Gainsbourg dans les 70’s: concept album, reggae et disco

Dans les années 70, Serge Gainsbourg est un homme très occupé. Propulsé par le succès international de "Je t’aime, moi non plus" en 1969 en duo avec Jane Birkin, il se lance dans la réalisation d’une suite d’albums concepts, est réalisateur de cinéma puis épouse le reggae et même le disco.

Préliminaires: aversion et passion

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La fin des années 60 est profondément marquée pour Serge Gainsbourg par la rencontre avec l’actrice britannique Jane Birkin sur le tournage du film "Slogan" du réalisateur Pierre Grimblat.

Mais, en plateau, rien n’est simple, Gainsbourg ne supporte pas la jeune actrice britannique (qui a alors déjà une sérieuse réputation après être apparue dans le célèbre "Blow Up" de Michelangelo Antonioni).

Le sentiment est réciproque, Birkin ne supporte pas du tout les manières de Gainsbourg et les disputes entre les deux acteurs sont incessantes. Mais cette haine ne tarde pas à se transformer en véritable passion et Gainsbourg et Birkin finissent par devenir totalement inséparables.
Serge Gainsbourg a enfin trouvé sa nouvelle muse, celle qui lui permettra d’oublier Brigitte Bardot.

C’est alors que Serge Gainsbourg a l’idée géniale de réenregistrer un titre qu’il avait initialement enregistré avec Bardot mais qui avait été retiré des ventes à la toute dernière minute suite à la demande de cette dernière. Et on peut comprendre cette demande puisque ce morceau, c’est "Je t’aime, moi non plus", titre dans lequel Gainsbourg et sa muse évoquent clairement leurs relations sexuelles et dans lequel on entend des soupirs et des cris de désirs assez évidents.

Bardot, qui est alors l’épouse de l’homme d’affaires suisse allemand Gunter Sachs, demande à Gainsbourg de ne pas sortir le disque et il s’exécute. Seuls quelques exemplaires (extrêmement rares) parviendront chez certains disquaires (des exemplaires qui se vendent aujourd’hui à prix d’or – même si cette version avec Bardot se trouve sur de très nombreuses compils aujourd’hui).

C’est donc avec Jane Birkin que Gainsbourg enregistre la version définitive de ce tube qui ne tarde pas à faire couler énormément d’encre en France et… dans le reste du monde.

En effet, si les Anglais sont habitués dans les années 60 à nous sortir quelques titres bien provocs (des titres de rébellions adolescentes ou des titres ouvertement sexuels), ce n’est pas vraiment le cas de la France qui – avec sa production " yéyé " – à un côté souvent " trop politiquement correct ", limite agaçant.

Gainsbourg frappe donc fort en sortant ce 45 tours. A l’époque, une rumeur circule, Gainsbourg et Birkin auraient planqué un enregistreur sous le lit et auraient enregistré le titre en plein durant leurs ébats.

Si Birkin et Gainsbourg s’imposent certainement comme le couple le plus sulfureux de cette fin des années 60, cette rumeur s’avère tout à fait fausse. Gainsbourg se défend notamment en expliquant que si le titre avait réellement été enregistré en pleine action, il aurait eu une durée de bien plus de 4 minutes.

Cependant, Birkin, n’a pas tout de suite accepté de réenregistrer ce titre, trouvant la version de Bardot trop impressionnante au départ. Mais, après avoir appris que des chanteuses se bousculaient au portillon pour réenregistrer la partie de Bardot aux côtés de Gainsbourg, elle a changé d’avis, verte de jalousie. Mireille Darc s’était notamment proposée pour remplacer Bardot aux côtés de Gainsbourg.

L’enregistrement de la version de " Je t’aime moi non plus " que nous connaissons tous s’est fait à Londres, au studio Fontana (avec quelques enregistrements supplémentaires réalisés un peu plus tard à Paris au studio Barclay).

D’après Jane Birkin, le couple était enlacé dans le studio londonien lors de l’enregistrement. Ils auraient bouclé le titre en maximum deux prises. Toujours d’après Birkin, Gainsbourg aurait dirigé ensuite les soupirs amoureux simulés par Jane comme s’il était véritable chef d’orchestre.

De retour en France, Gainsbourg et Birkin présentent leur nouveau titre au directeur de chez Philips, leur label. Ce dernier ne sait pas trop quoi répondre. Il aime bien le titre, mais il a peur du scandale que celui-ci va engendrer. Il prononce alors cette phrase légendaire : " Très bien. Je suis d’accord d’aller en prison mais pour un album, pas pour un 45 tours ".

