Guitar Story – Les femmes guitaristes, épisode 1 : Sister Rosetta Tharpe

guitar story
5 images
guitar story - © Rosetta Tharpe gettyimages

Nous n’allons pas nous attarder sur un guitariste en particulier, mais carrément sur tout un pan, et qui ne représente pas de moins de 50% parmi les pratiquants de la six cordes, à savoir, les femmes. Le monde de la musique, quand il ne s’est pas montré sous son aspect le plus macho, n’a jamais été tendre avec la gent féminine. Certains fabricants de guitares ont même été jusqu’à imaginer des modèles leur étant destinés, en proposant des petits gabarits et même des finitions roses… Bonjour les vieux clichés tenaces à l’odeur écœurante de naphtaline. Ne bénéficiant pas d’un grand intérêt médiatique, elles durent, et doivent parfois encore, jouer des coudes pour se faire reconnaître. Une injustice colossale aux vues de l’immense talent démontré par leurs membres les plus éminentes.

Du Flamenco, en passant par la musique classique, le blues, la country, la funck music, le rock, le heavy métal, et même dans la sphère 'internet' il existe un très grand nombre de femmes guitaristes et qui méritent tout autant les honneurs que leurs 'confrères' masculins. La route des 'guitar grils' a pourtant été ouverte dès les années 40 par une véritable 'guitare-héroïne' avant l’heure, il s’agit de Sister Rosetta Tharpe. C’est bien simple, si vous tapez 'femme guitariste' sur un moteur de recherche, Rosetta Tharpe n’apparaît que très discrètement, voir pas du tout, ce qui est un véritable affront vis-à-vis de celle que l’on surnommait carrément : The Godmother of rock’n’roll. Elle fut tellement oubliée, depuis sa disparition en 1973, qu’il a fallu attendre jusqu’en décembre 2017 pour qu’elle soit enfin hissée au panthéon du fameux Rock’N’Roll Hall Of Fame.

Néanmoins, ''Sista Rosetta'' – née, Rosetta Nubin, le 20 mars 1915 à Coton Plant, dans l’Arkansas – était un sacré numéro ! De ceux qui abattent portes et murs. Venant du gospel, mais terriblement tiraillée par le blues, cette grand-mère 'badass' du rock ne s’épargna pas les querelles de clochers : blasphématoires, selon l’église, ses incursions vers la musique 'profane' lui coûtèrent cher. Petite, et dès son plus jeune âge d’ailleurs, 'Little Rosetta Nubin' suivit sa maman sur les routes pour chanter à ses côtés tout en apprenant à jouer de la guitare. En 1920, elles s’installèrent toutes deux à Chicago où Rosetta y grandit tout en affinant son jeu, ainsi que son style vocal magnifié un redoutable vibrato.

Le nom de 'Tharpe', dont Sister Rosetta se servit pour la scène, venait d’un défaut de prononciation de 'Thorpe' patronyme dont elle avait hérité de son premier mari. Une union qui, cela dit, ne dura pas longtemps. En 1938, Sister Rosetta Tharpe signa un contrat avec le label Decca pour qui elle fit ses premiers enregistrements dans l’éventail duquel on retrouve des compositions malgré tout devenues légendaires comme par exemple, ''Dind’t It Rain''.

Au cours de sa carrière, Sister Rosetta a joué sur un grand nombre de guitares dont plusieurs modèles de Gibson. Ainsi, sur une lointaine vidéo de cette chanson ''Dind’t It Rain'', filmée sur un quai de gare, on la voit jouer sur une Gibson ''Les Paul'' SG Custom de 1961. Le nom de ''Les Paul'' sur ces nouvelles guitares ne plaisait pas Lester Polfus de plus, le design est aux antipodes de son célèbre modèle à corps plein lancé en 1952 – mais je ne vais pas revenir sur cet épisode que je vous ai déjà raconté – aussi, dès 1963, le nom de ''Les Paul'' fit place aux initiales ''SG''. La présence de cette guitare à l’aspect de diablotin, chère à Angus Young, entre les mains de cette dame très religieuse, est finalement un paradoxe qui rejoint celui de sa musique.

Comme point d’orgue de ce premier épisode sur les femmes guitaristes, je vous propose de la redécouvrir avec ''Down By The Riverside'' qui fut jouée pour un programme télé du début des années soixante. Sister Rosetta attaquait gentiment l’intro dans un style presque 'guindé' qui pourrait conduire les sceptiques et autre narquois à conclure que la Sœur ne s’écartait pas du droit chemin. Et au moment où elle entame son solo, parsemé de riffs frénétiques ''bluesy'', plus de doutes possibles, elle était une vraie rockeuse ! Ce que à quoi je rajouterai cette phrase de Little Richards qui, avant d’être connu, avait vendu du Coca-Cola pendant un concert de Sister Rosetta : ''She was really the godmother of rock n’roll !''.

Et aussi

Newsletter Classic 21

Recevez chaque jeudi matin un aperçu de la programmation à venir.

OK