François Plassat, auteur de "Paul McCartney : L'Empreinte d'un Géant" : l'interview

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« Paul McCartney : L’empreinte d’un géant » de François Plassat (éditons Hugo & Cie – 2010) De nombreux ouvrages ont été consacrés aux Beatles ou à John Lennon mais très peu se focalisent sur Paul McCartney et sa carrière solo. François Plassat, l’auteur, comble ici un manque avec un ouvrage très détaillé, véritable mine d’or pour les fans de Macca.

Celui dont le nom évoque immanquablement la plus grande aventure musicale du siècle avec les Beatles, les plus gros succès du show-business, des records inégalés et surtout nombre de mélodies gravées dans la mémoire collective universelle, est aussi paradoxalement l'un des musiciens contemporains les plus mal connus. Depuis la séparation des Beatles, Paul McCartney véhicule malgré lui l'image très réductrice d'une figure installée du rock, multimilliardaire et anobli. Il n'a ni la grande gueule d'un Lennon, ni le caractère ombrageux d'un Dylan, ni le sex-appeal d'un Jagger et pire, il a entretenu pendant trente ans une vie affective et familiale des plus conventionnelles tout en alignant les hits planétaires. Rien de très «sex, drugs and rock'n'roll».

A contre-courant de cette approche caricaturale, cet ouvrage tente de dresser un plus juste portrait de Paul McCartney à travers une investigation passionnée dans son très riche parcours musical et artistique. Il revient en détail, disque après disque, sur les classiques, les perles méconnues, les expériences plus marginales, et tente aussi d'en démonter les rouages créatifs et les secrets de fabrication.

Hommage est ici rendu à l'extraordinaire curiosité d'un homme dont la musique reste la grande affaire d'une vie. Cinquante ans après ses premiers balbutiements musicaux, McCartney continue à produire des disques d'une inspiration sans cesse renouvelée et à remplir les stades du monde entier. S'investissant à l'occasion dans des oeuvres de facture classique, il offre aujourd'hui le profil assez inédit d'une icône du rock qui passe, mieux que tant d'autres, le cap délicat de l'âge de la retraite, sans ternir la mémoire d'un groupe qui nous est tout particulièrement cher, et en demeurant surtout un songwriter de génie.

François Plassat : l'interview

1) Comment êtes-vous devenu fan de Paul McCartney ?


J’ai vraiment découvert les Beatles juste après leur séparation, en 1970. J’avais presque quinze ans, et cela a été un véritable choc. Ils incarnaient tellement de choses, et leur musique était si bonne, si forte. Je n’ai eu de cesse de découvrir leur travail jusqu’au moindre single, et j’ai naturellement dès lors suivi leurs carrières respectives sans jamais manquer un seul rendez-vous, et jusqu’à aujourd’hui. Ils ont vraiment été, pour utiliser une expression devenue à la mode, la bande originale de ma vie.

2) L’approche de votre ouvrage est assez originale, plutôt que de proposer un format de biographie « classique », vous nous faites découvrir la carrière du musicien à travers la sortie de ses albums (que ce soit avec les Beatles ou en solo). Pouvez-vous nous préciser cette démarche ?


Pourquoi les Beatles restent-ils aussi populaires en 2010, soit près de cinquante ans après leur séparation ? C’est parce qu’ils ont laissé une œuvre d’exception, inusable et intemporelle. C’est ça leur force, et par conséquent, c’est de cela que j’ai voulu converser avec mes lecteurs. En solo, Paul McCartney a laissé derrière lui une œuvre foisonnante, riche et très diversifiée. Trop riche sans doute pour les observateurs et commentateurs médiatiques, qui ne retiennent toujours que la portion émergée de l’iceberg, les trois ou quatre disques très en vue, les aspects les plus populaires. C’est donc à tout le reste que j’ai voulu intéresser les lecteurs, pour les inviter à découvrir ce dont on ne parle pas souvent ou parfois jamais. Je parle donc avant tout de musique, pas à pas, disque après disque, et dans le cas McCartney, cette mise en perspective est proprement passionnante et, à mon sens, unique qualitativement et quantitativement. Je crois avoir tenté de faire le genre de livre que j’aurais aimé trouver quand j’ai commencé à me passionner pour ça, une sorte de guide en somme, et une invitation à la découverte de centaines de chansons. J’invite le lecteur, après lecture, à retourner à la musique de McCartney. Mon livre ne sert qu’à cela, sans autre prétention. Ce n’est pas à proprement parler, une biographie traditionnelle.

