Génération 21 : Forum & Navaho & Olivier L'Hôte

Génération 21
Génération 21 - © Mathieu Paulus

Trois noms, trois étapes. Le Forum des médias, à Namur. Navaho, à Hannut. Et Olivier L'Hôte, à Liège. Fil rouge? Les rencontres, qu'elles soient instrumentales ou, de manière plus générale, culturelles. Dans les trois cas, sans nul autre pareilles. Uniques et fraternelles. En route pour un road trip d'un jour. Jusqu'au bout de la nuit; jusqu'au bout de l'amour.

Namur, au petit matin. Le hall d'entrée, dit "La rue", du Service public wallon prend les allures d'un Salon. Plus qu'un Salon, un Forum. Le 3e du nom, organisé par "Le Carrefour des Cultures". Cette année, il convie les visiteurs, parmi lesquels de nombreux écoliers, à rencontrer une série de médias, classiques et alternatifs, pour discuter des relations Nord-Sud. Et des solutions pour créer plus de ponts. Plus de passerelles culturelles. Entre le stand d'Emile, YouTubeur engagé, et celui du collectif Investig'action, un stand, un brin expérimental, aux couleurs, entre autres, de Classic 21.

Comme aimanté par la figure de Jim Morrison, fantasmé en Jésus le Christ ressuscité, un premier visiteur s'arrête. Et se prête, volontiers, à un atelier slammé. Une improvisation sur fond de oud et de percussions. Guidée par des mots aux significations variées, parfois galvaudées, quelques fois sublimées: citoyen, utopie, culture, compromis, harmonie, militant, rock'n'roll, crise, frontière, musique, peuple, nuances, histoire, humanité, vivre ensemble, révolution, clichés... A lui de s'y frotter.

La journée se vit, rythmée par des improvisations et des discussions sans barrière. Portées, pour Classic 21, par les voix, sans langue de bois, de Younès et de Pierre. Deux jeunes musiciens aux racines partagées entre le Maroc et la Belgique. Entre la musique du monde et le rock progressif. Incarnation, à eux deux, des passerelles culturelles tant désirées.

Parmi d'autres voyages, Pierre se souvient de sa rencontre avec le Maroc: "Cette rencontre m'a transformé. J'ai vécu environ six mois dans la région de Casablanca. En arrivant là-bas, je trainais dans mes bagages quelques clichés: le côté bruyant des gens, l'inégalité hommes/femmes... Il a fallu que je mette de côté ma vision occidentale de pure belge. Que je comprenne leurs logiques. Que j'oublie d'où je viens. Me poser de l'autre côté, vraiment... Très vite, je me suis aperçu que ces clichés étaient bien plus complexes qu'on ne pourrait le penser. La question de l'inégalité hommes/femmes, par exemple, n'est pas si évidente. Les femmes ont plus de pouvoir qu'il n'y parait. A commencer par l'éducation des enfants."

Parmi d'autres supports pour rencontrer l'Autre, Younès évoque celui de la musique: "Qu'il s'agisse du rock ou d'une autre musique, c'est une grille possible pour découvrir l'Autre. Et au-delà de la musique, l'art en général... Nous avons chacun notre façon d'interpréter la vie, le monde. Dans cette voie, l'art est un bon support pour découvrir la culture de l'Autre, comme de soi. Il travaille l'introspection. Et se découvrir soi permet de découvrir l'Autre."

La découverte se ponctue, au Forum des médias, avec le concert de Tom White Shoes. Artiste émergent et proche des gens. Un mec qui vous prend par la main et dont vous avez envie, très vite, de devenir le copain. En plein concert, et tandis qu'il chante La Vraie Vie, les panneaux séparant la scène du bar, formant une frontière saine, sont démis. Symbole d'une musique qui brave les obstacles pour fusionner les espaces. Et ses artistes... Pour le dernier morceau, Tom invite un camarade latino. Ensemble, ils entonnent quelques (Buenos) airs. Qui nous parachutent à une heure de route de là... Avec une agréable sensation d'hors-saison.