C’est ainsi que ce projet qui devait être seulement un nouveau 45 tours se transforme en projet de la réalisation d’un véritable album qui sort en 1969 sous le nom de Jane Birkin - Serge Gainsbourg.

Histoire de Melody Nelson

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Avec Birkin, Gainsbourg forme un couple particulièrement décalé, provocateur qui n’hésite jamais à provoquer la bonne pensée française : que ce soit au cinéma, lors de leurs apparitions télévisées (avec notamment les vêtements "transparents" de Jane) ou bien encore simplement avec le titre "Je T’aime, Moi Non Plus" ou encore "69, année érotique". 'Médiatiquement' très présent, le couple n’est pas sans rappeler celui de John Lennon et Yoko… en version française (!).

Lors de l’enregistrement de l’album Histoire de Melody Nelson, Serge Gainsbourg a alors 42 ans et Jane 25 ans.

A cette époque, Serge et Jane vivent ensemble. Avec l’argent récolté grâce au tournage de deux films en Yougoslavie, Serge réalise un de ces rêves de gosse : il s’achète une Rolls Royce.

C’est un peu grâce à cet achat un peu fou que Serge Gainsbourg développe le concept de l’album.

Un récit que raconte l’histoire d’un homme qui, au volant de sa Rolls Royce, renverse une jeune fille de 15 ans et entame avec celle-ci une relation passionnée et destructrice.

Pour enregistrer cet album, Serge Gainsbourg fait appel à son ami Jean-Claude Vannier (avec qui il avait déjà travaillé auparavant sur le film "Paris n’existe pas") pour les arrangements et la composition des mélodies.

Avec une équipe de prestigieux musiciens britanniques (Jim Sullivan à la guitare, Vick Flick, seconde guitare, Dave Richmond à la basse et Dougie White à la batterie), Serge Gainsbourg et Jean-Claude Vannier se rendent au studio Philips de Marbel Arch à Londres.

A noter aussi la présence du violoniste de jazz Jean-Luc Ponty sur le titre "En Melody". Ponty qui a également accompagné Pink Floyd, Genesis, Mahavishnu Orchestra ou encore Elton John.

Entre 1971 et 1973, Gainsbourg et l’arrangeur français Jean-Claude Vannier travaillent ensemble sur différents projets : Histoire de Melody Nelson, bien entendu, mais aussi les musiques des films "Slogan", "Cannabis", "La Horse". Vannier travaillera également sur l’album de Jane Birkin : Di Dooh Dah.

Ci-dessous, retrouvez une interview de Jean-Claude Vannier par Laurent Rieppi (archive juillet 2006). Le musicien nous parler de son travail avec Serge Gainsbourg sur l’album.

Pochette mythique

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Quelques mots sur la célèbre pochette de l’album sur laquelle on retrouve la jeune Jane Birkin, les seins nus et en jeans, cachant sa poitrine avec un nounours, on y retrouve l’obsession des "lolitas" chez Gainsbourg ?

Jane Birkin incarne parfaitement Melody Nelson, l’héroïne de cet album, un personnage qui est censé avoir 10 ans de moins que Jane Birkin (qui a cette époque à 25 ans alors que Melody n’est censé en avoir que 15).

A l’intérieur de la pochette de l’album, on voit un Gainsbourg différent, avec un nouveau look, look qu’il conservera pendant de très nombreuses années.

Serge Gainsbourg porte ici les cheveux plus longs et arbore une barbe de deux jours. Ce changement lui a été suggéré par Jane.

Jane Birkin :

Je lui ai acheté sa première paire de Repetto dans un panier de soldes et je l’ai supplié de laisser pousser ses cheveux. Idem pour sa barbe, j’aime bien les gens mal rasés parce qu’ils ont l’air d’avoir besoin de quelqu’un. Et puis je pensais que ça sculptait les os de son visage de jolie manière. Quand il était rasé je le trouvais trop lisse, il avait un air Oscar Wilde que j’aimais moins.

A sa sortie, Histoire de Melody Nelson est qualifié par la presse de "premier vrai poème symphonique de l’âge pop", d’autres y voient un album concept à l’anglaise et vont même comparer l’album avec Atom Heart Mother de Pink Floyd. Certains y voient un opéra-rock ou encore une comédie musicale, propos considéré comme absurde par Jean-Claude Vannier.

