côtés de Led Zeppelin…

L’album Aqualung est l’un des premiers albums à être enregistré dans les (alors) nouveaux studios d’Island Records à Basing Street à Londres.

Les sessions d’enregistrements se déroulent de décembre 1970 à février 1971.

Alors que Jethro Tull est en train d’enregistrer ses nouveaux titres dans le plus grand studio disponible, Led Zeppelin est en train de mixer son quatrième album dans le petit studio à côté.

Les sessions d’enregistrement d’Aqualung sont d’ailleurs souvent interrompues par Jimmy Page qui venait souvent jeter un œil à l’avancement du travail. Jimmy Page déclarera d’ailleurs plus tard être un grand fan des riffs de guitare de Martin Barre.

D’après certaines déclarations des musiciens, un esprit de compétition oppose les deux groupes et il y a principalement une rivalité entre Ian Anderson et Robert Plant.

Ian Anderson se souvient de l’enregistrement de l’album, de nombreuses années plus tard :

Les studios Island venaient d’ouvrir et Led Zeppelin et nous étions en train de travailler sur un album parallèlement. Je ne pense pas qu’aucun d’entre nous, que ce soit dans Jethro Tull ou au sein de Led Zeppelin, ait particulièrement apprécié de travailler là-bas à cette époque. Il y avait toujours des problèmes dans les nouveaux studios, notamment des problèmes d’écoute. Par la suite, dans les années qui suivirent, les choses ont été plus simples et le design des studios, des moniteurs et des enceintes est devenu standardisé ce qui a fortement simplifié les choses.

Outre ces soucis techniques, d’autres problèmes rendent le travail en studio particulièrement compliqué.

Ian Anderson :

Nous revenions d’une importante tournée américaine et nous avions une deadline très serrée. Il y avait beaucoup de pression sur le groupe à l’époque. On était fatigué, physiquement et émotionnellement parlant. On était devenu assez populaire aux Etats-Unis, et très populaire en Angleterre, en Allemagne et dans d’autres pays. Je ne dirai pas que nous étions déjà des stars, mais on était probablement plus des stars qui tous ces groupes qui défilaient dans l’émission Top of The Pops. Ce n’était pas un album simple à enregistrer, ni même amusant d’ailleurs. Je me souviens avoir été assez effrayé par certaines difficultés que nous avons rencontrées ainsi que de l’avoir enregistré dans un milieu plutôt hostile.

 

Du changement dans l'équipe...

Jethro Tull Perform At Isle Of Wight Festival © 1970 David Redfern

L’un des éléments qui fera le succès du Jethro Tull sera bien entendu le son de la flûte de Ian Anderson Le musicien, particulièrement influencé par le flûtiste de jazz Roland Kirk, est en grande forme sur l’album.

Sa légendaire tenue en équilibre sur une jambe fera également partie intégrante de l’image du groupe à l’époque.

Aqualung marque aussi quelques changements importants dans le line-up de Jethro Tull

En effet, Glen Cornick, bassiste du groupe depuis ses débuts, le quitte définitivement après l’enregistrement du précédent album, Benefit.

Son remplaçant sur est Jeffrey Hammond, un ami d’enfance de Ian Anderson, qui officiera au sein du groupe pendant 5 ans.

Autre changement dans la formation, il s’agit de l’ajout du claviériste John Evan, un musicien que l’on retrouvait déjà en "guest" sur Benefit. John Evan devient un des éléments clefs du groupe et l’accompagne jusqu’à l’album Stormwatch (sorti en 1979).

Les parties d’orgues, de mellotron et surtout de piano sont particulièrement impressionnantes sur cet album Aqualung. L’introduction de "Locomotive Breath", un des meilleurs titres du groupe, nous démontre bien le doigté et le talent de John Evan.

A propos de la thématique du morceau, Ian Anderson explique, de nombreuses années plus tard :

Il y a bien entendu cette idée du train qui m’a obsédée sur plusieurs titres. Cette idée de ce train, lancé à pleine vitesse, et complètement incontrôlable, tout comme la vie en fait. Mais ce genre de morceau n’est pas spécialement fait pour que l’on s’attarde sur les paroles, il est plutôt conçu pour que l’on tape des pieds en l’écoutant.

Un succès conséquent

Photo of Ian ANDERSON and JETHRO TULL © Redferns

Aqualung, l’un des sommets de Jethro Tull, le meilleur album selon certains, connaît un véritable succès commercial.

A sa sortie, il se classe à la 7e position des charts US et la 4e place des classements britanniques.

Si on pouvait avoir l’impression que le groupe cherchait son "son" sur les précédents albums, Aqualung définit le son du groupe pour les années qui suivent…

Ian Anderson, particulièrement agacé par les journalistes qui voulaient absolument qualifier Aqualung de ‘concept album’, se vengera en sortant l’année suivante (en 1972) l’album Thick as a Brick, un album qui se moquera ouvertement de la presse et se composera uniquement de deux titres de plus de 20 minutes.

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