Israel: Waters critique Radiohead

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Radiohead s'est produit le 19 juillet dernier devant des dizaines de milliers de personnes à Tel Aviv, ignorant les appels à annuler cette date.

Les musiciens n'ont fait aucune allusion au conflit israélo-palestinien pendant les plus de deux heures passées pour l'occasion au Park Hayarkon en présence de 47.000 spectateurs.

Dans un message publié sur Twitter la semaine précédente, Thom Yorke avait souligné que "jouer dans un pays ne veut pas dire cautionner son gouvernement". "Nous avons joué en Israël pendant plus de 20 ans avec des gouvernements successifs, certains plus libéraux que d'autres. Comme en Amérique. Nous ne soutenons pas plus (Benjamin) Netanyahu que Donald Trump, mais nous continuons à jouer aux Etats-Unis".

Mais aujourd'hui, Roger Waters aborde à nouveau le sujet et déclare: "Thom Yorke se trompe. Les porte-paroles de ce gouvernement se sont dits heureux de ce concert, c'est un terrible outil pour leur propagande (hasbara), et montre au reste du monde à quel point Israel est une belle démocratie. Ils ont fait ce choix public que les politiques récupèrent en interne et dans le monde entier. C'est pour ça que Radiohead est critiqué par tous ceux qui veulent une attitude plus progressiste sur les droits de l'homme, parce qu'ils ont franchi le pas, franchi cette frontière en acceptant de jouer leur concert."

Roger Waters a ensuite réfuté l'argument de Thom Yorke, selon lequel le groupe n'allait pas arrêter de jouer aux Etats-Unis, alors que Donald Trump en est le Président. Il précise qu'il ne s'agit pas d'un territoire occupé "les citoyens israëliens ont fait appels aux artistes, aux écrivains, aux musiciens, aux acteurs, aux réalisateurs, à tout le monde, partout dans le monde, pour qu'il constatent cette limite qui a été franchie", a ajouté Roger Waters.

 

Petit rappel des faits : Un concert de Radiohead était prévu à Tel Aviv en Israël cet été, et de nombreux musiciens avaient demandé au groupe d’annuler cette date.

Il s'agissait du quatrième concert de Radiohead en Israël, et le premier depuis 2000, soit depuis la création du mouvement BDS (boycott, divestment, sanctions). Il s’agit d’une réponse citoyenne et non-violente à l'impunité d'Israël, créé en Palestine pour la liberté, la justice et légalité. BDS part du précepte que les palestiniens ont les mêmes droits que le reste de l’Humanité. Ce concert de Radiohead est controversé vu la politique du pays envers les palestiniens.

Du coup, plusieurs musiciens et autres artistes, dont Thurston Moore, Roger Waters, Tunde Adebimpe, Robert Wyatt, et Young Fathers (entre autres) ont signé une lettre ouverte via Artists For Palestine pour demander urgemment à Radiohead de ne pas jouer le 19 juillet au Park Hayarkon de Tel Aviv. Comme vous le verrez dans la lettre ouverte ci-dessous, on y lit: “Nous aimerions que vous repensiez à cette date, parce que jouer en Israël signifie jouer dans un pays où, comme le confirme le porte-parole des Nations Unies, un apartheid a été imposé au people palestinien. "

 

Thom Yorke de Radiohead avait réagi à cette lettre collective, se disant “très blessé par cette agression, et cet incroyable gaspillage d’énergie”: “Je ne suis pas d’accord avec l’interdiction culturelle, pas du tout, signée par J.K. Rowling, Noam Chomsky et bien d’autres… Il y a dans cette liste des gens que j’admire, comme par exemple le réalisateur Ken Loach, que je n’aurais jamais imaginé me dire comment et où travailler. "

Et d’ajouter: “ce dialogue public qu’ils ont engagé ne parle que de bien ou de mal, et j’ai un problème avec ça. Je n’apprécie pas du tout que, plutôt d’en discuter de personne à personne, cette lettre me soit arrivée publiquement. Je trouve que c’est un manque de respect de penser que nous ne sommes pas suffisamment informés ou réfléchis pour prendre nos décisions nous-mêmes. C’est condescendant à l’extrême. C’est blessant, et je ne comprends pas pourquoi jouer un concert ou faire une lecture à l’Université serait un problème pour eux. "

 

Roger Waters avait répondu à son tour à Thom Yorke via une lettre publiée par le magazine Rolling Stone:

" J’ai lu l’interview de Radiohead dans le Rolling Stone Magazine, et je pense qu’une réponse est nécessaire parce qu’il ne raconte pas toute l’histoire. J’ai essayé de le joindre à plusieurs reprises.

Le 12 février, espérant entamer une discussion, je lui ai envoyé un email pour lui faire part de mes inquiétudes quant à ce concert. Il m’a répondu, furieux. Il avait mal interprété mes intentions, et a pris mon envie de discuter pour une menace, alors je lui ai réécrit : " Salut Thom, je suis désolé, ma lettre ne se voulait pas une confrontation. Je me demandais si nous pouvions avoir cette conversation dont tu parles ? Est-ce possible? Love. Roger”

Il ne m’a pas répondu. Trois semaines de silence jusqu’au 4 mars où je l’ai recontacté pour discuter.

