Fats Domino est décédé

Fats Domino, légende du rock'n'roll, est décédé à l'âge de 89 ans, vient-on d'apprendre. 

Sa mort a été confirmée par une chaîne locale de CBS à la Nouvelle-Orléans qui a reçu un sms de la part de la fille du musicien. D'après celui-ci, Fats Domino serait "mort en paix, entouré des siens". Il était, entre autre, connu pour ses classiques "Ain't that a shame", "Walkin’ to New Orleans" et "Blueberry Hill".

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À une époque où le rock'n'roll définissait encore son style auprès de ses principaux protagonistes, Fats Domino aura largement contribué à lui donner ce son et ce style si particulier. Bien que ce dernier n'ait jamais vraiment eu conscience de la révolution que cette musique était alors en train de fomenter. Selon lui, il ne faisait qu'amplifier les racines et les traditions afro-américaines héritées de ses parents alors inconnues du public américain. Sa musique apparaîssait même comme une menace envers ses homologues blancs.

Son rythm'n'blues très sensuel sera plus tard identifié par les musicologues comme étant l'une des premières traces du boogie-woogie. Mais sa force, ce qui aujourd'hui encore le rend unique même parmi ceux qui reprennent ses morceaux, c'est le fameux Big Beat. Une voix enrouée qui soutient des triolets au piano, un rythme syncopé unique en son genre souvent imité mais jamais égalé.

Bien qu'étant le principal absent, injustement oublié, de la plupart des ouvrages consacrés au rock'n'roll, il fut parmi les dix premiers artistes de l'histoire à être intronisé au Rock'n'Roll Hall of Fame. Billy Joel, qui présidait la cérémonie ce jour-là, en 1986, le remerciera pour avoir donné tant d'importance au piano dans la musique rock.

Issu d'une ancienne famille créole venue travailler dans les plantations sucrières de Louisiane et dernier fils d'une famille de huit enfants, le petit Antoine Dominique Domino Junior naît le 26 février 1928 à la Nouvelle-Orléans, une ville qui décidément aura vu venir au monde bien d'autres légendes. Bien qu'élevés dans un anglais approximatif, les enfants Domino héritent du français créole de leurs parents.

Comme beaucoup d'autres personnes appelées à devenir de grands artistes, Antoine développe très jeune un intérêt tout particulier pour la musique. Il passe des heures posté à côté d'un vieux grampohone usé à écouter et réécouter les standards du jazz et du blues de l'époque, en faisant claquer ses doigts afin de soutenir le rythme.

Pour son dixième anniversaire, ses parents héritent d'un piano complètement déglingué. L'espace entre les touches laisse deviner des tâches de rouille. Peu lui importe, il fera ses premières gammes grâce à son beau-frère, alors joueur de banjo dans un orchestre de jazz local, qui lui montrera les accords simples. Antoine progresse très vite, trop même au goût de papa et maman qui le prieront d'aller jouer dans le garage. Il reproduit à l'oreille les titres qu'il entend à la radio.

Entièrement dévoué au piano, il délaisse l'école qu'il finira par quitter à l'âge de onze ans. Outre les quelques cours de musique prodigués par son beau-frère, ses professeurs renommés demeurent les artistes blues et boogie Charles Brown, Louis Jordan, Pete Johnson et surtout Amos Milburn par l'intermédiaire du juke-box.

À 14 ans, il écume déjà les bars à chansons de toute la ville. Il finira par y rencontrer un saxophoniste amateur du nom de Robert ''Buddy'' Hagans. Les deux hommes ne se quitteront plus d'une semelle durant les vingt-cinq années à venir. Rapidement, le duo devient un quatuor avec l'arrivée du guitariste Rupert Robertson et du batteur Victor Leonard.

La popularité du groupe augmente rapidement. La reprise seule du titre ''Swanee River Boogie'' d'Albert Ammons suffit à attirer un nombre sans cesse croissant de fans.

En 1947, il tombe amoureux de Rosemary Hall, la fille d'une admiratrice de deux ans sa cadette. L'année suivante vient au monde leur première petite fille. Le couple aura en tout huit enfants.

Invités à se produire au Robin Hood, une boîte de nuit appartenant au célèbre bassiste Billy Diamond, Antoine et Buddy sont obligés de se rendre au bureau du syndicat des musiciens noirs afin d'obtenir une carte de 12 dollars les autorisant à sortir de la ville. Nous sommes alors le 15 mai 1948. Le concert est un triomphe. Billy Diamond présente le pianiste surdoué sous le nom de Fats Domino, en référence à sa corpulence et au jazzman Fats Waller. D'abord peu flatté, Antoine gardera finalement ce sobriquet pour le reste de sa vie.