L’album Histoire de Melody Nelson représente un véritable objet de fascination pour de nombreux artistes de monde anglo-saxon. Jarvis Cocker (photo ci-contre) du groupe Pulp participe à une reproduction de l’album sur scène en 2006 au Barbican Hall de Londres en compagnie de Jean-Claude Vannier.

En 2011, l’album sera à nouveau mis à l’honneur sur scène par Jean-Claude Vannier accompagné notamment de Beck, Sean Lennon et Lulu Gainsbourg, fils de Serge. La représentation a eu lieu au Hollywood Bowl le 28 août 2011.

 

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Le 16 novembre 1973, Serge Gainsbourg publie Vu de l’extérieur, un album très branché scatologie sur lesquels on retrouve des titres tels que "Panpan Cucul" ou encore "Pamelo Popo". Beaucoup moins branché album concept que Melody Nelson, l’album connaît un retentissement nettement moindre. On y retrouve cependant le grand classique "Je suis venu te dire que je m’en vais".

En 1975, il sort l’album Rock Around The Bunker et ensuite réalise son premier film "Je t’aime moi non plus" (qui sort début de l’année 1976).

Malheureusement, Rock Around The Bunker ne récolte pas le succès voulu. "Je t’aime moi non plus", film choc, est un échec commercial cuisant.

Pourtant artistiquement, il reçoit de très bonnes critiques dont, notamment, les éloges de François Truffaut (ce qui enchante Serge).

Si Gainsbourg est ravi de ces bonnes critiques, il est cependant extrêmement déçu et triste du mauvais accueil du public.

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L'homme à tête de chou

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Ce qui donne à Gainsbourg l’idée du thème de ce nouvel album, c’est une statue de Claude Lalanne qu’il a alors acquis quelques années auparavant. Son nom : "L’homme â tête de chou".

Serge Gainsbourg :

J’ai croisé 'L’Homme à tête de chou' à la vitrine d’une galerie d’art contemporain. Quinze fois je suis revenu sur mes pas puis, sous hypnose, j’ai poussé la porte, payé cash et l’ai fait livrer à mon domicile. Au début il m’a fait la gueule, ensuite il s’est dégelé et m’a raconté son histoire. Journaliste à scandale tombé amoureux d’une petite shampouineuse assez chou pour le tromper avec des rockers. Il la tue à coups d’extincteur, sombre peu à peu dans la folie et perd la tête qui devient chou…

Un zeste de reggae

Sur le titre "Marilou Reggae" on perçoit que Gainsbourg manifeste déjà un intérêt pour le reggae, qui vient tout juste de débarquer notamment grâce au succès planétaire de Bob Marley.

Bien entendu, il s’agit d’une première tentative de faire du reggae et Gainsbourg joue encore ici avec des musiciens britanniques.

3 ans plus tard, il sortira Aux Armes etc, son premier album 100% reggae, album sur lequel il sera accompagné, cette fois, par une sélection de musiciens jamaïquains. Gainsbourg réenregistra d’ailleurs ce titre, "Marilou Reggae" dans le cadre de cet album.

Chant narratif : le Talk-Over

La musique présente sur l’album L’Homme à tête de chou est mise en boîte rapidement en l’espace de 6 jours à peine entre le 16 et le 21 août 1976.

L’enregistrement se déroule à Londres et le mixage final du disque s’achève quelques jours plus tard, le 14 septembre au Studio des Dames à Paris.

Ici Gainsbourg utilise intensivement la technique du "talk-over". Autre nouveauté par rapport à sa façon de travailler à l’époque, il va ici d’abord s’attaquer à la composition du texte et ensuite à celle de la musique (contrairement à son habitude).

Les arrangements de l’album sont confiés au claviériste anglais Alan Hawkshaw (qui accompagne Gainsbourg depuis l’album "Vu de l’extérieur" – 1973).
La direction artistique et la production sont, elle, signées par Philippe Lerichomme, ami proche de Gainsbourg qui le rejoint à partir de 1975 et jouera un grand rôle dans sa carrière.

Philippe Lerichomme :

L’homme à tête de chou est un concept album très personnel, sans concession, avec d’étonnants exercices de style, que Serge avait travaillé en orfèvre, et puis avec l’introduction du talk -over, c’est-à-dire la voix parlée en rythme, qu’il a régulièrement repris par la suite. Car il savait comme personne poser ses mots sur les mesures avec un sens du rythme qui m’émerveillait.

