Génération 21: Salazar

Génération 21
Génération 21 - © salazar

Un côté blanc, un côté noir. De la Californie en Wallonie. De l'éclaircie dans la brume de pubs écossais. De la forêt dans des clubs du nord de l'Angleterre. Du grand air sur fond de blizzard. Salazar. Nom sans connotation. Ni traduction. Juste pour le plaisir du son. De la mélodie du mot. Comme celle de leurs compos. Qui me portent, en quatre partitions, jusqu'à leur improbable QG d'Horion-Hozémont.

De la maison à Horion, une vingtaine de kilomètres. Découpés en quatre titres de cinq kilomètres. Pour autant de minutes, voire un peu plus... En moyenne. Tous extraits de la deuxième démo de Salazar, qui nous avait salué un soir sur un Happy End. Un joyeux au revoir pour mieux revenir. Avec des compositions enregistrées maison. Quatre plages qui invitent au grand voyage. A travers déserts, highlands et autres terres. J'enclenche le contact et démarre... Sous l'averse et dans le brouillard. Le son de Salazar en guise de supplément de gros phares. Plage titulaire et d'ouverture de l'EP: Smash Soldier. Riff cathartique. Claviers nappés. Rythmique hypnotique. Voix proche de l'effet Placebo. Sensation de libération. D'ouverture... Et pourtant, le texte est sombre. Récit d'un employé aliéné. Qui délaisse son âme au travail. Pantin d'un patron sans considération. La premier lâche prise avant le second. Injustice. Criée en choeurs. Avant une accélération. Et la chute, tout au fond.

Static Step pour gagner l'autoroute. La voie rapide malgré l'étape inerte. Dans l'intitulé, certes. Et dans l'intitulé seulement. Les arrangements ont de la pêche. Contraste entre une section rythmique dynamique et des plages de claviers et de guitares pas très éloignées des figures de proue du post-rock: Sigur Ros, Bon Iver, Mogwai... En plus condensé. Le morceau a été créé de manière très spontanée. En une demi-journée, lors d'une répétition. Static Step évoque une séparation douloureuse. Portée à l'unisson.

Chaos Mind au moment de prendre la sortie numéro 5. Du bitume de la bretelle au remembrement des sentiers de Hesbaye. Salazar me souffle de prendre le temps. Quel que soit le moment auquel j'arriverai à Horion, les gars m'attendront. Et c'est heureux... Je tourne en rond. Seraing-le-Château, Haneffe, Jeneffe... Pour rebrousser chemin. Et m'arrêter au prochain bistrot du coin. "Je dois me rendre à Horion-Hozémont... Vous connaissez la direction? - Alors, si tu es garé par là, tu fais demi-tour, tu traverses le point qui enjambe l'autoroute, tu arrives à un Y, tu prends à droite, puis tout droit et t'y voilà! Tu ne peux plus te perdre." Sauvé. Ou presque... L'averse redouble. Et les trous dans les sentiers mettent à l'épreuve ma petite bagnole. C'est un peu le chaos du bobo, en somme. Loin du chaos personnel et transcendant du titre qui me guide. Dans une atmosphère aérienne. Quasi méditative.

 

Full Beam tandis que j'aperçois le panneau du hameau. Reste à trouver la rue... Le numéro. Sur fond de dernière envolée musicale et instrumentale, essuies glaces battants, j'hume l'écurie. La prochaine rue me sourit. C'est la bonne. J'abandonne ma bagnole pour sonner à la porte. Pas de réponse. Le téléphone... "On répétait dans le garage! On sort tout de suite..." Je découvre la silhouette d'un premier gaillard, la dégaine bonhomme et sympathique. "Lucas, enchanté!" Et de m'emmener à l'intérieur du garage entièrement revisité. Dédicacé à la musique et à l'enregistrement. Véritable "Garage Studio"... "Bienvenu chez Eddy, notre ancien guitariste soliste! Hélas, il ne pouvait poursuivre le projet... Mais il nous permet toujours de répéter ici, chez lui." Cinq autrefois, Salazar évolue désormais à quatre. Avec Renaud, à la guitare. Mathieu, aux claviers. Philippe, à la batterie. Et Lucas, à la basse. Tous les quatre s'adonnent au chant. Renaud, le plus souvent. Et avec une certaine réussite... Tandis qu'il m'offre l'exclusivité live d'un nouveau morceau, la pluie s'arrête de tomber. Pour le bonheur des oiseaux. Dont le sifflement est à nouveau porté par le vent. "On se croirait dans le jardin extraordinaire..." Et d'évoquer leurs jardins musicaux. Lucas et Interpol. Philippe et Phoria (ou Foria?). Les deux existent et valent le détour. Mathieu et Radiohead. Renaud et la scène rock flamande... Balthazar en tête! Comme un écho à Salazar, dont le nom a été choisi pour le son. Mot international, sans traduction. A chacun son interprétation... Dans l'esprit de leur démarche musicale. "Nous repensons au film Last Days, qui retrace les derniers jours d'une rock star. Il doit y avoir à peine un quart d'heure de dialogue dans le film... Le reste, c'est la caméra qui suit le personnage central erré de pièce en pièce... Tout en invitant le spectateur à s'interroger sur des questions qui le concernent. Pour dire que nous faisons de la musique pour nous, et non pour les autres. Les autres font ce qu'ils veulent de notre composition. Quelque chose de triste ou de plus joyeux, qu'importe. Aussi, nous n'avons pas envie que nos visages soient associés au nom du groupe. Nous préférons que chacun puisse s'associer à Salazar... C'est pourquoi, par exemple, sur scène, nous jouons dans la pénombre. Tout en gardant l'envie de partager notre musique sans concession... Mais nos visages n'ont rien à faire là dedans. C'est la musique au devant."

Et aussi

Newsletter Classic 21

Recevez chaque jeudi matin un aperçu de la programmation à venir.

OK