Génération 21: Bathernay

Bathernay
Bathernay - © Muriel Vandewyngaerde

Je branche la musique de Bathernay à la stéréo de ma petite bagnole grise. Dès les premières notes, j'ai envie de m'évader. D'arpenter les routes. Quelque part entre Blackpool, la Zélande et la Drôme. Ce n'est pas un hasard. Mais leurs sons réverbés m'arrêtent à Leuze-en-Hainaut. Chez Muriel et Nico.

Une demoiselle, la petite trentaine, m'ouvre la porte. Elle a les cheveux blonds, légèrement frisés, des yeux en noisette, complices et scintillants, un petit sourire en coin, timide et malicieux, qui creuse deux fossettes dans des joues généreuses. "Muriel, je présume? - C'est bien moi! Entre, débarrasse-toi et ne fais pas trop attention au brol... - C'est un joli brol chez vous! Très chaleureux... A l'ouïe, je devine que les musiciens sont en haut. - Oui! Suis-moi..." Au fil des marches, un brin grinçantes, de l'escalier en bois, le son s'amplifie progressivement. Collées au mur de la cage d'escalier, des affiches de concerts, de groupes... Dont celle, très colorée, d'Avi Buffalo, groupe de la nouvelle scène psyché californienne. "Après toi!" Muriel est aussi galante. Derrière la porte d'une pièce plutôt bien insonorisée, je découvre quatre visages, pour autant d'instruments, et un peu plus de pédales d'effets...

Les gars, shoegazers qui se regardent malgré tout, répètent et réarrangent leurs derniers morceaux. Je ne veux pas trop les interrompre. Tournée de poignées de main franches et accueillantes. Je me blottis à côté de la batterie. Ils reprennent là où je les ai court-circuités. Muriel me présente discrètement la bande, unie sous le nom de Bathernay. "Bathernay est le nom d'un village du département de la Drôme, en France. Nous y sommes partis en vacances avec Nicolas, mon compagnon et fondateur du groupe. On le surnomme "le djambo", le p'tit mec quoi. Il est très perfectionniste et créatif. Il manie plusieurs instruments. Au sein du groupe, il est le chanteur-guitariste. Cette pièce est son home studio à lui. Je ne le vois pas beaucoup, mais je l'entends. (rires) Et on s'entend bien!" Bathernay achève la répétition, non dénuée d'improvisation, de Winter Will Be Back, titre saisonnier de leur premier disque: Untitled One.

Résonnent ensuite la note prolongée et les premiers riffs de Moldy, composition écrite sous le feu d'une "Nuit de l'archi" organisée à Tournai par les étudiants de Saint-Luc. Les musiciens de Bathernay y retrouvaient de vieux amis. Le morceau leur est dédié. Et Muriel de poursuivre la présentation des trois copains musiciens les plus proches de Nicolas. "Eric, c'est l'autre chanteur-guitariste de Bathernay. Il a fallu se l'arracher car il a un emploi du temps chargé... Famille, autres projets solos, dont Eric in the kitchen, boulot... Je l'ai relancé lorsqu'il a déménagé à Blaton. Il partage un bon feeling musical avec Nicolas. Il adore Slowdive, autant que Cure et Neil Young. Et puis, c'est grâce à lui que nous avons dégoté le batteur: Guilhem. Alors Guilhem, c'est le séducteur de la bande, le bout-en-train... Le Charlie Watts du rock indépendant. Comme tu as pu le remarquer, c'est un batteur qui a l'élégance de s'arrêter de jouer entre les morceaux. Ca dit tout. Puis, à la basse, il y a Olivier. Le dernier débarqué. Le plus mystérieux. Il apporte une touche de groove et de dynamisme. Il faut le voir sur scène... Il est vraiment dans son élément. Il adore les morceaux bricolés avec quelques bouts de ficelle. Pourvu que ça percute, que ça touche... Son truc à lui, c'est plutôt Joy Division, Paul Weller..." Influences transversales, et non-exhaustives, de Bathernay: Mogwai, Sore Eros, Slowdive ou encore Beach House.

Univers musical à cheval entre dream pop, shoegazing et post-rock. Univers qui prête à l'évasion. Fin de la répétition. Début d'un autre voyage. Nous redescendons d'un étage. C'est le temps de la cantine. Que dis-je, de la Quintine, bière de la "Brasserie des légendes". Autour de la table basse du salon, à califourchon, les musiciens de Bathernay et Muriel partagent aspirations et souvenirs... légendaires?

"Légendaires, n'exagérons rien. Mais de bons souvenirs, il y en a déjà un petit paquet. Nous n'épiloguerons pas sur le premier live de Guilhem... Il avait un peu trop tiré avant. Peut-être le stress? A côté de ça, il nous a tous rendus jaloux à Blackpool. Nous y avons joué en septembre dernier dans le cadre du Blackpool Music Festival. Une superbe expérience. Les Anglaises n'avaient d'yeux (dieu?) que pour lui. Quant à Nico, il s'est demandé jusqu'au dernier moment s'il allait pouvoir passer la frontière... Il s'est aperçu trop tard que sa carte d'identité était périmée. Ce fut pour le moins rock'n'roll. Nous avons également reçu un très bon accueil à Lille! Sans oublier la Belgique: le Magasin 4 à Bruxelles, l'Open Stream Festival à Hotton... Mais ici, le public est peut-être un peu moins sensible à notre musique. En live, nous désirons procurer l'effet d'un voyage sonore. De laisser le public rêvasser d'endroits tamisés et de fumée. De grands espaces." Comme la pointe de Breskens, en Zélande. En filigrane d'une autre composition de Bathernay: Sunday. A dimanche prochain...

Et aussi