Gainsbourg parle aux punks…

L’enregistrement de l’album terminé, Gainsbourg demande à Claude Lananne l’autorisation d’utiliser l’image de sa sculpture "L’homme à tête de chou "comme pochette du 33 tours.

Lananne, ravi, accepte et se fait inviter par Gainsbourg en studio. Lananne est ainsi un des premiers à entendre le résultat final.
A sa sortie, en novembre, 1976, l’album L’Homme à tête de chou est acclamé par la presse française. L’album se vend bien, même si ce n’est pas non plus un carton total. Plus étonnant encore, la génération punk (on est en fin 76, en plein début du mouvement) se retrouve dans ce disque et dans la musique de Gainsbourg. L’aspect naturellement provocant de Gainsbourg y étant probablement pour beaucoup…

L’Homme a Tête de Chou reste aujourd’hui une des œuvres majeurs de Serge Gainsbourg. Malheureusement, comme l’album ne propose pas de véritables "tubes" il est un peu moins connu puisqu’aucun des titres présents sur l’album ne figure sur les différentes compilations "best of" de l’artiste.

En 2011 sort, à titre posthume, l’adaptation d’Alain Bashung de l’œuvre de Serge Gainsbourg : L’homme à tête de chou.

Bashung a toujours été un grand fan de l’album a eu l’occasion de la réenregistrer à sa façon peu de temps avant de mourir.

Gainsbourg en Jamaïque

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On pourrait se demander, comment, en cette fin des années 70, Gainsbourg a eu l’idée de ce tournant musical important ? Pourquoi a-t-il décidé, tout d’un coup, de consacrer un album entier à la musique reggae et de partir enregistrer cet album en Jamaïque.


Cette idée de génie ne viendra pas directement de lui mais bien de son très discret mais très efficace directeur artistique (ou producteur) : Philippe Lerichomme.

Philippe Lerichomme s’expliquera quelques années plus tard :

'Marilou Reggae' sur l’album 'L’Homme à tête de chou' m’avait mis la puce à l’oreille quelques années auparavant, mais je n’oublierai jamais le moment où j’eus la révélation : j’étais un dimanche soir au Rose-Bonbon, sous l’Olympia, pour voir un groupe qui n’arrivait pas, je l’attendais en regardant danser les punks sur la piste, il était entre 1 heure ou 2 heures du matin, ma soirée était gâchée, j’écoutais sinistrement la programmation disco, punk, et reggae de la boîte, lorsque soudain j’ai eu cet éclair, une idée de deux secondes : 'Le reggae ! Il faut aller en Jamaïque !' Et quelques heures plus tard, j’ai appelé Serge pour lui dire : 'Je crois qu’il faut partir en Jamaïque pour faire un album de reggae !' Et il m’a répondu : 'Banco, on y va !'
 

Le coup de main de Chris Blackwell

Les sessions d’enregistrements d’Aux Armes et cætera débutent le 12 janvier 1979 au studio Dynamic Sounds de Kingston en Jamaïque, légendaire studio jamaïquain dans lequel Bob Marley bouclera notamment la plupart de ses albums.

Pour enregistrer ce disque, Gainsbourg s’entoure des meilleurs musiciens locaux. Philippe Lerichomme n’a pas trop de mal à dégoter le top du top des musiciens de l’époque, en effet il travaille depuis plus de 5 ans pour Phonogram.

Phonogram distribue alors le label Island de Chris Blackwell, grand spécialiste de la musique reggae. C’est Blackwell qui donnera donc un sérieux coup de pouce à Lerichomme et le dirigera dans ses recherches.

Ainsi on retrouve sur Aux armes et cætera, les célèbres Sly Dunbar & Robbie ShakespeareGainsbourg devient ainsi le premier artiste blanc à réquisitionner leurs services et ce bien avant que Joe Cocker ou encore Bob Dylan en fassent de même.

Aux chœurs, on retrouve une sélection de choristes particulièrement prestigieuse : les I Threes c’est-à-dire les 3 choristes officielles de Bob Marley : Rita Marley (la femme de Bob), Judy Mowatt et Marcia Griffiths.

Bref, Gainsbourg est ici entouré par une véritable dream team, les meilleurs musiciens de reggae de l’époque.