Dans son interview, il parle de Ken Loach et de moi évoquant cette affaire en public plutôt qu’en privé, mais ce n’est pas vrai, Thom. J’ai fait des efforts pour que tu t’engages personnellement, et je souhaiterais toujours avoir cette conversation avec toi. Ne pas parler n’est PAS une option.

Aujourd’hui marque les 50 ans d’occupation de la Palestine par Israël. 50 années passées sous occupation militaire. 50 années sans droits civiques pour le peuple. 50 années sans justice. 50 années d’apartheid.

Le mouvement BDS existe pour mettre tout ça en lumière et aider le peuple palestinien, qu’il soit en Palestine ou dispersé dans le monde, à obtenir ces droits dont ils sont privés, eux qui vivent entre le Jourdain et la Mer Méditerranée, quelle que soit leur nationalité, leur race, ou leur religion. Chaque vie humaine est sacrée, chaque enfant est le nôtre. On ne peut pas faire d’exception. Il n’y a pas de " Eux et Nous (Us & Them) ", il n’y a que " Nous ".

Restiamo umani.

Love,

Roger Waters "

 

 

LETTRE OUVERTE du 24 avril :

London, April 24th 2017

Dear Thom Yorke, Jonny Greenwood, Colin Greenwood, Ed O’Brien and Philip Selway,

You’re listed to play Tel Aviv in July this year.

We’d like to ask you to think again – because by playing in Israel you’ll be playing in a state where, UN rapporteurs say, ‘a system of apartheid has been imposed on the Palestinian people’.

We understand you’ve been approached already by Palestinian campaigners. They’ve asked you to respect their call for a cultural boycott of Israel, and you’ve turned them down. Since Radiohead campaigns for freedom for the Tibetans, we’re wondering why you’d turn down a request to stand up for another people under foreign occupation. And since Radiohead fronted a gig for the 50th anniversary of the Universal Declaration of Human Rights, we’re wondering why you’d ignore a call to stand against the denial of those rights when it comes to the Palestinians.

Radiohead once issued a statement saying: ‘Without the work of organisations like Amnesty International, the Universal Declaration would be mere rhetoric’. You’ve clearly read Amnesty’s reports, so you’ll know that Israel denies freedom to the Palestinians under occupation, who can’t live where they want, can’t travel as they please, who get detained (and often tortured) without charge or trial, and can’t even use Facebook without surveillance, censorship and arrest.

In asking you not to perform in Israel, Palestinians have appealed to you to take one small step to help pressure Israel to end its violation of basic rights and international law. Surely if making a stand against the politics of division, of discrimination and of hate means anything at all, it means standing against it everywhere – and that has to include what happens to Palestinians every day. Otherwise the rest is, to use your words, ‘mere rhetoric’.

You may think that sharing the bill with Israeli musicians Dudu Tassa & the Kuwaitis, who play Jewish-Arabic music, will make everything OK. It won’t, any more than ‘mixed’ performances in South Africa brought closer the end of the apartheid regime. Please do what artists did in South Africa’s era of oppression: stay away, until apartheid is over.

Yours,

Liste des signataires:

Tunde Adebimpe, musician, TV on the Radio
Conrad Atkinson, artist
Richard Barrett, composer
David Calder, actor
Julie Christie, actor
Selma Dabbagh, writer
William Dalrymple, historian, writer and broadcaster
April De Angelis, playwright
Shane Dempsey, theatre director
Laurence Dreyfus, musician and director, Phantasm Viol Consort
Geoff Dyer, writer
Eve Ensler, playwright
Bella Freud, fashion designer
Douglas Hart, musician and director
Charles Hayward, musician
Remi Kanazi, performance poet
Peter Kennard, artist
Peter Kosminsky, writer/director/producer
Hari Kunzru, writer
Paul Laverty, screenwriter
Mike Leigh, writer/director
Ken Loach, director
Lowkey, musician
Miriam Margolyes, actor
Kika Markham, actor
Elli Medeiros, musician
Pauline Melville, writer and actor
Roger Michell, director
China Miéville, writer
Thurston Moore, musician
Maxine Peake, actor
Dave Randall, musician
Ian Rickson, director
Michael Rosen, writer and broadcaster
Alexei Sayle, comedian and writer
James Schamus, screenwriter, director and producer
Nick Seymour, musician, Crowded House
Adrian Sherwood, record producer
Juliet Stevenson, actor
Ricky Tomlinson, actor
Desmond Tutu, Archbishop Emeritus of Cape Town, South Africa
Alice Walker, writer
Harriet Walter, actor
Roger Waters, musician
Susan Wooldridge, actor and author
Robert Wyatt, musician
Young Fathers, musicians

 

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