Les 40 ans de "Moving Pictures" de Rush

Moving Pictures est le 8e album du trio canadien Rush et un des albums majeurs du rock progressif.

De nouvelles figures rythmique

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Moving Pictures est le 8e album du trio canadien Rush, il sort le 12 février 1981. Pour rappel, ce trio est composé de Geddy Lee (basse, chant), d’Alex Lifeson (guitare) et de Neil Peart (batterie).

Alors qu’en 1981, nous sommes en pleine explosion de la new wave, Rush propose ici un album plutôt rock’n’roll, avec certes l’utilisation de quelques claviers, mais dont le son est cependant bien différent de ce qui est proposé alors pas des groupes plus à la mode comme les Cure, Duran Duran ou encore Soft Cell.

Moving Pictures est enregistré entre le mois d’octobre et le mois de novembre 1980 au "Studio" (c’est simplement le nom du studio) à Morin Heights au Québec. Il suit de plus d’un an la sortie d’un autre excellent album de la formation : Permanent Waves.

On ne change pas une équipe qui marche, et l’album est produit par le groupe et le producteur Terry Brown, qui a alors déjà produit la plupart de leurs précédents albums.

Si Rush avait déjà une sérieuse réputation au Canada et aux Etats-Unis, il va encore devenir plus important et l’album Moving Pictures lui permettra de jouer dans des salles de spectacles de plus grande capacité.

Même si Moving Pictures reste dans la tradition du son "Rush", le groupe y précise sa technique musicale.

Neil Peart :

De façon générale, nous voulions essayer de nouvelles figures rythmiques pour Moving Pictures. Auparavant, nous faisions beaucoup de changement de mesures et de tempo sur les accords qui nous plaisaient. Pour Moving Pictures, nous avons voulu construire notre mélodie autour d’un bon, d’un puissant beat. Cela a engendré un développement intéressant dans notre style et dans nos compositions, et ça a d’une certaine façon donnée une unité plus puissante à notre musique

Le groupe va également faire quelques modifications sur sa façon de fonctionner lors de l’enregistrement en studio.

Contrairement aux précédents albums, les parties guitares, basses et batteries sont enregistrées séparément.

Le groupe avait alors l'habitude d’enregistrer la piste basique ensemble et puis d'ensuite réenregistrer quelques parties si c’était nécessaire.

Les musiciens s’adopteront très bien à ce fait d’enregistrer chacun leur partie. Et, vu la complexité de leur jeu, cette technique s’avérera être un véritable plus lors de la réalisation de l’album.

Comme c’est le cas de la plupart des titres du catalogue du groupe, les paroles de Moving Pictures sont signées par le batteur Neil Peart. Ce dernier, en plus d’être un batteur hors du commun, est également un très bon auteur.

"Tom Sawyer", le titre qui ouvre cet album, échappe cependant à la règle puisque les paroles sont cette fois cosignées. Neil Peart s’adjoint ici les services de Pye Dubois (auteur également reconnu pour avoir écrit la plupart des paroles d’un autre groupe de rock canadien : Max Webster).

Neil Peart :

Les paroles originales du titre sont de Pye Dubois et sont une sorte de portrait d’un rebelle des temps modernes, un individualiste à l’esprit libre. J’y ai ajouté le thème d’un personnage qui cherche à réconcilier son côté enfant à son côté adulte ainsi qu’un autre thème, celui de la différence entre ce que sont véritablement les individus et la perception qu’ont d’eux les personnes qui les fréquentent…

"Tom Sawyer" puise aussi et évidemment son nom de celui du personnage du roman : "Les aventures de Tom Sawyer" de Mark Twain.

Une pochette remarquable

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Quelques mots sur la pochette assez particulière de cet album aux multiples significations.

La première évoque ces déménageurs qui déplacent des peintures sur la pochette. La seconde évoque le fait que l’on retrouve, en arrière-plan, des personnages en larme parce que les déménageurs déplacent ces peintures qui contiennent des images émouvantes ("moving" en anglais).

