Les 45 ans de Wish You Were Here de Pink Floyd

"Wish You Were Here" est le neuvième album de Pink Floyd, il est sorti le 12 septembre 1975.

L’après Dark Side…


A la fin de l’année 73 et au début de l’année 74, Pink Floyd s’accorde un court repos bien mérité David Gilmour et Nick Mason, s’occupent alors de projets parallèles. Gilmour aide notamment la très jeune Kate Bush (âgée en 1973 de 15 ans) et l’invite dans son home studio pour y effectuer ses premiers enregistrements professionnels.

Nick Mason, le batteur, lui, produit Robert Wyatt, grande figure du rock progressif, issu de ce que l’on appellera la scène de Canterbury.

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Les 45 ans de Wish You Were Here de Pink Floyd © Steve Morley - Redferns

Retour en studio

Pink Floyd retourne en studio au début de l’année 1974 pour commencer à travailler sur de nouvelles idées. L’ambiance est particulière Le groupe a alors atteint le statut de superstar avec l’album "The Dark Side of The Moon" et les tournées qui ont suivies. La pression est énorme, et l’entente entre les différents membres du groupe commence à se dégrader.

Nick Mason se souviendra : "C’était un disque très difficile à réaliser. Roger devenait de plus en plus irritable. On devenait vieux. Nous avions des enfants… Il y avait beaucoup plus de problèmes entre nous, les gens arrivaient en retard au studio, ce que nous n’aimions pas du tout. Il y avait aussi beaucoup de pression sur moi pour que je sois plus précis et moins volage dans mon jeu. Mais je pense que c’est un album qui est très cohérent. C’est une sorte de descendant de l’album "Meddle", aussi bien au niveau de la démarche que concernant l’utilisation de thèmes récurrents".

Roger Waters ajoutera : "Wish You Were Here était un très bon titre pour l’album. J’ai souvent dit que l’album aurait dû s’appeler Wish We Weren’t Here parce que nous n’étions pas vraiment là tous ensemble".

C’est justement Roger Waters qui va développer le concept de cet album. "Wish You Were Here" se veut un hommage à Syd Barrett, l’ancien leader du groupe, dont les autres membres ont dû se séparer quelques années plus tôt parce qu’il sombrait tout doucement dans la folie suite, notamment, à l’utilisation de différentes drogues dont le LSD.

Les musiciens, impuissants lors de sa descente aux enfers, se sentiront un peu coupables de l’avoir laissé tomber… Roger Waters et David Gilmour essayeront, chacun à leur façon, de l’aider en produisant respectivement les albums solos de Syd Barrett dans le début des 70’s. Mais la chute de Barrett continuera…

Welcome To The Machine

Sur "Wish You Were Here", on retrouve une excellente composition de Roger Waters intitulée "Welcome To The Machine". Le titre, chanté par le guitariste David Gilmour, évoque bien entendu la vie de Syd et ici particulièrement la pression qu’exerçaient sur lui les producteurs et managers du groupe à l’époque. Véritable artiste dans l’âme, Barrett avait beaucoup du mal avec l’aspect commercial que l’on voulait donner à sa musique.

Roger Waters omniprésent…

Waters, à partir de l’album "Wish You Were Here", va se montrer de plus en plus présent. Trop penseront même certains. Si on n’est pas encore au niveau de contrôle quasi-total des albums suivants "Animals" et "The Wall", on sent déjà bien ici que Waters s’impose de plus en plus. Tout d’abord ce concept "Wish You Were Here", hommage à Syd Barrett, est son idée.
Puis, quand on observe bien les crédits des titres présents sur l’album, Waters est omniprésent dans la composition des morceaux, laissant de moins en moins de place aux autres. Il est également le chanteur du célèbre "Shine On You Crazy Diamond" qui est décliné en deux parties et qui occupe une bonne partie de l’album.
Pour la réalisation de l’album "Wish You Were Here, David Gilmour, au départ, souhaite s’aventurer dans un album plus musical, avec de longues plages. "Shine On You Crazy Diamond" doit être, à l’origine, une longue plage un peu dans le genre du célèbre Echoes issu de l’album "Meddle" sorti en 1971. Mais Waters n’est pas d’accord et propose plutôt de diviser ce titre en deux parties pour ouvrir et refermer l’album. De nombreuses années plus tard Gilmour admettra que l’idée de Roger était meilleure que la sienne et qu’il valait effectivement mieux séparer le morceau en deux.

