Le "frigo, boulot, silo" va remplacer le "métro, boulot, dodo"

Pourquoi "frigo" ? Mais parce que même si le confinement n’aura plus lieu, les collaborateurs passeront sans doute au minimum deux jours à travailler de chez eux.

Je vous expliquais que la rentrée au bureau ne serait pas simple à gérer pour les directeurs et directrices des ressources humaines. Je vous avais aussi indiqué comme l’écrit joliment d’ailleurs Martial You, l’auteur d’un livre sur la crise sanitaire (1) que la notion de "métro, boulot, dodo" allait sans doute céder la place à celle de "frigo, boulot, dodo". Pourquoi "frigo" ? Mais parce que même si le confinement n’aura plus lieu, les collaborateurs passeront sans doute au minimum deux jours à travailler de chez eux.

Or, les syndicats ont calculé que rester et déjeuner chez soi tous les jours provoquait un surcoût évalué entre 100 et 120 euros par mois. En fait, ce surcoût provient du chauffage, de l’électricité, de la bureautique et des consommables.

Bref, la question qui sera posée de plus en plus aux entreprises, c’est de savoir si elles ne doivent pas assumer une partie de ce surcoût, comme elles assument aujourd’hui une bonne partie des coûts de transport. Ça, c’est pour la partie "frigo", la partie "boulot" n’a pas besoin d’explication et la partie "silo", c’est simplement le résultat d’enquêtes qui montrent que durant les confinements, beaucoup de collaborateurs se sont sentis isolés à force de rester chez eux.

Le virus nous a rappelé que l’homme est un animal social. Et donc, cette assignation à résidence même si elle sera partielle à l’avenir nécessitera aussi de revoir l’aménagement de nos habitations. C’est vrai que l’employeur n’a rien à dire dans l’agencement de notre appartement ou de notre maison, mais en même temps, l’employeur est aussi responsable de la santé de ses collaborateurs quel que soit le lieu de travail.

Or, quand on passe une journée complète penchée sur la table basse du salon, ça a un impact psychosocial évident. Quant au rôle des syndicats, il sera aussi amené à changer. D’abord, parce que le télétravail va leur faire perdre du pouvoir, vu qu’ils ne pourront plus ou moins faire passer leurs messages autour de la machine à café comme l’écrit Martial You, mais aussi parce qu’ils devront changer de logiciel. Hier, ils combattaient pour limiter la souffrance physique en entreprise, demain, ce sera la surcharge mentale liée à l’absence de déconnexion suffisante de tous ces outils numériques qui sont autant de fils à la patte.

Et puis, le monde va évoluer énormément avec le télétravail. Les cols blancs qui travaillent à domicile pensent qu’ils sont mieux lotis que les cols-bleus qui eux n’ont pas le choix doivent venir tous les jours à l’entreprise. C’est une forme de myopie, car demain les cadres supérieurs qui travaillent beaucoup à domicile sont aussi ceux et celles qui sont les plus susceptibles d’être remplacés – qui par l’intelligence artificielle, qui par un collaborateur free-lance moins cher et plus efficace dans un autre pays. C’est le rôle de cette chronique : vous parler de signaux faibles, ceux qui sont invisibles à l’œil nu, non pas pour s’en inquiéter mais pour prendre les devants.

J’ai une amie qui me dit souvent : Amid, essayer de comprendre le monde, c’est comme essayer de reconnaître une odeur dans un Sephora, elle a raison, mais il faut essayer malgré tout.

(1) Martial You, Et si la crise financière était une chance, L’Archipel

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