Les 30 ans de "Violator" de Depeche Mode

Un album majeur

"Violator" suit d’un peu moins de 3 ans la sortie du précédent album du groupe, l’excellent "Music for the Masses", qui avait permis à Depeche Mode de connaître enfin le succès aux Etats-Unis (auparavant le succès était principalement concentré en Europe).

Avant de se lancer dans la réalisation de ce 7e album "Violator", Depeche Mode sait qu’il va devoir particulièrement s’appliquer à la réalisation de celui-ci. "Music for the Masses" a été un carton international, pas question ici de décevoir avec son successeur : "Violator" se doit d’être au moins aussi réussi que "Music for the Masses".

Pour enregistrer "Violator", Depeche Mode envisage tout d’abord de collaborer à nouveau avec David Bascombe, qui avait produit "Music for the Masses". Malheureusement, Bascombe (qui avait également collaboré au superbe "So" de Peter Gabriel) n’est pas disponible, trop occupé par un autre projet.

Depeche Mode contacte alors ensuite Brian Eno, qui est déjà, à ce moment-là, un des producteurs les plus demandés. Eno refuse catégoriquement l’offre de Depeche Mode…

Finalement c’est le nom de Flood, alias Mark Ellis, qui vient sur la table.

Ellis a déjà un sacré CV à ce moment-là (il a travaillé sur plusieurs albums de Nick Cave ainsi que sur le très célèbre "The Joshua Tree" aux côtés de U2, Brian Eno et Daniel Lanois).

Milan : les studios… et les bars

Le travail débute à Milan au printemps 89, au Logic Studios. Flood bosse en étroite collaboration avec Alan Wilder, claviériste et programmeur de Depeche Mode à l’époque.

Comme à l’habitude dans Depeche Mode, c’est Martin Gore, claviériste, multi-instrumentiste, et véritable tête pensante du groupe, qui apporte ses démos en studio. Cependant, si sur les albums précédents les démos étaient déjà très "habillées", cette fois les démos sont ici plus dépouillées, laissant ainsi de l’espace de création artistique pour les autres membres de Depeche Mode.

En l’espace de 6 semaines passées à Milan, le groupe n’enregistre que 3 morceaux (mais pas n’importe quels morceaux : ‘World in My Eyes’, ‘Personal Jesus’ ainsi que sa face b ‘Dangerous’).

Alors pourquoi le groupe enregistre si peu de titres en l’espace de 6 semaines ? Tout simplement parce que les membres du groupe passent bien plus de temps dans les bars et les clubs branchés de Milan qu’en studio…

 

Enjoy the Silence

Entre-temps sort " Counterfeit ", le premier album solo de Martin Gore. Les critiques sont bonnes à sa sortie mais l’album – composé uniquement de reprises – est une déception du point de vue commercial.

Après une courte pause au milieu de l’été 89, le travail sur "Violator" continue non plus à Milan, mais bien au Danemark, au studio PUK, là ou le groupe avait bouclé l’album précédent "Music for the Masses".

Au Danemark, le groupe commence l’élaboration d’un autre futur hit, "Enjoy The Silence".

Martin Gore voit d’abord le titre comme une sorte de ballade, mais Flood et Wilder le persuadent rapidement d’augmenter le tempo et même d’y ajouter un riff de guitare !

Martin s’exécute et Depeche Mode construit ainsi un de ses grands classiques… " Enjoy The Silence ".

Dave Gahan, chanteur du groupe : "Ça coulait tout seul. Tout semblait parfaitement coller. Nous n’avons rien forcé : c’est arrivé, tout simplement… De loin, un de nos plus grands moments".

Crise et tensions

Si tout semble se passer plutôt bien lors de l’enregistrement de Violator, une petite crise éclate. Andrew Fletcher, membre le plus effacé musicalement parlé de Depeche Mode, vit très mal le fait d’être de moins en moins écouté surtout face à Alan Wilder.

Hypocondriaque chronique et présentant de sérieux problèmes nerveux, Fletcher se rend vite compte qu’il a besoin d’aide et se passe un séjour au "Priory", un hôpital de Londres spécialisé pour "stars en crise". Fletcher y croisera ainsi notamment Lol Tolhurst, membre fondateur, batteur et claviériste des Cure.

En août, avec 8 titres en boîte, Depeche Mode quitte le Danemark pour retourner à Londres et s’établir un petit moment au studio The Church, le studio conçu et appartenant à Dave Stewart d’Eurythmics.

C’est là-bas que le groupe enregistrera les parties chants et mixera l’album.

Flood, lui, est parti rejoindre Nick Cave pour produire son album "The Good Son".

Depeche Mode, afin de terminer l’album et le mixer fait alors appel à l’ingénieur du son Steve Lyon ainsi qu’au producteur François Kervorkian (que l’on connaît aussi pour sa collaboration avec Kraftwerk, un groupe que Depeche Mode affectionne beaucoup).

François Kervorkian est une bonne recrue, il travaille bien mais est parfois un peu trop perfectionniste…

Martin Gore : "François Kervorkian constituait un contraste intéressant vis-à-vis de Flood. Mais il était terriblement agaçant comme garçon. Il avait d’étranges habitudes de travail. Vers une ou deux heures du matin, on allait se coucher en le laissant seul dans le studio. Le lendemain il y était encore ! Parfois un simple mix prenait quatre jours sans que l’on entende une seule fois le morceau en entier".

Un succès considérable

A sa sortie, "Violator" est un énorme succès. L’album se classe à la 1re position des charts en France, Belgique et en Espagne, dans le TOP 10 un peu partout dans le monde. Aux États-Unis, en l’espace d’à peine quelques mois, plus de 1.800.000 exemplaires sont écoulés.

Le groupe est à la une de la presse musicale partout dans le monde. Ce succès, il le doit notamment aux excellents singles présents sur l’album, comme le très célèbre "Personal Jesus".

Alors, on peut se demander à qui/quoi fait référence ce Personal Jesus ? En fait indirectement le titre évoque Elvis Presley comme l’expliquera quelques années plus tard Martin Gore :

"Dans le livre Elvis and Me, ‘Personal Jesus’est l’expression idolâtre que Priscilla Presley emploie pour parler de son rocker d’homme. La chanson parle de ça : comment Elvis était à la fois son mari et son mentor. Comme c’est fréquent en amour, le cœur de l’être aimé est comme un Dieu pour l’autre".

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