Les 40 ans de l'album "Scary Monsters (and Super Creeps)" de David Bowie

Les 40 ans de l'album "Scary Monsters (and Super Creeps)" de David Bowie
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Les 40 ans de l'album "Scary Monsters (and Super Creeps)" de David Bowie - © Tous droits réservés

Il y a 40 ans sortait un album majeur de la carrière du Thin White Duke, le dernier grand classique selon certains, l’album "Scary Monsters (and Super Creeps)" sur lequel on retrouve notamment le très populaire "Ashes To Ashes". Retour sur la réalisation d’un album que Bowie et le producteur Tony Visconti voulaient être leur "Sgt Pepper".

Une envie de toucher un plus large public

"Scary Monsters (and Super Creeps)" est sorti le 12 septembre 1980 et est souvent considéré par les critiques et les fans comme le dernier d’une grande série d’albums "classiques", série ayant débuté en 1969 avec l’album "Space Oddity".

Après 3 albums très expérimentaux, la Trilogie Berlinoise, excellente mais plutôt difficile d’accès, Bowie a pour intention de remonter aux sommets des charts quand il enregistre cet album. Certes il ne va pas proposer une collection de hits singles sur l’album et se laisser de la place pour l’expérimentation, mais on sent que "Scary Monsters" est pensé pour être un peu plus accessible, un peu plus grand public.

Un nouveau départ

Lorsqu’il entra en studio pour commencer l’enregistrement de cet album au mois de février 1980, David Bowie était un homme nouveau, débarrassé d’un très lourd fardeau. Le 8 février 1980, le divorce avec Angie Barnett fut acté. Les quatre années précédant le divorce furent difficiles : la garde de Duncan Jones (Zowie) , son fils, ainsi que les nombreuses paperasses administratives furent une grande source de stress pour l’artiste. Si Bowie n’était pas encore au top de sa forme, l’album "Scary Monsters (and Super Creeps)" fut une façon d’exorciser quelques-uns de ses anciens démons : sa relation tumultueuse avec Angie, la drogue, les excès.

Il expliqua bien plus tard : "Scary Monsters était comme une purge pour moi. Une façon d’éradiquer des sentiments inconfortables. C’était une façon pour moi de m’accommoder avec mon passé. Vous devez comprendre pourquoi vous êtes passé par ces différentes phases. Vous ne pouvez pas les ignorer ou les cacher dans un coin de votre esprit. C’est important de confronter tout cela, cela vous aide à mieux comprendre ce que vous êtes aujourd’hui".

La présence du titre "Ashes To Ashes" dans lequel Bowie fait référence à son personnage du Major Tom illustre parfaitement cela. Bowie, dans le texte du morceau parle de Major Tom comme d’un junkie infréquentable… Quelque part, l’album fut donc une psychothérapie musicale aux textes particulièrement soignés.

On se souviendra aussi du clip vidéo, assez énigmatique, d’Ashes To Ashes. On y retrouve Bowie déguisé en personnage de Pierrot dans des situations étranges pouvant évoque le monde du rêve ou du cauchemar. On notera que le regretté Steve Strange, du groupe Visage, y apparaissait également en tant qu’invité.

Un producteur épuisé

L’album est le dernier d’une lignée d'"albums classiques" du répertoire de Bowie et le dernier en compagnie de son ami, le producteur Tony Visconti, avant un retour de ce dernier dans le début des années 2000.

Bowie et Visconti ont beaucoup d’ambition pour cet album mais ce dernier est fatigué, travaille trop et est à la limite du burn-out.

"C’était notre huitième album studio ensemble et nous avons commencé à travailler à New York en février, où David passait maintenant une grande partie de son temps. Cependant, il y avait un problème. J’étais épuisé. Je travaillais beaucoup depuis le jour où j’ai eu mon premier hit single avec T.Rex. J’avais passé trop de temps à l’étranger et même si je travaillais au Royaume-Uni, je passais trop souvent la nuit à Londres. Alors même je m’apprêtais à partir pour New York, Mary [Hopkin] et moi étions en train de nous séparer. Je voulais être disponible pour David, et en même temps je ne voulais pas quitter Mary et les enfants pour un nouveau long projet. C’était un dilemme et, comme d’habitude, c’est le travail qui a gagné".

Une plage titre explosive

La plage titre, "Scary Monsters (and Super Creeps)" nous montre un retour à un son plus rock et plus agressif que Bowie avait abandonné suite à l’album "Diamond Dogs". Un titre qui évoque comment un gangster arrive à corrompre une jeune fille pour qu’elle devienne elle-même une criminelle. Bowie imagine l'action se dérouler dans le sud de Londres et il s’amuse ici, comme il le faisait sur d’autres titres auparavant, à adopter un accent cockney exagéré, le "mockney".

Robert Fripp, le guitariste de l’album, livre ici un superbe solo qui correspond à merveille à l’aspect violent et grinçant du titre. En 1997, pour le concert historique au Madison Square Garden de New York pour célébrer son 50e anniversaire, Bowie aura l'occasion de réinterpréter ce classique en compagnie de Frank Black des Pixies.

Le retour de Robert Fripp et la participation de nombreux invités.

Même si à l’origine, le guitariste Adrien Belew, présent sur le précédent "Lodger", était pressenti pour jouer sur l’album, il fut finalement remplacé par Robert Fripp qui avait accompagné Bowie sur "Heroes".
Pour compléter son équipe, Bowie convia également Chuck Hammer, un des guitaristes de Lou Reed. On peut entendre Chuck Hammer à la "guitare synthé" sur les titres "Ashes To Ashes" et "Teenage Wildlife".


Dans une interview accordée à Laurent Rieppi en 2012, il expliqua : "J’ai rencontré Bowie lors d’un concert que je donnais à Londres avec Lou Reed. Rapidement, des discussions ont suivi à New York concernant le futur enregistrement de titres pour l’album ‘Scary Monsters’. J’avais envoyé des cassettes à Bowie pour lui faire part de ma technique de 'Guitarchitecture' que j’avais développé. Et il a brillamment étoffé cette technique dans un titre comme ‘Ashes To Ashes’. Dans cette technique, l’accent était mis sur de nouvelles directions sonores – une tentative personnelle de faire évoluer et avancer le vocabulaire de la guitare".

À noter également sur plusieurs titres de l’album, la présence du guitariste des Who, Pete Townshend, notamment sur l’excellent "Fashion" ainsi que celle du pianiste Roy Bittan, le claviériste de Bruce Springsteen, qui était alors en train d’enregistrer l’album "The River" de Springsteen dans l’un des studios voisins.

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