Une dernière véritable collaboration


Le résultat est absolument superbe. La base musicale du titre va se reposer sur ces 4 notes de guitare, la signature du morceau. Quand Gilmour va jouer ses 4 notes lors d’une répétition, tout va se mettre en route naturellement, le groupe va jammer et le titre va prendre forme.
"Shine On You Crazy Diamond" est d’ailleurs la dernière véritable composition collective Waters/Wright/Gilmour. Pour la dernière fois les 3 musiciens vont unir leurs créativités pour créer ce titre qu’ils joueront tout d’abord sur scène sous le nom de "Shine On" durant l’année 74 puis qu’ils enregistreront au studio Abbey Road dans le courant de l’année 1975…
 

Le travail de Brian Humphries

"Wish You Were Here" est enregistré à Londres à Abbey Road dans le célèbre studio 3. A l’époque de la sortie de l’album “Wish You Were Here”, Pink Floyd est devenu un groupe superstar. L’immense succès de l’album "The Dark Side of the Moon" les a menés aux sommets. Ainsi à la sortie de l’album, soit parce qu’ils sont réellement indisponibles ou peut-être parce qu’ils ont un peu le gros cou, les musiciens vont refuser toute interview concernant la réalisation de l’album.
C’est leur ingénieur en son en chef qui va répondre pour eux. Il s’agit d’un certain Brian Humphries, qui avait déjà bossé avec le groupe sur "Ummagumma", sur les bandes originales de "More" ou encore de "Zabriskie Point" ainsi que lors de prestations live. En novembre 74, Humphries rejoint officiellement l’équipe Pink Floyd et devient leur ingénieur du son.
Humphries prend donc la place d’Alan Parsons, ingé son qui avait fait de véritables miracles sur "The Dark Side of the Moon", l’album. Parsons, ne fait plus partie de l’équipe Pink Floyd, parce qu’il est maintenant trop occupé par son propre groupe : l’Alan Parsons Project.
Mais, Humphries, son remplaçant, va s’avérer tout à fait à la hauteur. Le son de Wish You Were Here est tout simplement fabuleux. Lors d’une interview qu’il accordera au Circus magazine à la sortie de l’album, en octobre 75, Humphries expliquera : "Les sessions d’enregistrement de l’album ont commencé en janvier 75 et ont eu lieu dans les studios d’EMI/Abbey Road. Généralement EMI ne permet pas l’accès au studio à des ingénieurs du son extérieurs à leur équipe, mais Pink Floyd a tout fait pour que l’on me permette de travailler au studio quand même. Le gros problème c’était qu’ils venaient tout juste d’installer une nouvelle console en studio, et nous étions les premiers à l’utiliser. C’était une 24 pistes et même si, généralement, je m’adaptais rapidement aux nouveaux systèmes, ici la configuration était particulièrement difficile. Ça a été assez complexe, à un tel point que lors de 3 premières semaines nous avons enregistré "Shine On You Crazy Diamond" - soit près de la moitié de l’album – à 3 reprises ! La première fois parce que le groupe n’aimait pas la prise et trouvait qu’il pouvait mieux faire et la seconde parce que – comme quelqu’un avait tripoté un bouton qu’il ne fallait pas – il y avait un écho qui s’était ajouté involontairement sur la piste des toms. Donc l’ensemble du morceau, les deux parties, de plus de 20 minutes étaient inutilisables".

Des morceaux testés sur scène


La plupart des titres présents sur "Wish You Were Here" sont des morceaux que Pink Floyd avait déjà testé sur scène l’année précédente, en 1974. Brian Humphries précisera ceci à la sortie de l’album en 1975 : "Ils jouent le même set sur scène depuis noël dernier, donc ils maîtrisent parfaitement les morceaux. Cependant, il y a eu quelques changements en studio par rapport aux idées originales".

Brian Humphries concernant l’utilisation de cette nouvelle console, au top de la technologie pour l’époque, témoignage de 1975 : "On a utilisé la console à ses capacités maximales. Il y a eu tellement de choses dans cet album, les pistes rythmiques de bases et puis les différents solos, de guitare, de moog, de sax ainsi que de très nombreuses pistes vocales. Ainsi si vous utilisiez une piste pour chaque solo, vous arriviez rapidement à dépasser les 24 pistes. Donc ce que nous avons fait, c’est combiner plusieurs solos sur une même piste. Si on avait voulu tout séparer par piste, on serait probablement arrivé à remplir 40 pistes, ce qui n’était pas possible à l’époque. Ça a été un peu compliqué à mixer mais on y est arrivé".

