John Lennon : "Woman"

Woman est une très belle composition de John Lennon. On la voit parfois comme un " énième " morceau d’excuse adressé à Yoko Ono mais elle est aussi un hommage adressé aux femmes en général.

Lors de l’enregistrement de ce morceau, Lennon donne des conseils très précis à ses musiciens de l’époque (équipe dans laquelle on retrouvait notamment le bassiste Tony Levin, fidèle de Peter Gabriel ou encore le guitariste Earl Slick, fidèle de David Bowie). Lennon leur demande de faire sonner le titre comme un morceau genre " début de la Motow/Beatles 1964 ". Il leur précise aussi de jouer comme s’ils s’adressaient " à leurs mères ou à leurs sœurs, à une femme. C’est pour elles que vous jouez " appuiera-t-il.

Lors d’une interview qu’il accorde au magazine playboy en 1980, John Lennon décrit "Woman" comme une version " mature " de la chanson Girl des Beatles sortie 15 ans plus tôt sur l’album Rubber Soul. Un morceau de galapiats comme dirait ma grand-mère, avec notamment ces chœurs pour le moins polissons que personne n’avait vraiment remarqués à l’époque – “tit tit tit tit” – mais que cela peut-il bien vouloir dire ?

Près de dix ans plus tard, les Beatles sont séparés, John Lennon a grandi et il propose ce morceau très influencé par le mouvement féministe en 1973 : "Women Is The Nigger of the World", coécrit avec Yoko.

Il déclare alors qu’il chante certes pour dénoncer les inégalités structurelles et culturelles qui existent entre les genres mais que ce n’était pas pour autant que lui-même était irréprochable dans sa vie de tous les jours. Et c’est vrai que nous connaissons aussi cette autre facette du personnage de Lennon, qui a toujours été macho et parfois même violent avec ses compagnes (depuis Cynthia Powell jusqu’à May Pang dans la période du "Lost Weekend" et avec Yoko par la suite).

“J’étais cruel avec ma copine, je la frappais et la tenais éloignée des choses qu’elle aimait. Qu’est-ce que j’étais méchant mais je change le décor et fais du mieux que je peux”, confesse-t-il un peu caché derrière la voix de Paul McCartney dans le clair-obscur "Getting Better" des Beatles. Mais revenons à Woman, où nous retrouvons un Lennon apaisé, qui se sent encore coupable mais qui a réussi à combattre ses démons… Du moins, pour le moment. Dans la dernière interview qu’il accorde à la presse, le 8 décembre 1980, soit quelques heures avant de se faire assassiner par Mark Chapman, Lennon précise encore les choses par rapport à ce titre et l’évolution de sa réflexion féministe.

“Vous savez ça va être du genre : ‘Oh John Lennon va nous vendre l’image “familiale” maintenant, après l’avoir joué peace and love etc, il nous fait son grand retour : ‘je suis papa’’. Et en fait si je parle de tout ça, c’est simplement parce que c’est ce que j’ai fait auparavant et c’est comme ça que je me sens actuellement. Et c’est aussi une façon d’admettre que… je suis plus féministe aujourd’hui que quand j’ai chanté Woman is the Nigger… J’étais, intellectuellement parlant, féministe à ce moment-là, mais maintenant je sens que j’ai mis… non pas mon argent, mais bien mon corps là ou ça se limitait encore à mon discours, à ma bouche. Et depuis, j’ai essayé de vivre en accord avec ce que j’ai prêché pendant tant d’années.”

Le 8 décembre 1980, à 22h50 devant le Dakota Building, la résidence principale de John Lennon à New-York en face de Central Park, alors qu’il rentre d’une session au Record Plant Studio avec Yoko, il est assassiné par Mark David Chapman, fan obsédé en quête de reconnaissance à qui Lennon avait d’ailleurs signé un exemplaire de Double Fantasy quelques heures auparavant. Chapman tue Lennon, son idole. C’est la mort d’un homme devenu icône et la naissance d’un mythe aux relents presque religieux. Mais d’un point de vue peut-être plus terre à terre, à écouter l’album Double Fantasy et les derniers entretiens donnés par Lennon, c’est aussi un artiste fauché en pleine évolution, en pleine révolution sur le plan musical et intellectuel. Imaginez un instant la carrière de David Bowie s’arrêter à Let’s Dance en 1983. Qu’aurait bien pu nous réserver le Lennon des années ‘80, puis celui des années ‘90, de l’explosion de la new wave, du hip-hop, ou de l’indie rock ? Ce Lennon-là appartient à notre imagination. Et je vous propose de retrouver celui que nous connaissons, parti il y a quarante ans aujourd’hui et qu’on retrouve en 1981 avec ce titre : "Woman".

 

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