L'Europe, divisée entre les pays "fourmis" du nord et les pays "cigales" du sud

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Les ministres des finances de l’Union européenne ne sont pas arrivés à se mettre d’accord sur un plan de relance économique pour la sortie de cette épidémie de coronavirus. Après 16 heures de discussion par vidéoconférence, les participants se sont quittés sur un échec et les négociations devraient reprendre ce jeudi.

Ce qui est dommage, c’est que 12 ans après la crise de 2008, on retrouve la même division qu’à l’époque. Pour résumer, vous avez des pays fourmis, emmenés par les Pays-Bas, qui sont d’accord pour mettre en place des instruments de solidarité budgétaire mais pas n’importe lesquels et pas à n’importe quel prix. D’ailleurs, c’est en gros résumé par les propos du ministre néerlandais des finances qui, avant le démarrage des négociations, avouait qu’il ne pouvait pas expliquer à son opinion publique que les Pays-Bas vont payer pour les pays moins vertueux. Et justement, donc, l’autre partie, les cigales, emmenées par l’Italie, le pays le plus durement touché par cette crise du coronavirus, ces pays estiment que l’Union européenne doit faire preuve de solidarité et qu’à la différence de la crise de 2008, ici, ce n’est la faute de personne. Ce n’est pas un pays qui a trafiqué ses comptes, comme la Grèce ou des banques qui ont vendu des produits financiers toxiques, non, ici, c’est la faute d’un virus, et donc l’Europe doit montrer sa solidarité.

Bien entendu, l’Europe montre déjà sa solidarité mais la question qui divise les ministres des finances, c’est jusqu’où peut-elle aller ? Un exemple parmi d’autre de la difficulté de ces négociations : il y a un fonds de secours qui est prévu et qui doit être doté de 240 milliards d’euros. Tout le monde, autour de la table, est d’accord pour le créer et l’utiliser mais les Néerlandais voudraient que ce fonds de secours soit assorti de conditions strictes pour éviter que certains pays cigales ne fassent pas le ménage chez eux et profitent, en quelque sorte, de la solidarité des fourmis mais sans remettre de l’ordre dans leurs finances publiques à long terme. Du côté italien, cela revient à dire : je vous donne les fonds mais vous passez sous la tutelle de l’Europe. Et cela, c’est du pain béni pour Matteo Salvini qui va, bien entendu, dire partout que son pays s’est soumis au diktat des pays du nord et que l’Italie n’est plus indépendante. Du pain béni pour les eurosceptiques en Italie !

La France, qui peut comprendre les arguments des uns et des autres, soutient la position de l’Italie car Emmanuel Macron a peur que les citoyens italiens ne se détournent de l’Europe et fassent comme leurs homologues britanniques : quitter l’Union européenne et cela serait la fin de l’Union européenne.

Et puis, à côté de ce débat compliqué sur la base des instruments budgétaires déjà existants, d’autres pays, là aussi emmenés par l’Italie, voudraient qu’on mette en place des "coronabonds", autrement dit, un nouvel instrument qui permettrait de mutualiser la dette publique européenne pour qu’il n’y ait plus qu’un seul taux d’intérêt pour tous, et non pas un taux d’intérêt faible pour l’Allemagne et un plus élevé pour l’Italie qui doit déjà tenir le coup avec une dette publique de 130% de son PIB. Là encore, les Allemands, les Néerlandais, les Danois et les Autrichiens disent qu’il est urgent d’attendre, qu’on pourra en parler à la rentrée en octobre. Et puis d’autres pays comme l’Italie et la France disent qu’il faut mettre au moins le sujet sur la table, car si la déclaration finale ne le mentionne, ils ne sont pas naïfs, ils savent que les "coronabonds" ne verront jamais le jour…

Le match entre les fourmis du nord et les cigales du sud va donc continuer à se jouer.