Dans la même interview Brian Humphries précisera les choses par rapport au mixage. : "Floyd est le premier groupe que je connais qui assure lui-même le mixage. Lorsqu’ils m’ont expliqué que comme ils écrivaient et jouaient leur propre musique, ils avaient besoin de savoir comment tout cela allait être mixé, j’ai tout de suite compris leur point de vue. Cependant, pour Dark Side, ils ont eu tellement marre qu’ils ont refilé le mix à quelqu’un d’autre. Pour " Wish You Were Here ", le mix a été essentiellement réalisé par David, Roger et moi. La contribution de Nick a été peu importante et celle de Rick aussi. En fait, c’est surtout Roger qui a supervisé l’ensemble. Je pense que Roger est – d’une certaine façon – Pink Floyd et je dis cela avec tout le respect que j’ai pour les 3 autres. C’est véritablement Roger qui contrôle l’aspect studio dans le groupe et, après tout, c’est normal, c’est quand même lui qui écrit tous les morceaux…".

Have a Cigar et la frustration de Waters

Waters ne va pas être capable de chanter le titre "Have a Cigar" sur l’album, tout simplement parce qu’il s’est cassé la voix en chantant Shine On You Crazy Diamond, qu’il a voulu reprendre à de nombreuses reprises pour essayer d’atteindre une certaine perfection. Waters ne peut chanter et, Gilmour, lui, ne veut pas chanter ce titre, ils tentent d’enregistrer une version ensemble (NDLR : disponible depuis sur les nombreuses rééditions de l’album) Pink Floyd fait donc appel à leur ami Roy Harper qui était en train d’enregistrer dans le studio d’à côté.

David Gilmour se souviendra, en 2011, de cette participation de Roy Harper à l’album de Pink Floyd. Il dira ceci : "Roger a essayé de chanter le titre et une ou deux personnes lui ont dit que ce n’était pas très bon. Puis, on m’a demandé d’essayer. J’ai essayé, mais je n’étais pas à l’aise avec l’intensité du titre, ça ne convenait pas à ma voix. Et je me souviens très bien que Roy était dans le coin et n’arrêtait pas de dire : ‘Allez, laissez-moi essayer, laissez-moi essayer…’. Et on lui a dit ‘Tais-toi Roy…’. Puis, le temps passait, on ne trouvait pas de solution et a fini par dire ‘Ok, allez, vas-y, essaye…’. La plupart d’entre nous avons apprécié ce qu’il a fait, bien que je pense que Roger, lui, n’a jamais vraiment aimé sa version…".
 

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Les 45 ans de Wish You Were Here de Pink Floyd © Michael Ochs Archives

La visite de Syd Barrett en studio

Alors qu’ils ne l’ont plus vu depuis de très nombreux mois, Syd Barret surprend tout le monde en apparaissant sans prévenir dans le studio d’enregistrement. Il est alors méconnaissable, chauve, sans sourcils, et a beaucoup grossi depuis la fin des années 60. Le choc est tellement important qu’aucun des musiciens de Pink Floyd ne le reconnaît à première vue, croyant qu’il s’agit du gardien du studio. La surprise est d’autant plus incroyable, que Syd arrive alors que le groupe est en train de finaliser le titre "Shine On You Crazy Diamond", l’hommage qui lui est consacré.

Il est complètement perdu et demande alors quand il doit brancher sa guitare… les autres lui répondent, gentiment, que les guitares ont déjà été enregistrées…

Un des albums favoris de David Gilmour

"Wish You Were Here" est aussi l’un des albums favoris de David Gilmour. David Gilmour déclarera, bien plus tard : "J’étais vraiment satisfait de Wish You Were Here. Je préfère l’écouter plutôt que Dark Side of the Moon. Je pense que nous y avions atteint un meilleur équilibre entre la musique et les paroles. Dark Side a été un peu trop loin dans un certain sens, trop d’importance était accordée aux paroles, et parfois les mélodies étaient négligées".

La véritable locomotive de l’album sera la superbe plage titulaire. Une des rares compositions de Pink Floyd qui sera le fruit d’une véritable collaboration entre David Gilmour et Roger Waters. On le sait, les relations entre les deux musiciens ont toujours été pour le moins compliquées. Mais sur ce titre, ils vont véritablement unir leur force pour engendrer ce titre absolument fabuleux.

Un jour, Pink Floyd est en studio, Gilmour commence alors à jouer une mélodie à la guitare, Waters lui demande alors de ralentir celle-ci… Puis les deux musiciens se mettent ensemble au travail. Pour les paroles, Waters va s’inspirer d’un poème qu’il avait écrit auparavant, un poème qu’il avait écrit pour son ami Syd Barrett qui sombrait doucement dans la folie…

Tout comme "The Dark Side Of The Moon ", “Wish You Were Here” connaît un véritable succès. L’album se place à la première place des charts albums aux Etats-Unis et en Angleterre

Il a été certifié disque d’or le 17 septembre 1975 aux Etats-Unis avec 6 millions de copies vendues à travers le monde. On estime que plus de 13 millions de copies de l’album ont été vendues à travers le monde.

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