Génération 21: Ankh's Trouble

Ankh's Trouble
Ankh's Trouble - © Ch. Guevenoux

"Ankh's Trouble"... Trouble de vie? Peut-être. Ode à l'amour? Certainement. Entre haine et folie. Hatred & Crazy Love. Nom bipolaire du premier opus de la bande, dont le pôle est à Mouscron. Rencontre, à l'arrière d'une petite voiture rouge, sur les traces d'un rez-de-chaussée à la déco soignée, d'un snack au rock "mitraillette" et d'un entrepôt en friche. Tout un programme...

Les premiers seront les derniers. Dernière plage de l'album d'Ankh's Trouble: Woodstock Generation. Morceau qui se trouvait déjà sur la première démo du groupe, enregistrée en 2011. Je l'ai encore dans les oreilles quand j'apprends, interpellé, le décès de Joe Cocker. Monstre sacré pour toute la génération Woodstock. Emblème indélébile des années folles. Un artiste dont les interprétations déclenchent encore aujourd'hui, toutes générations confondues, une envie de recouvrer l'esprit de ces années... ou d'y goûter. Ankh's Trouble écrit:

"Don’t wanna work
I want cash
Don’t wanna learn
I want to be smart
Don’t wanna live
I’m virtual
Don’t wanna give
I want it all
Where is the Woodstock generation (3X)

I don’t know"

Me voilà guidé, au lendemain du décès de Joe Cocker, dans quelques dédales de Mouscron, bastion d'une nouvelle génération d'artistes, de musiciens et d'indispensables soutiens. Nous sommes trois à bord d'une accueillante Mazda Demio rouge, pour ne pas la citer. Jérémie, bassiste d'Ankh's Trouble, est au volant. Mathieu, batteur du groupe, joue les copilotes. J'hérite de la banquette arrière... Là où se serrent, d'ordinaire, Dorothée, chanteuse, et Guy-Boris, guitariste. Le quatuor est complet. Première étape: le canapé d'un rez-de-chaussée. A la déco à la fois soignée et décalée. Une platine qui tourne, des CDs bien rangés et un Super Mario, niché sur une armoire, qui fait de l'ombre à une croix ansée. Endroit rêvé pour évoquer le groupe... Jérémie se lance. "Nous sommes devenus quatre bons potes. Bien que nous nous soyons rencontrés, pour certains, grâce au hasard de petites annonces. Nous partageons l'envie de faire de la musique. C'est con mais c'est la base. Puis s'amuser et, dès que l'occasion se présente (ou se provoque...), partager notre musique."

Pain In The Neck, l'un des 14 titres du premier album d'Ankh's Trouble, sorti en 2014 et baptisé Hatred & Crazy Love. Mathieu poursuit la présentation... "Dans Ankh's Trouble, il y a une forme de dualité. D'un côté, une face davantage émotionnelle. Elle vient de la voix de Dorothée, sans oublier ses textes, et du jeu de Guy-Boris. De l'autre, une face plutôt groove. C'est celle que nous tentons d'assumer avec Jérémie." L'appétit musical vient en parlant...

Retour à bord de la petite voiture rouge. Et cap sur la friterie de la gare. Sur la route, les gars évoquent l'itinéraire du disque. "Il a mijoté pendant une année environ. Tout est autoproduit. Pour les enregistrements, nous sommes passés par le home studio d'un copain, Julien Van Egroo. Il a fallu discuter du choix des morceaux... Bon et on ne te cache pas que la pochette de l'album a fait un peu débat... Nos corps sans nos têtes... Sans perdre la face. Ca colle assez bien avec l'esprit de la bande." Voie royale pour un jeu de mots. Un de plus. "Hé oui, on ne se prend pas la tête. Pas trop du moins. Idem pour l'intérieur du disque... C'est un montage photo brassant de bons souvenirs."

Comme une sauce qui pique. Hatred & Crazy Love vous chatouille les tripes. Un rock sans chichi. Au comptoir de la friterie, nous craquons pour une mitraillette. Sauce? Samouraï... Ben voyons. "Même si c'est drôle, nous n'irons pas jusqu'à dire que nous faisons du rock mitraillette... Ca ferait un peu peur." Rassurez-vous, votre rock envoie des fleurs. Un peu comme ceci, tiens...

Dernière escale de la journée. La Mazda Demio rouge de Jérémie se faufile dans l'allée d'une brasserie désaffectée. La brasserie Hollebecq. L'endroit n'est pas tout à fait désert. Là, un hangar abrite des objets variés. Des mecs rafistolent une mobylette à l'entrée. Plus loin, un bâtiment est habité par un couple de personnes âgées. Avec fenêtre sur cour. Notre présence est remarquée. Madame sort de chez elle et nous interpelle. "J'peux vous aider?" Les gars racontent... "Souvenez-vous, madame, nous étions venus tourner un clip ici il y a deux mois à peine. - Ah oui, je m'souviens! Je n'pense pas qu'vous saurez rentrer dans l'un d'ces entrepôts. Ils sont tous fermés et nous n'avons pas les clés. Mais dites, par hasard, vous n'cherchez pas une choriste? Moi c'est Joëlle..."

L'histoire ne dit pas si Joëlle les accompagne désormais sur scène. Pour le savoir, rendez-vous, par exemple, le 6 février à Gosselies, salle Albert One. "Nos plus belles expériences de groupe sont liées à la scène, aux voyages... Que ce soit en Belgique, mais aussi en Angleterre, au Pays de Galles, où nous avions partagé la scène avec des youkous, en France, dans des bistrots de Lille... Et qui sait, un jour, sur ce beau parking en face de chez Jérémie? Ce serait le pied!" C'est là que je les quitte. Que je m'extirpe de leur petite voiture rouge pour retrouver l'habitacle de ma petite voiture grise. Vers d'autres étapes...

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