La troisième concerne, finalement, l’arrière de cette pochette, et cette image dans laquelle on retrouve une équipe de cinéma en train d’enregistrer la scène que l'on retrouve sur pochette avant de l’album.

Alors pour être plus que précis, cette photo a été prise devant le prestigieux "Legislature Building" au Queen’s park de Toronto.

A noter que le groupe paiera de sa poche pour ce cliché, la maison de disques refusant de financer cette pochette, la jugeant bien trop chère à réaliser.

6 images
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Virtuosité et influence reggae

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Extrait de cet album, "YYZ" était un grand classique des concerts live du groupe.

Neil Peart :

YYZ est un véritable tour-de-force de la section rythmique du groupe, c’est-à-dire pour Geddy et moi. Ce titre fait référence au code d’identification utilisé à l’Aéroport International de Toronto. Nous avons utilisé le signal en code morse émis par la tour de contrôle comme modèle pour la section rythmique du titre. Le corps du titre est lui influencé par la fusion entre le jazz et le rock avec des artistes ou des groupes comme Brand X, Bill Brufford ainsi que certains titres de Weather Report

A noter également : YYZ sera repris par le groupe Dream Theater à leurs débuts et dont l’introduction sera également reprise par le groupe Primus sur leur titre "To Defy The Laws of Tradition" en 1991.

A préciser aussi l’influence rock-reggae sur certains titres de Rush tel que sur "Vital Signs", le trio canadien n’ayant jamais caché sa profonde admiration pour un autre trio : Police.

Des millions d’albums vendus

Moving Pictures est la première production du groupe à atteindre le statut de disque de platine (Platinum), il se classera également à la troisième place des charts US à l’époque et est aujourd’hui certifié Quadruple disque de platine (Quadruple Platinum) avec 4 millions de copies vendues aux Etats-Unis.

"Red Barchetta" est un titre à la thématique typique des chansons de Rush (ambiance "futuristique"). Dans les paroles de celui-ci, Neil Peart nous plonge dans une sorte de conte dans lequel un jeune garçon du futur emprunte le vieux "roaster" de son oncle pour se promener un dimanche. L’histoire est inspirée de celle de "A Nice Morning Drive", une nouvelle de Richard S. Foster.

Mais surtout "Red Barchetta" puise son nom d’un célèbre modèle de Ferrari : la Ferrari 166 MM Barchetta

Neil Peart, le batteur du groupe Rush est mort le 7 janvier 2020 à l’âge de 67 ans. Retrouvez notre article consacré à ses meilleurs "moments batterie".

Limelight : la technique de Neil Peart

Geddy Lee, le chanteur bassiste, déclarera à ce propos du titre : 

Limelight - d’une certaine façon -  était plus le titre qui parlait le plus de Neil sur cet album. La chanson évoque le fait d’être sous les feux des projecteurs. Elle parle de la difficulté que certains éprouvent avec la célébrité, les chasseurs d’autographes et ce manque soudain de vie privée… Neil avait beaucoup de problèmes avec ça. Je veux dire, on en avait tous, mais je pense que c’était beaucoup plus difficile pour lui dans le sens ou il est plus sensible à certaines choses que moi ou Alex ne le sommes. C’est plus difficile pour lui de vivre avec toutes ces incursions dans son espace personnel. Quand vous êtes quelqu’un qui a un réel besoin de solitude, avoir sans arrêt quelqu’un qui vient vous trouver pour vous demander un autographe est une véritable violation de votre être dans votre petit monde

Sur Limelight, les changements de rythmes vont s’enchaîner sans arrêt (de 4//4 en ¾, puis 6/8 ainsi que des parties de 6/8 avec du 4/4 joué en arrière-plan). Neil Peart va aussi s’inspirer d’une technique qu’il a apprise avec le batteur Tommmy Aldridge (bien connu des amateurs de hard rock pour avoir accompagné Ozzy Osbourne, Whitesnake ou encore Ted Nugnet), une technique de triplet de grosse caisse tout à fait impressionnante.