L'économie de l'ennui, la nouvelle manière de gagner beaucoup d'argent

Je vais vous parler de TikTok qui veut concurrencer Facebook et Instagram. Mais avant, je voudrais juste rappeler que si j’aime autant l’économie, c’est parce que l’économie, avant d’être des chiffres, c’est de l’humain, rien que de l’humain !

Si les réseaux sociaux sont aussi prospères en Bourse, c’est, en partie, parce qu’ils représentent en quelque sorte l’économie de la rage, de la colère contre les puissants, contre ceux qui ont l’argent : le pouvoir ou le savoir comme l’écrit Jacques Attali. Parfois cette colère est positive et aboutit à dénoncer des scandales financiers ou des dérives politiques. Mais souvent aussi cette économie de la rage et de la colère conduit à l’éclosion de fausses nouvelles, à la propagation de crimes bidon, voire à la chasse à l’homme, c’est le tribunal du buzz, sauf qu’il n’y a pas d’avocat pour vous défendre…

Avec la pandémie, cette économie de la rage et de l’indignation quotidienne est aussi devenue une économie de l’ennui. Posez la question à un entrepreneur un peu averti, en lui demandant la question classique : selon toi, c’est quoi le produit ou le service qui devrait cartonner aujourd’hui ? C’est quoi l’opportunité du moment ? Il vous dira que les gens sont confinés ou semi-confinés depuis des mois, et que donc, ils s’ennuient. Bref, dans cette "boring economy", cette "économie de l’ennui", il faut leur procurer du divertissement pour gagner de l’argent.

Il ne faut pas chercher plus loin le succès des éditeurs de jeux vidéo et autres jeux addictifs. C’est la raison pour laquelle TikTok, l’application de vidéos musicales courtes, que tous les adolescents et enfants du monde entier connaissent, veut désormais concurrencer Facebook et Instagram sur leur terrain de jeux : celui de la publicité on line mais surtout sur le commerce électronique.

C’est le Financial Times qui l’a révélé cette semaine. TikTok va mettre en place des outils pour permettre aux influenceurs de créer des liens vers les produits qu’ils recommandent avec une commission à la clé : sur chaque achat effectué depuis leurs liens. Oui, l’économie de l’ennui reste une économie, avec peu de gagnants et beaucoup de naïfs… Cette information est un caillou dans la chaussure d’Instagram qui, comme vous le savez, appartient à Facebook et a des outils similaires en e-commerce.

Il faut croire que les jeunes s’ennuient pas mal en ce moment puisqu’ils sont un milliard à utiliser cette application TikTok. Et les propriétaires chinois de TikTok font le tour des grandes marques pour les convaincre d’investir, car sur ce milliard de jeunes, mordus de TikTok, environ 40% d’entre eux n’ont pas de compte Facebook et 63% n’ont pas de profil Twitter. C’est un argument positif pour attirer les annonceurs !

Oui, l’économie de la rage, de la colère et de l’ennui se porte donc bien ! Comme disait Coco Chanel, quand "la passion s’en va, l’ennui reste."

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