Les 40 ans du premier album de Phil Collins "Face Value"

Un nouveau chapitre aussi bien professionnel que privé

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Face Value est le premier album solo de Phil Collins. Il sort le 9 février 1981 et marque une étape importante de la carrière du musicien britannique.

Depuis 1975 (et le départ de Peter Gabriel de Genesis), Phil Collins est devenu le nouveau frontman de Genesis. En effet, en plus d’assurer la batterie en studio et, partiellement, sur scène, Collins est alors également le chanteur de la formation.

A partir de la fin des années 70 et du début des années 80, on sent un changement de plus en plus marqué dans la musique de Genesis. L’ensemble est de plus en plus léger, de moins en moins aventureux. Genesis s’éloigne de ses racines "progressives" pour se métamorphoser en un groupe de pop rock.

Phil Collins participe au processus de création des titres de Genesis, mais il doit alors partager l’espace avec les deux autres membres du groupe : le guitariste Mike Rutherford et le claviériste Tony Banks.

Collins, qui a pris beaucoup d’assurance en devenant le leader de Genesis, a envie de passer à la vitesse supérieure et de proposer son propre album solo, un album qu’il composera lui-même, tout seul, sans l’aide de ses camarades de Genesis.

Lors du processus de création de l’album Face Value, Phil Collins traverse une période particulièrement difficile de sa vie. En effet, le chanteur est alors en plein processus de divorce.

Si sur Duke, l’album de Genesis qui sort onze mois auparavant, Phil Collins signait déjà deux titres qui parlaient des difficultés de communication au sein du couple (à savoir "Misunderstanding" et "Please Don’t Ask"), sur Face Value, pratiquement tous les titres évoquent de près ou de loin ce divorce, qui plonge Phil Collins dans un important état de dépression (Hello, I Must Be Going !, son second album solo, évoquera également cette même thématique).

Entre la maison et les studios

Pour enregistrer ce premier album solo, Phil Collins utilise une technique particulière.

En effet, il va, tout d’abord, enregistrer seul chez lui une démo sur un huit pistes dans son home studio.

Ensuite, Collins va donner cette démo à Hugh Padgham. Ensemble, ils vont transférer cette démo huit pistes sur un 24 pistes et puis réenregistrer quelques parties (des voix, des batteries) ajouter quelques overdubs etc.

Une partie de l’album est donc enregistrée chez Phil Collins et une autre au Townhouse studios à Londres. Quelques sessions supplémentaires seront également organisées au célèbre Village Sound Studios de Los Angeles (pour tout ce qui concerne les sections cuivre présentes sur l’album).

En studio, il règne une belle complicité entre Phil Collins et le producteur Hugh Padgham qui est encore au début de sa carrière. Il nous en parle au micro de Laurent Rieppi dans cet extrait d’interview (archive 2006).

Une production léchée mais pas chargée

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L’enregistrement de l’album Face Value s’étale sur plusieurs mois entre août 1980 et janvier 1981.

Padgham et Collins vont, en studio, passer beaucoup de temps pour s’assurer d’obtenir le meilleur son possible. Malgré ce perfectionnisme, ils voudront que le résultat reste très simple, que ça sonne, certes bien produit, mais pas trop chargé.

Si, par la suite, Collins sera reconnu pour travailler seul et pour enregistrer pratiquement tous les instruments lui-même (un peu à l’instar de McCartney sur certains albums), Collins est, sur ce premier album, accompagné par une sélection de musiciens prestigieux.

On retrouve donc ici : John Giblin, un collègue de Collins au sein de Brand X (le second groupe de Phil), et Alphonse Johnson à la basse.

Darryl Stuermer (le "remplaçant" live de Steve Hackett depuis 1977) et Eric Clapton (sur un seul morceau "If Leaving Me Is Easy") à la guitare.

Les cuivres d’Earth Wind And Fire, Arif Mardin aux arrangements des violons ou encore de très nombreux autres musiciens chevronnés.

Si la plupart des titres sont des compositions originales de Phil Collins, on retrouve cependant sur cet album deux reprises. Une du titre "Behind the Lines" (un titre de Genesis cosigné par Collins, Rutherford et Banks, titre qui était présent sur l’album Duke sorti quelques mois plus tôt) ainsi qu’une reprise des Beatles, la plage qui referme l’album "Tomorrow Never Knows" (qui figurait d’origine sur l’album Revolver des Beatles).

Collins et Padgham vont beaucoup s’amuser à réenregistrer ce morceau.

Ils sont tous les deux fans des Beatles et vont recréer tous ces effets de bandes joués à l’envers, un "bricolage" qui nécessitera de très nombreuses heures de travail.

Face Value est à sa sortie un véritable succès. L’album se classe à la première place des charts en Angleterre et à la 7e place aux Etats-Unis. La carrière de Phil Collins est alors bien lancée.

Un des titres qui sera responsable de cet énorme succès et sans aucun doute "In The Air Tonight", devenu ensuite un classique des prestations live de Collins.

Hugh Padgham, le producteur, revient sur cette montée "dramatique" présente dans le morceau au micro de Laurent Rieppi dans l’extrait ci-dessous.