Bienvenue à Hannut, et au lieu-dit "La Capsulerie". Temple de la découverte brassicole, autant que rock'n'roll. Ce soir-là, Jérôme, gardien du temple, fait la part belle à des jeunes gaillards de Bruxelles. Entre deux bières du mois, Jérôme, qui pète la forme, invite le public à rejoindre l'arrière-salle. Là où se trouve la scène. Les mecs débarquent, la dégaine déjà aérienne. Pieds légers sur le plancher couvert d'un tapis oriental qui leur sied. L'esprit de Damon Albarn, et de tant d'autres, plane. C'est nouveau, et ça s'appelle Navaho. Dont le concert procure l'effet d'un thé au gingembre. L'aphrodisiaque infuse; les mots fusent. Fidélité à un album autoproduit et capté en live; du rythme, à travers une ligne régulière; de l'âme, au moment où les cinq instruments ne font qu'un, provoquant l'attraction, exacerbée par un pilier au pull blanc; de l'épique, nourri de textes chevaleresques, de marins partis défier le large, de danses au Parfum de Grenouille, à contre-vent; à contre-courant, tels des saumons avec des couilles, sans prétention, sans obligation, sans admiration, sans opposition, ils font ce qu'ils font; et c'est planant, grâce aux nappes de synthé, au micro effet psyché, à la basse groovée, à la guitare bleue notée, à la batterie chaloupée... mais surtout, surtout, au don de s'oublier; en toute spontanéité, grâce à l'instinct autodidacte, source de cohésion, des membres de la bande; qui frôle l'orgie, le plaisir universel, la partouse de sons, plus ou moins contrôlée, plus ou moins camouflée, ci-gît l'or avec Navaho, mélange de métal précieux et de métaphores mortuaires; pour une mise Hannut à La Capsulerie, endroit chéri tant ils se raréfient... Rendez-vous le 2 décembre, à l'Atelier 210, pour la Release Party de Navaho. Qui n'a pas fini d'inspecter les scènes du pays.

Autre endroit, même esprit, plus tard dans la nuit. A une trentaine de kilomètres d'Hannut et de sa Capsulerie... Cap sur Liège et un café-concert au nom qui en dit long: "Les Fous d'en Face". L'Hôte musical du soir, et de la guitare, se prénomme Olivier. Prénom arboricole aux racines sudistes venu s'égarer en Belgique. Pour mieux se retrouver. Bien épaulé, à la contrebasse, par Bertrand. Dans une ambiance plus qu'intimiste. Les musiciens échangent directement avec les gens présents. "Ce qui me motive, dit Olivier, c'est la rencontre avec les différentes cultures. Voyager avec la musique me procure un bonheur incroyable. C'est le plaisir des mots, de la belle langue française, de l'humour, de l'expression vocale... Tout ça, c'est vraiment mon dada!" Sans oublier les femmes qu'ils chantent. Surhumaines comme étranges. Petites filles comme petites femmes. Petites flammes... Coeurs immenses. Si l'artiste croit en beaucoup et en rien à la fois, il croit au moins "en la beauté de l'artistique qui relie les Hommes, entretient l'espoir et nous rend vivants. Je crois en l'humain. L'Homme est bon à la base et tous les arts coexistent pour nous révéler à nous-mêmes, avant de nous ouvrir aux autres..." Tiens, tiens, en écrivant ces lignes, je repense aux mots de Younès, prononcés plus tôt dans la journée. "L'art pour se découvrir soi, avant de découvrir l'Autre".

Pour aller plus loin:

Site web du Carrefour des Cultures: http://www.carrefourdescultures.org/

Site web de Navaho: https://wearenavaho.bandcamp.com/album/navaho

Site web d'Olivier L'Hôte: http://www.olivierlhote.com/

 

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