Les 30 ans d’Out of Time de R.E.M.

Septième album de R.E.M., il suit de plus de 2 ans et demi la sortie de Green, le premier succès international de la formation. Avec Out of Time, R.E.M. passe du statut de groupe culte à celui de groupe superstar grâce aux succès de titres tels que "Losing My Religion" ou "Shiny Happy People". Retour sur un album historique.

Changer d'instruments...

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Suite à la sortie de Green, R.E.M. embarque dans une imposante tournée mondiale lors de laquelle il utilise de nombreux éléments "multimédia" (projetant sur scène des images et un film), une tournée importante qui est donc très axée sur le visuel.

Après cette tournée couronnée de succès, le groupe s’accorde une première pause. Cela fait des années que le groupe tourne sans arrêt, ce petit "break" est donc plus que bienvenu…

Mais, à partir du printemps 1990, Peter Buck, Mike Mills et Bill Berry (c’est-à-dire R.E.M. sans son chanteur Michael Stipe) se retrouvent dans leur local de répétitions de temps en temps pour commencer, calmement, à envisager l’écriture de quelques bases musicales pour le prochain album.

Les musiciens s’entendent très bien, mais une lassitude est présente, pas entre eux, mais bien avec leurs instruments respectifs. Ils décident de réutiliser une technique testée lors de l’enregistrement de quelques titres de Green, l’album précédent, et ‘échangent’ ou ‘changent’ leurs instruments. Ainsi le guitariste Peter Buck, habitué à la guitare électrique se focalise sur le jeu de la mandoline acoustique, le batteur, Bill Berry, se concentre sur le jeu de basse et le bassiste Mike Mills sur les claviers.

Michael Stipe, lui, décide de laisser ses musiciens réaliser le travail pendant quelques semaines avant de proposer ses propres idées pour ce nouvel album.

Michaël Stipe :

Je suis resté de mon côté pendant un mois et demi pour les laisser travailler. Et quand je suis arrivé, ils avaient pas mal de nouveaux morceaux qui ne ressemblaient à aucuns autres morceaux de R.E.M. Ca restait du R.E.M. ‘classique’ mais les instrumentations étaient très différentes de ce qu’ils avaient proposé auparavant

Album mixé dans le studio de Prince

Au mois de septembre 1990, le groupe se rend au Bearsville Studios de Woodstock pour y enregistrer les pistes instrumentales. Ensuite le groupe revient à Athens, ville natale du groupe, dans un studio 24 pistes appartenant au producteur John Keane pour la suite des enregistrements (voix, overdubs, etc.).


Finalement, le mixage se déroule au studio de Prince, Paisley Park, à Minneapolis.

Pour cet album, R.E.M. s’adjoint les services de Peter Holsapple, le guitariste des dB’s, un groupe de power pop américain. Holsapple avait déjà rejoint le groupe sur scène lors de la promo de l’album précédent Green. Ici, sur Out of Time, il participe pleinement à l’enregistrement de cet album en réalisant de nombreux morceaux en compagnie du groupe.

L’ajout d’Holsapple permet à R.E.M. d’être plus libre et d’enregistrer le plus souvent dans des conditions live, tous ensemble.

Out of Time est enregistré entre le mois de septembre et d’octobre 1990 (pour ce qui est des pistes instrumentales, enregistrées en ‘live’). Cependant, les enregistrements supplémentaires (overdubs et orchestration) prennent plus de temps.


Michael Stripe

Il a fallu pas mal de temps pour enregistrer l’album à cause de toutes les instrumentations supplémentaires, mais pratiquement la moitié des morceaux de l’album ont été bouclés à la première ou la seconde prise.


Pour les instrumentations "classiques", R.E.M. engage Mark Bingham, un arrangeur/musicien avec qui Michaël Stipe avait déjà travaillé lors de sa collaboration à l’album Stay Awake : Interpretations of Vintage Disney Films, qui, comme son nom l’indique, consistait à des reprises de "classiques" de musique de films Disney.


Bingham écrit donc des arrangements "classiques" pour 8 des 11 morceaux de l’album, arrangements qui seront enregistrés par l’Atlanta Symphony Orchestra. Orchestre omniprésent sur le célèbre "Losing My Religion".

C’est en peaufinant son jeu à la mandoline que Peter Buck, le guitariste de R.E.M., conçoit mélodie principale du titre. Le bassiste Mike Mills, lui, avoue s’être inspiré du jeu de John McVie de Fleetwood Mac pour la ligne de basse de ce grand succès.
 

Shiny Happy People

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Petite précision par rapport au titre de l’album Out of Time.

A la fin de la réalisation de l’album, lorsque du mixage, R.E.M. n’a toujours pas désigné de nom pour celui-ci. Quatre pages remplies d’idées de titre pour l’album sont affichées dans le studio, mais le groupe n’arrive toujours pas à trancher. A un moment, Warner leur annonce qu’ils ne peuvent plus attendre et que si les membres de la formation n’arrivent pas à trouver un nom rapidement, Warner sera forcé de reporter la sortie du disque.

C’est alors que Mike Mills sort cette réplique, devenue mythique : "Well, we’re out of time "… Et le nom de l’album est trouvé…


Le guitariste Peter Holsapple et l’arrangeur/musicien Mark Bingham ne sont pas les seuls invités de cet album. Le saxophoniste Kidd Jordan, KRS-One, un ami rappeur de Michaël Stipe, John Keane et Kate Pierson, la chanteuse des B-52’s, sont aussi de la partie.

Pierson chante sur 2 morceaux de l’album, c’est une amie proche des membres des R.E.M., ils sont originaires du même coin et se fréquentent depuis des années.


C’est surtout sur "Shiny Happy People" que Pierson se fait remarquer. "Shiny Happy People" qui devient instantanément un classique de R.E.M.
Un morceau très amusant, très joyeux, dont l’écriture pose pas mal de soucis à Michaël Stipe…


Michaël Stipe :

J’ai rigolé pendant 2 semaines après avoir entendu la ligne de guitare de ce morceau. Je trouvais que c’était la mélodie la plus gaie que j’avais jamais entendue. Et le challenge pour moi a été d’écrire des paroles aussi remplies de joie et de bonheur que ne l’était la mélodie. C’est tellement plus compliqué d’écrire une chanson joyeuse qu’un morceau triste. C’est tellement simple de penser à des choses tristes. Je veux dire émotionnellement parlant, écrire une chanson triste et intelligente est encore assez simple, alors qu’écrire une chanson intelligente sur le bonheur est un sacré défi. Parce que le bonheur est quelque chose qu’on n’arrive pas vraiment à définir facilement…
 

Propulsé par le succès de "Shiny Happy People" et de "Losing My Religion", l’album connaît un grand succès un peu partout dans le monde. Aux Etats-Unis, il se classe à la première place des charts. Un peu plus tard, dans le courant de l’année 1992, il rafle 3 Grammy Awards : celui de "Meilleur album de Musique Alternative", de "Meilleure vidéo musicale" pour "Losing My Religion" et de "Meilleure Performance Pop par un duo ou un groupe " pour "Losing My Religion" également.


L’album a été certifié quadruple platine aux Etats Unis (avec plus de 4 millions de copies vendues) et s’est écoulé à plus de 18 millions d’exemplaires à travers le monde.

Ce succès est également la porte ouverte à l’album suivant, Automatic For The People, sorti un an et demi plus tard et sur lequel on retrouve notamment l’inoubliable "Everybody Hurts".