Les 25 ans d'"Outside" de David Bowie

Les 25 ans d'"Outside" de David Bowie
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Les 25 ans d'"Outside" de David Bowie - © Tous droits réservés

"Outside" est le nom d’un album concept de David Bowie sorti le 25 septembre 1995.


Après un début d’années 90 un peu décevant durant lequel il est occupé par l’éphémère projet de groupe "Tin Machine", David Bowie relance sa carrière solo en sortant le très bon "Black Tie White Noise" en 1993, véritable bande originale de son mariage avec le mannequin somalien Iman Abdulmajid. Sur celui-ci, Bowie renoue avec une figure important du passé, Nile Rodgers, le célèbre producteur de l’album "Let’s Dance" et musicien du groupe Chic. Sur cet album, il se fait accompagner également par une encore plus vieille connaissance, le guitariste Mick Ronson, musicien de la grande époque Ziggy Stardust. Malheureusement, Ronson, décédera quelques mois plus tard.

Le grand retour artistique de Bowie dans les 90’s


Bowie enchaîne ensuite, la même année, avec un autre album, "The Buddha of Suburbia", la bande originale d’une série télévisée produit par la BBC2.
Ces deux albums, bien que très bien reçu par la critique, sont assez "spécialisés" et plutôt réservé aux grands fans de Bowie qu’au grand public. MTV propose alors à Bowie de faire son grand retour sur l’avant de la scène et de toucher à nouveau un public plus "mainstream" en enregistrant un "Unplugged".

Boosté par la popularité de la reprise de son "The Man Who Sold The World" par Nirvana, MTV voit en Bowie l’artiste idéal pour compléter sa série "Unplugged". Mais, Bowie n’est pas du genre à être quelqu’un de prévisible et qui se trouve là où on l’attend. Il refuse alors simplement la proposition de la chaîne américaine et se lance dans la réalisation d’un nouveau projet, nettement plus expérimental et nettement plus ‘risqué’commercialement parlant.


Bowie a envie de se lancer dans un projet de grande envergure, très expérimental, et, pour ce faire, il renoue avec Brian Eno avec qui il avait fortement collaboré lors de la réalisation de sa trilogie berlinoise entre 77 et 79 (sur les albums "Low", "Heroes" et "Lodger").


En ce début 90, Brian Eno est considéré comme une véritable star, non seulement en tant que producteur et décorateur sonore des plus grands albums de U2 mais aussi en tant que père spirituel de la dance et plus principalement de la musique "ambient".
La récente version "symphonique" de l’album "Low" – réalisée par le compositeur classique Philip Glass – ne fait que renforcer l’envie de Bowie de renouer avec Eno.


La première tentative musicale entre Bowie et Eno remonte au lendemain du mariage de Bowie, à Florence, en Italie. Bowie donne une cassette de nouvelles démos à Eno et lui demande son avis. Eno propose alors un projet très ambitieux à Bowie, il lui demande de réaliser la musique qui accompagnera la cérémonie du 1.200ème anniversaire de l’Institution de Kyoto. Le projet doit être prêt pour 1994. Il n’aboutira pas mais permettra aux deux hommes de se remettre sérieusement au travail.


De nombreux projets divers sont alors envisagés : différents albums, des projets multimédia, un opéra… mais hors de toutes ces idées, un seul projet verra véritablement le jour, celui de la réalisation de l’album "Outside", dont un extrait, "I’m Deranged" deviendra le thème principal du film "Lost Highway", signé par un am de Bowie, le réalisateur David Lynch.

Pour la réalisation de cet album, Bowie, s’accompagne, comme à son habitude, d’une sélection d’excellents musiciens. On retrouve ainsi Mike Garson, qui occupe sur l’album un rôle très important, au piano, le fidèle Carlos Alomar à la guitare rythmique (Alomar qui collaborait très régulièrement avec Bowie dans les 70’s et les 80’s) ainsi que le guitariste Reeves Gabrels, véritable "expérimentateur" de la guitare, qui travaille avec Bowie depuis l’aventure Tin Machine.


Viennent s’ajouter également à l’équipe le multi-instrumentiste turc Erdal Kizilçay (musicien qui accompagnera aussi régulièrement Jacques Dutronc), le bassiste Yossi Fine et les batteurs Sterling Campbell et Joey Baron.


L’album "Outside" est enregistré au Mountain Studios de Montreux en Suisse, au Hit Factory de New York ainsi que dans deux studios londoniens. A la production on retrouve, bien entendu, Brian Eno (qui co-compose la majorité des titres de l’album avec Bowie) ainsi que David Richards que Bowie connaît bien et qui a produit aussi pas mal de choses pour Queen. C’est d’ailleurs le producteur maison des Mountain Studio, studio qui appartient d’ailleurs à la formation britannique.