Fats acquiert de plus en plus de notoriété au fur et à mesure que son quatuor accompagne le groupe de Diamond en tournée, et ce même auprès du public blanc. Habitué du club Hideaway où il se produit trois fois par semaine, il finit par être repéré par Dave Bartholomew, un agent de chez Imperial Records qui a entendu parler du phénomène. Impressionné, le contrat n'est même plus à discuter. Son gérant n'est autre que le propriétaire du label, Lew Chudd. Fats est déjà à un tournant décisif de sa carrière. Il n'a que 21 ans.

Son succès le pousse à déménager à Los Angeles, laissant à la Nouvelle-Orléans femme, enfants et famille. Le jeune Fats profite de ses jeunes années: il boit et fréquente en permanence. Il reste cependant fidèle à son épouse. Certains soirs, il annulera même des représentations à la dernière minute pour aller retrouver Rosemary. Si Fats ne touche pas à la drogue, il doit cependant payer les amendes de ses musiciens qui, eux, sont tombés dans ce fléau. Sa seule dépendance reste la boisson. Il se met également à dépenser énormément, jusqu'à quatre voitures neuves par an.

Domino et Bartholomew collaborent à la réécriture de morceaux jugés inappropiés pour le grand public. Le standard ''The Junker's Blues'' est ainsi rebaptisé ''The Fat Man''. Une nouvelle version dont la cadence et la distorsion émotionnelle deviendra la base de cette nouvelle musique qui est alors entrain de tout bouleverser sur son passage: le rock'n'roll. Ce premier grand succès lui ouvre les portes d'une tournée à travers l'Etat de Louisiane.

Les musiciens qui l'accompagneront dès 1951, époque de son second contrat chez Imperial, resteront à ses côtés pendant presque quarante ans. Certains partiront en cours de route, mais ce sera pour mieux revenir.

La paire Domino/Bartholomew sera considérée dans les années 50 comme la première grande et superbe équipe de compositeurs rock 'n' roll. Cette décennie sera en effet très faste avec les hits ''Ain't That a Shame'', ''I'm Walkin''', ''All By Myself'', ''Blue Monday'' et surtout ''Poor Me'' qui en septembre 1955 devient numéro 1 au classement r'n'b.

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Dans la deuxième moitié des années 50, la concurrence devient rude avec les autres pionniers du rock'n'roll. Détrôné du palmarès r'n'b par le ''School Days'' de Chuck Berry après vingt-deux semaines, il peut toutefois compter sur le soutien d'Elvis pour maintenir sa popularité.

En 1957, il commence à tourner dans tout le pays, ce qui lui permet de côtoyer Buddy Holly, The Everly Brothers ou The Drifters. La même année, il joue dans le film ''The Big Beat''. Musicalement, la machine à tubes continuent de fonctionner à plein régime.

Au début des années 60, Fats Domino apparaît comme le seul ''survivant'' de la grande époque: Elvis s'est adouci, Little Richard s'est enlisé dans un trip religieux dont il ne sortira plus jamais, Chuck Berry est en taule, Eddie Cochran et Buddy holly sont morts. Seulement, le chanteur ne peut porter seul le poids de cette musique en constante évolution. D'autant qu'il commence à subir le contre-coup de toutes ces années passées à faire la fête. Son guitariste Papoose Nelson meurt d'une overdose, et son contrat chez Imperial est brisé. La British Invasion diminue sa diffusion sur les ondes. Les années d'errance commencent.

Celles-ci seront cependant de courte durée. En 1967, Fats tente sa première tournée européenne. L'étape londonienne remporte un franc succès. Dans le public se trouve même un certain Paul McCartney, alors en pleine sessions d'enregistrement de ''Sgt. Pepper''.

Les années 70 sont marquées par de nombreuses apparitions à l'étranger, dont une, mémorable, au Sydney Opera House. En 1977, il est au Madison Square Garden. Le concert s'ouvre sur ''Blueberry Hill'', en hommage au King décédé quelques jours auparavant.

Les années 80 et 90 sont le temps des récompenses et des hommages. Son talent, ses chansons, toute sa contribution à la musique rock se voit décerner de multiples prix et honneurs divers.

Le 29 août 2005, à l’âge de 77 ans, Domino et sa famille refusent d'évacuer leur maison lors de l’ouragan Katrina qui détruit leur quartier. Ils seront sauvés par un bateau de la police.

Son dernier album en date, ''Alive and Kickin''', remonte à 2006.

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