Faut-il s'inquiéter des taux d'intérêt anormalement bas ?

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Les taux d’intérêt sont historiquement bas ! C’est le miracle de l’argent gratuit mais ces taux agissent aussi comme une drogue et le temps du sevrage est peut-être venu… Mais y arrivera-t-on ?

Faut-il s’inquiéter des taux d’intérêt historiquement bas ? C’est le titre qui barrait la UNE du Figaro ce mercredi, et ce journal a raison de poser la question. Grâce ou à cause de Donald Trump, les taux d’intérêt sont à nouveau à un niveau plancher. Alors, pourquoi faut-il s’en inquiéter ? Simplement parce que les taux d’intérêt avaient été mis très bas en 2008 pour éteindre la crise bancaire, et les autorités monétaires européennes ont refait la même chose en 2012 pour éviter une implosion de l’euro.

Mais nous sommes 7 ans plus tard, et rien n’a changé ou presque… Les taux d’intérêt restent anormalement bas ! Les plus optimistes diront que c’est bon pour notre croissance, que des taux à 0% ou presque soutiennent nos économies mais les plus pessimistes diront, au contraire, que c’est dangereux car des taux bas favorisent l’endettement des gouvernements, des entreprises et des ménages.

En fait ce qui fait peur aux pessimistes, c’est que ces taux d’intérêt bas agissent comme une sorte de drogue douce ; une drogue très agréable dont on ne peut plus se passer à terme. Les particuliers se frottent les mains car ils peuvent ainsi se loger à bon compte ou refinancer à un meilleur taux leur bien immobilier. Les entreprises, elles, peuvent investir à un coût réduit et les États, ils peuvent s’endetter sans s’étrangler. Bref, c’est cela le miracle de l’argent gratuit ! Avec des taux bas, tout semble possible mais derrière le miracle, il y a surtout un mirage et beaucoup de dangers… Que ce soit dans l’immobilier ou en Bourse, les prix ne sont plus raisonnables, et il y a un danger de formation de bulles spéculatives. Or une bulle, par définition, a vocation à imploser. Les gouvernements savent que, tôt ou tard, les taux vont remonter, le plus tard possible, mais ils vont remonter et qu’il y aura un effet boomerang qui risque d’être ravageur. Or, la responsabilité de nos gouvernements, c’est de se préparer à cette hausse inéluctable.

Mais pour le moment, les gouvernements se complaisent dans l’usage de cette drogue douce. En réalité, en un mot comme en cent, les taux d’intérêt bas sont une sorte de "pousse au crime" dont les premières victimes sont les épargnants, mais les banques en souffrent aussi terriblement : leur marge d’intermédiation est réduite à la taille d’un string et quand les banques souffrent, ce n’est jamais bon signe pour le reste de l’économie.

Et le responsable de tout cela, c’est Mario Draghi, le président de la banque centrale européenne, un haut fonctionnaire qui part à la retraite au mois d’octobre prochain et qui aura réussi l’exploit historique de n’avoir jamais augmenté les taux depuis qu’il préside la banque centrale européenne, soit depuis 8 ans. C’est à la fois un record et un constat d’échec… Nous sommes un peu comme dans ces dessins animés où le héros tombe d’un gratte-ciel et qui, tout en voyant défiler les étages, se dit "pour le moment tout va bien". Oui, tout va bien jusqu’à l’atterrissage !

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