Les sessions débutent en mars 1994. Sur place, Bowie et ses musiciens vont enregistrer plus de 35 heures de musique, de quoi remplir de nombreux albums, sur place, tout est fait pour plonger les musiciens dans une ambiance créative. Mike Garson, le pianiste, se souviendra : "J’ai enregistré avec David environ trente-cinq heures de musique qui avaient été improvisées avec Reeves et Eno à Montreux. Une grande partie n’a jamais été éditée, alors il y a dix albums là-dedans s’ils le veulent. D’ailleurs, à mon avis, ce qui reste est meilleur que ce qu’il y a sur Outside. Tout était filmé ; il y avait des caméras fixées sur chacun de nous. David avait sorti ses fusains et son chevalet. C’était un des environnements les plus créatifs dans lesquels je me suis jamais trouvé. On commençait à jouer comme ça, sans clé, sans tonalité, sans forme, rien".


Erdal Kizilcay, interviewé à la suite de l’enregistrement d’"Outside" précisera : "L’enregistrement d’Outside a été très particulier. Tout est parti de longues jams que les musiciens ont faites ensemble. Brian et David ont enregistré des heures et des heures de musique. Chaque morceau durait au moins 30 minutes. Nous avons été enthousiasmés par le résultat, au point que lorsqu’on réécoutait les prises au casque, nous avions littéralement les larmes aux yeux".

Notons que "The Hearts Filthy Lesson" referme magistralement le célèbre film des années 90 "Seven" (réalisé par David Fincher).

Les Stratégies Obliques

Bowie et Eno font donc tout pour stimuler la créativité et attiser la curiosité des musiciens. Brian Eno a également une idée tout à fait particulière.

Il décide de perfectionner son concept de "Stratégies Obliques", une idée qu’il a développée en 1975 avec son ami Peter Schmidt. Ce concept tient en un jeu de cartes (composé de plus de 100 cartes qui proposent différents dilemmes). Il décide donc d’adapter ce concept au musicien de l’album pour stimuler leur créativité. C’est ainsi qu’il donne une carte au batteur Sterling Campbell sur laquelle il est indiqué : "Tu es l’ex-membre mécontent d’un groupe de rock sud-africain. Joue les notes qu’on ne t’autorisait pas à jouer ". Sur la carte de Mike Garson, le pianiste, on peut lire : "Tu appartiens à un petit groupe de terroristes amateurs. Tu dois à tout prix leur remonter le moral"…

Pour les paroles, Bowie choisit, plus que jamais, des mots plus pour leur sonorité chantée que pour leur signification. Il demande ainsi à un des amis de lui développer un petit logiciel informatique qui mélange différents mots pour former des phrases automatiques (auparavant Bowie faisait cela avec des petites fiches, du papier collant et des ciseaux, la technique du "cut-up", inspirée par le travail de William Burroughs, ce qui prenait beaucoup plus de temps).

Le développement et la réalisation d’"Outside" sont on ne peut plus "conceptuels" et Bowie semble parfaitement dans son élément durant l’enregistrement. Il ne se considère pas ici simplement comme chanteur et musicien mais bien comme un artiste "multimédia".

“Outside”, à sa sortie, ne fonctionne pas mal mais c’est très loin d’être le plus grand succès commercial de Bowie.


Mais, en le réalisant, Bowie sait qu’il prend des risques. "Outside", comme son nom l’indique, se situe "en dehors", en dehors du mouvement mainstream. Avec le temps, l’album ne cesse d’être célébré par la presse et d’être redécouvert par un public de plus en plus large. Pour la tournée qui accompagnera Outside, Bowie s’associe au groupe américain Nine Inch Nails, ce qui montre à nouveau à quel point Bowie continue de s’intéresser aux nouvelles sonorités, de se réinventer et de s’inspirer des nouvelles tendances…

The Motel

Ce titre, a une histoire assez intéressante, en effet son origine remonte à la visite que Bowie et Brian Eno ont faite dans un atelier d’’outsiders’ dans un hôpital psychiatrique à Vienne.

David Bowie : "Certains sont dans le pavillon des peintres depuis près de 30 ans dans le cadre d’une expérimentation autrichienne pour voir ce qui arrive quand on permet aux handicapés mentaux de donner libre cours à leurs élans artistiques. Avant d’entrer dans le pavillon des outsiders, on en traverse un autre où se trouvent tous les dingues et les assassins, et la seule chose écrite au mur est ‘ICI C’EST L’ENFER’. Mais le pavillon des outsiders est couvert de graffitis… L’austérité du pavillon voisin donne vraiment un choc… Il est évident que les outsiders ne sont pas soumis aux limitations que connaissent la plupart des artistes. Leur motivation pour peindre et sculpter est différente de celle d’un artiste sain d’esprit aux yeux de la société"…

Bowie est impressionné par cette annonce " ICI C’EST L’ENFER ", et il commence alors à écrire ceci : "There is no hell like an old hell – There is no hell – And it’s light out boys " ("Il n’y a pas d’enfer comparable à un vieil enfer – Il n’y a pas d’enfer – Et c’est l’extinction des feux, les gars").


C’est par cette phrase lourde de sens qui commence ce morceau magnifique, sombre et typiquement dans le style Bowie, magnifié, une fois de plus, par le piano de Mike Garson.

 

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