3) Finalement très peu d’ouvrages (francophones) sont consacrés à la carrière solo de Paul, quel est l’objectif premier de « Paul McCartney : l’empreinte d’un géant » ?


L’une de mes intentions était effectivement de combler ce vide. On croule sous les ouvrages consacrés aux Beatles ou à John Lennon, mais ceux consacrés à McCartney, en France, se comptent sur les doigts de la main, en vingt ans. Le mien, est, je le pense, le plus complet à ce jour, mais aussi le plus fouillé. Les aficionados y trouvent aussi leur compte.

4) L’année 2010 a été fortement marquée par des « anniversaires/commémorations » John Lennon, pourquoi sortir cet ouvrage aujourd’hui ?


Il n’y a pas eu de stratégie à cet égard. C’est un hasard du calendrier, rien de plus.

5) De plus en plus, on parle de Paul McCartney comme l’un des (si pas LE) plus grand(s) compositeur(s) de l’histoire du XXe siècle. Votre opinion à ce propos ?


C’est un fait absolument indéniable. Bien d’autres compositeurs ont aligné des standards aussi forts que ceux de McCartney, mais c’est sur la durée et le nombre qu’il creuse sa différence. Aujourd’hui encore, il compose des chansons qui, de l’avis de beaucoup, n’auraient en rien dépareillé l’œuvre des Beatles, et seraient devenus des classiques s’ils avaient été estampillés “Beatles”. C’est un des grands orfèvres de la mélodie, et il a par ailleurs une extraordinaire facilité à inscrire son talent dans des registres très divers. Il a même publiés plusieurs albums de facture classique, des œuvres pour orchestres et chœurs, et il est un des rares, parmi ses pairs de la pop/rock, à avoir eu cette ambition. Mais c’est vraiment le temps qui finit toujours par trier le grain de l’ivraie. Il est certain que dans cinquante ans, ses chansons survivront, ce qu’on ne peut pas affirmer pour tant d’autres.

6) Vous êtes en expert de la carrière de Paul McCartney. En effectuant vos recherches lors de la réalisation de cet ouvrage, quel est l’aspect du musicien que vous ne connaissiez pas et qui vous a le plus surpris ?


Comme je le suis pas à pas depuis 40 ans, je n’ai pas à proprement parler, découvert grand-chose sur McCartney. En revanche, ce qui s’est révélé frappant, c’est sa volonté de rester un auteur/compositeur ancré dans son époque, moderne et contemporain sans pour autant se trahir ou sacrifier quoi que ce soit aux effets de mode. Et puis, c’est également l’appétit et la curiosité qu’il manifeste encore pour la création sous toutes ses formes qui est étonnant et réjouissant. L’âge n’a visiblement pas d’emprise sur sa quête créative et sur son ambition de produire des chansons fortes, séduisantes et populaires. Et pour lui, le qualificatif “populaire” n’est pas un gros mot, comme il semble que cela l’est parfois en France pour les membres auto désignés de l’élite culturelle. Les Beatles ont, en cela, largement démontré que l’on pouvait être extrêmement populaires et en même temps créatifs et novateurs. Paul McCartney poursuit ce même cheminement, et le public lui en est, je crois, très reconnaissant.

 

 

François Plassat, Ancien élève des Beaux-arts, fondateur et directeur de l'agence de graphisme de Chine depuis vingt et un ans, il est un acteur reconnu du secteur des loisirs de France. Il dirige une agence de direction artistique. De très nombreuses pochettes de disques, affiches de films, magazines et livres portent sa griffe depuis 1980. Il a signé le design de plusieurs ouvrages sur le rock et la chanson et a aussi réalisé d'importants volumes sur les films de Luc Besson. Au début des années 2000, il a assuré la direction artistique des albums photos de Reporters sans frontières, et participé activement à la création de la revue Médias. Passionné de musique, des Beatles et, bien sûr, de Paul McCartney, il a travaillé à sa biographie durant 5 ans.

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