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Serge Gainsbourg lors de la remise de son disque d’or pour Aux Armes et cætera à Bruxelles le 13 décembre 1979. © Belga

Incompréhension en studio

Au tout début des sessions d’enregistrements rien n’est simple. L’équipe de Sly & Robbie semble se ficher pas mal de la musique de cet artiste français qu’ils ne connaissent même pas. Ils ont alors l’attitude typique du genre : on ne connaît pas, on s’en fout, tout ce qui compte c’est le pognon…

Il y a donc un certain malaise en studio. Heureusement la situation évoluer rapidement. A un moment, question de détendre l’atmosphère, Gainsbourg tente de demander aux musiciens s’ils connaissent un peu la musique française. La réponse est directe, les musiciens pouffent de rire, tentative ratée…

Serge Gainsbourg et Philippe Lerichomme sont, du coup, encore plus embarrassés jusqu’au moment ou un des musiciens cite probablement l’une des seules chansons francophones qu’il connaît, une chanson qu’il affectionne particulièrement et qu’il appelle " Je t’aime… ".

Après quelques discussions, il s’avère que la chanson en question est "Je t’aime, moi non plus". Gainsbourg réagit et explique que c’est sa chanson.

Les musiciens, visiblement impressionnés, changent alors radicalement d’attitude et donnent le meilleur d’eux-mêmes lors de tout l’enregistrement.

Sly Dunbar s’expliquera de nombreuses années plus tard :

Au début, nous avions pensé que Serge voulait un son très propre mais il nous a dit : 'Non, non ! Jouez comme vous le sentez !'. Résultat, en studio, tout a été mis en boîte tel quel, sans overdubs, enregistré quasiment live

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Philippe Lerichomme, le "producteur" de Gainsbourg, est, comme à son habitude d’une redoutable efficacité lors de l’enregistrement de ce disque. Lerichomme est véritablement ici le "complément de Serge" comme l’expliquera par après Jane Birkin.

Gainsbourg précisera sa relation professionnelle avec Lerichomme :

Philippe Lerichomme est un garçon d’une remarquable efficacité. Dans les turbulences de ma carrière je n’ai jamais vu ça : moi je n’appelle pas ça un directeur artistique mais un réalisateur. Il me met en son et en image, mais évidemment je lui donne la matière première. C’est un mec très important. Faut vous dire que je déteste le show-business, je trouve les gens qui fréquentent ce milieu d’une méchanceté absolument insoutenable. Ils sont hargneux et jaloux, et moi je ne suis ni l’un ni l’autre. Et Philippe n’a pas un atome de vulgarité…

L’idole des jeunes ?

Aux Armes et cætera connaît un énorme succès à sa sortie. Gainsbourg réussi enfin à cartonner dans les charts avec un de ses albums studios. En mars 1979, l’album devient rapidement disque d’or, puis disque de platine et dépassera, au final, le million d’exemplaires écoulés.

De plus, les jeunes s’identifient à Gainsbourg. Fin des années 70, alors qu’il est au début de la cinquantaine, Gainsbourg devient l’un des modèles de la jeunesse française branchée, qui adore sa musique, son look, son style provoc, et son attitude irrévérencieuse dans les médias.

Le morceau met évidemment le feu au poudre, c’est sa reprise de la Marseillaise version reggae. Alors pourquoi ce titre Aux Armes et cætera ?

Simplement parce que Gainsbourg recopie alors les paroles de la Marseillaise dans "Le Grand Larousse Encyclopédique" en six volumes et il remarque que, dans cet ouvrage, plutôt que de répéter inutilement les refrains, ceux-ci sont indiqués de cette façon : 'Aux armes et cætera…

Après un second album reggae, Mauvaises nouvelles des étoiles en 1981, Gainsbourg débutera la prochaine décennie en compagnie d’un nouveau personnage, Gainsbarre qui l’accompagnera jusqu’à sa disparition le 2 mars 1991.

Alors qu'il travaille parallèlement sur des sonorités reggae, Serge Gainsbourg se permet aussi une petite escapade "disco" le 10 juin 1978 avec la sortie de ce 45 tours "Sea Sex and Sun" qui connaitra un important succès surtout et sera le premier "tube" de Gainsbourg après "Je t'aime moi non plus". Tube renforcé par son utilisation dans la BO du film "Les Bronzés" de Patrice Leconte.